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Billet de blog 2 oct. 2013

Te plantes-tu, Plantu ?

Julie Le Goïc
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Comparaison n'est pas raison. Certes, mais quand même, y a des limites.

Limites que vient de franchir Plantu avec son dessin établissant un parallèle entre islamistes et syndicalistes protégeant leur droit (social) au repos hebdomadaire.

Plantu, 1er octobre 2013.

Déjà, soyons clairs, ce dessin remporte haut la main de prix du dessin de presse le plus "WTF" de l'année, tellement il est difficile d'y trouver un semblant de cohérence, de message ou même simplement de logique, à la première vision.

Ensuite, si on cherche malgré tout, parce qu'on est un peu têtu, à analyser ce que Plantu a voulu nous dire on passe assez vite du "WTF" au "ah merde, mais c'est vraiment sale, en fait".

Commençons donc par la partie droite (sans mauvaise référence politique…quoique…) du dessin. Nous avons donc un syndicaliste CGT, une salariée sans étiquette. Le premier est représenté comme un gros beauf, hurlant, la mine peu avenante, et on sent presque le Ricard qui émane de son haleine forcément chargée. La seconde, jeune femme en jupette, pomponnée pile comme on doit l'être pour aller vendre des tronçonneuses, semble toute fragile, étonnée genre "ah ben zut, qui c'est ce gros monsieur qui crie comme ça et pi qu'est-ce qui se passe, j'ai rien suivi". Paaaasssons sur le cliché sexiste qui veut que le syndicaliste soit forcément un mec, j'en aurais pour des heures. Oh, et puis non, tiens, restons un peu sur ce sujet. Pour bien marquer le caractère odieux du syndicaliste et sa violence insupportable à ses yeux, Plantu a choisi de sexuer ainsi ses personnages. Pour marquer sans doute à quel point le salarié est innocent, lui qui voulait juste aller bosser le dimanche en écrasant au passage les droits sociaux comme on marche dans du caca de chien ("ah tiens zut, mais qu'est-ce que ça faisait là, ça ?"), il choisit de le représenter sous une forme féminine, une victime, par essence. Faible, par essence. En jupette, par essence aussi sans doute.

Je suppose que je n'ai pas besoin de dire à quel point cette partie du dessin cumule donc une vision sexiste, et une totale incompréhension des rapports de force dans l'entreprise (il est où hein, le patronat qui veut supprimer le dimanche comme journée de repos hebdomadaire, profitant de la fragilité économique de ses employés ???).

Venons en donc à la partie gauche (dite partie "WTF", ce qui correspond plutôt bien finalement à ce qui se passe aujourd'hui dans le monde politique... ne suivez absolument pas mon regard vers Manuel Valls, il pourrait se sentir visé) : le père islamiste et sa gamine (voilée, forcément) qui est privée d'école. Délicatement appelée "Islamorama" cette vignette mélange donc direct comme ça, gratuitement, les musulmans et les islamistes. Notons que cette confusion - raciste- sent un peu le 20ème siècle hein, Plantu aurait été à la page, il aurait mis un Rom et l'aurait appelé Roumain. Ou l'inverse.

Qu'apporte donc la vignette "WTF" à la vignette "de droite" ? Et bien… euuuuh… j'aurais l'esprit mal tourné, je dirais que déjà, c'est l'occasion de rappeler tous ces vilains islamistes qui font rien qu'à nous coloniser nos filles et nos compagnes et qu'on oublie un peu ces derniers temps (salauds de Roms, tiens). Ensuite, elle permet un délicat regain de mépris des salariés, comparés donc à des enfants (des fois qu'on aie pas compris le message avec le personnage féminin, hein). Et enfin, elle permet d'accentuer le caractère forcément odieux du syndicaliste et sa violence supposée : bourreau de salarié, bourreau d'enfant, même combat. 

Conclusion ? Et bien, raciste, sexiste, réactionnaire et ultra-libéral, ce dessin remporte en fait haut la main le prix du dessin de presse le plus Sarkosyste de l'année !

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