Episode 1 : la menace

Le 5 mai les députés votaient le projet de loi relatif au renseignement qui légalise la surveillance de masse en France. Nous sommes en 2015, et ceci n'est pas une uchronie.

 Le 6 mai 2015, les Français, révoltés par cette trahison de leurs députés, se mettent en grève générale et marchent vers l'Assemblée. Ah, non pardon, ça, c'est de la science-fiction.

 Non, le 6 mai 2015, il ne s'est rien passé. 17 secondes de passage en télé sur le sujet, pas une ligne dans la presse traditionnelle, les journalistes, plutôt que d'avoir peur d'être écoutés avaient sans doute peur d'être lus.

Oh, certains réseaux sociaux se sont bien mobilisés. Nous avons tweeté notre colère, clavioté notre haine, mentionnés nos députés (ce qui s'est avéré comme étant une forme de « pression insupportable » sur lesdits députés). Pendant quelques heures, notre mot de ralliement, mystérieux aux profanes, #PJLRenseignement, a été l'un des plus utilisés sur le réseau social Twitter.

 " Le 5 mai 2015, 226 ans jour pour jour après les Etats Généraux qui marquèrent le début du mouvement de la Révolution Française, les députés français, majoritairement de gauche, votèrent pour la mise sous surveillance des citoyens, sans contrôle d'un juge." Ça va faire bien dans les livres d'histoire, dans 30 ans. Oui, c'est mon côté optimiste, de penser qu'on enseignera encore l'histoire dans 30 ans, dans l'Empire Intergalactique, la République Française.

 Je précise, des fois que ce texte vous parvienne après la destruction de notre civilisation par des robots tueurs d'humains : en 2015, nous sommes une société de la communication. Les nouvelles technologies (qui ont 30 ans au moment où je vous écris) ont permis l'explosion des expressions collectives et individuelles. Et nous communiquons à grande échelle. Beaucoup, loin, jusqu'à l'espace où des messages quotidiens sont échangés avec les astronautes de la station spatiale internationale. Mais la situation économique, culturelle se dégrade sur en France, et sur Terre. Les terroristes terrorisent, les marchands d'armes font des affaires, et les Etats se sentent menacés.

Ça ferait un bon pitch de départ pour un film de science-fiction.

 Et comme la réalité finit toujours par rattraper la fiction, il se passe ce que nous avons déjà vu et lu des dizaines de fois : les marchands d'armes et de technos font alliance avec les politiciens pour surveiller et punir une population qui s'est désintéressée du politique et de la démocratie.

 « et c'est ainsi que meurt la République, sous une pluie d'applaudissements ».

 Bon, le truc embêtant c'est que contrairement aux films et aux livres de science-fiction, les rares opposants n'ont pas de pouvoir magique, pas de Force avec eux, pas de super robot qui les a entraînés dans leur enfance et surtout pas de vaisseau spatial pour s'échapper dans l'hyperespace au moindre danger.

Les rebelles n'ont pas la Force, mais ils ont Internet. Et Internet, c'est un Bat-signal du tonnerre, un Cérébro pour nous connecter, une Endor pour nous cacher, notre Tardis pour retrouver des choses du passé. Big Brother voudrait le contrôler, d'autres en faire Skynet, mais Internet est protéiforme, résilient, résistant.

Et surtout, Internet est défendu. Et vous ne passerez pas.

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