Couteau entre les gencives et goupillon dans le baba




La bataille fait rage. La presse Neuilly-Auteuil-Passy ressort le concept d’utopie sanguinaire, et revient à la charge. Vu le prix de revient du truc, c’est qu’il y a menace ou un marché à occuper. C’est donc que les communistes existent encore, et continuent à faire trembler la bourgeoisie. Bonne nouvelle. Les sans dents auraient un couteau entre les gencives. Merci de nous avertir.

 Comment appréhender cet éternel débat, non pas vu des petites cuillers en argent, mais vu d’ici, au raz du sol, pendant la pause, en attendant que la colle sèche, assise au milieu du chantier ?

 Un peu de logique

Les communistes sont-ils méchants, assassins, vermine insatiable ? Non, répondent en chœur les gentils communistes, les méchants ne sont pas les vrais, ils ont détourné le mot, ils font semblant.

Il y aurait donc d’un côté les vrais (authentiques, véritables) qui sont gentils, préoccupés du bonheur de l’humanité. Et de l’autre, les faux qui sont méchants, fourbes et tabasseurs.

Le réel est donc le contraire du vrai ! Bon, ça peut s’envisager. On a ça avec les yaourts et les tomates, celles qui existent ne sont pas les vraies-bonnes de dans la vraie vie correcte. Elles n’ont que l’apparence et l’étiquette. C’est pour assurer la production de masse, tout en sauvant les profits. On voit le mécanisme.

 Alors quelques questions se posent :

Comment les méchants faux communistes sont ils arrivés au pouvoir ?

Auraient-ils pu y arriver sans la participation active de leurs cocus, les vrais ? Non bien sûr, les rêveurs ont parié sur les brutes pour gagner, au nom de l’unité, bien entendu, et se sont fait torgnoler dès le lendemain. Il est impératif de comprendre que sans les vrais gentils communistes, jamais les méchants faux, n’y seraient arrivés. La justice fait appel à la force  pour aboutir, mais il n’y a qu’un seul poste de commande, et c’est la force qui s’y installe, bien obligée. La justice, elle, n’a plus qu’à sourire aux caméras.

 Tous les flicards harceleurs qui ne veulent voir qu’une tête bouche fermée s’il te plait, sont donc tricheurs et menteurs, dans l’espoir d’en profiter sur le dos du péquin obéissant ? Voilà qui reste à établir. Je vous fiche mon billet qu’un bon paquet d’entre eux, sont sincères, et te pourrissent la vie dans l’idée qu’ils ont de l’intérêt général. Comme leurs ennemis héréditaires, les curetons.

 On peut vous la refaire pareille, avec les chrétiens, les islamistes, les libéraux, etc. C’est donc que le problème n’est pas spécifique au communisme, alors ? Et bien non ! On s’aperçoit que le problème, ce n’est pas le communisme, c’est le pouvoir. C’est à dire la force et la violence.

 La truanderie de la presse parfumée, repose là-dessus. Elle veut mettre la culpabilité de la violence sur le camp adverse. Tout en laissant son camp en exercer la plus terrible, la plus efficace, avec beaucoup plus de milliards de victimes, et pendant beaucoup plus longtemps.

 Arnaque classique de tous les procès, déconsidérer la partie adverse en lui trouvant des fautes qui annulent sa plainte.

 Question subsidiaire : Alors, où est-ce que ça a déconné ?

Entre les mille communistes, il y a débat sur à quel moment a commencé le déraillement. Dès après Marx, disent les tenant de la marque originale. Dès Babeuf, disent les pragmatiques qui considèrent que seules les théories sont pures, et donc inaptes aux circonstances. Dès Lénine, disent les autres, qui a mal adapté la lutte ouvrière au milieu rural. Dès la NEP, disent les suivants, qui a consisté à mettre de vrais morceaux de capitalisme dans le yaourt coco. Dès Staline, disent tous les autres, qui a fait nombre d’émules dans le monde colonisé, en commençant par Mao, avec les états-majors rouge sang, nourris au lait des libérations nationales. Seul Trotski n’a jamais fait de mal à une mouche, sauf aux nazis qu’il a démastiqués sévère, avec son immense armée rouge, si on veut bien oublier les « ivrognes » de Cronstadt et les « bandits » armés de Makhno, qui ont cru que ça y est, le monde est à nous. L’unité d’abord, nom d’un piolet !

 

Quoi en tirer ?

Bon, allons vite là-dessus : le communisme est une idée. Comme dieu, le bien, la justice, la liberté, l’égalité… Ça n’existe pas, mais on voit bien de quoi ça parle.

On a largement autant assassiné au nom de la liberté, voire plus. Et on continue de plus en plus fort. Faut-il supprimer la liberté pour autant ? Imaginez le gros titre : la liberté, une utopie sanguinaire !

 Avez-vous remarqué que cette dichotomie entre le vrai et le réel, n’existe que lorsqu’il s’agit de quelque chose de bien ? Pour le mal, ça s’efface tout de suite : un salaud réel est bien un vrai salaud. Un capitaliste réel est bien un vrai capitaliste. Pas de doute là-dessus.

 En conséquence : les croyants sont systématiquement les cocus. Ne plus croire qu’il y a un modèle, une société, une civilisation d’où le mal pourrait disparaître. Ne plus croire qu’il y a un bon pouvoir possible. Ne plus croire que mes petits chefs sont des petits saints. Ne plus se laisser dominer au nom de quoi que ce soit. L’escroquerie première, c’est la solutionite, cette maladie de la peur qui fait la fortune des prometteurs, des macs et des assureurs. La maladie de préférer les bénéfices de la soumission, la paix sans justice, écrasée, l’abrutissement simple.

 

Gagner, c’est perdre.

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