A propos des conseils de Ville et de Métropole de Brest...

Il est difficile, quand on travaille, ou qu'on a des obligations familiales, de se libérer à 16 ou 17h pour assister aux conseils. Depuis 2016, l'association des Sycophantes Vidéastes filmait donc les débats afin de les rendre accessibles au plus grand nombre. Depuis un an, la collectivité s'est enfin saisie de la mission et les conseils sont diffusés en direct et en différé.

Les deux conseils peuvent avoir l'air d'être l'un la répétition de l'autre. Et en effet, la structure des conseils se ressemble fortement à cause de la forte intégration de la commune de Brest dans la Métropole (comprendre : la Ville a gardé bien peu de ses missions pour les confier à la Métropole).

Premier effet délétère de cette intégration : l'absence de prise de parole des élus des autres communes de la métropole lors des débats. Comme si le conseil de Brest débordait sur celui de la Métropole, sclérosant la parole de ces élus des plus petites communes, et concentrant les débats sur la politique brestoise. C'est assez logique d'ailleurs, car la lecture des délibérations montre aussi que le niveau d'intervention et d'investissement de la Métropole est particulièrement fort dans ce que les socialistes appellent le "Coeur de Métropole", c'est à dire l'hypercentre brestois.

Deuxième effet de cette intégration, les délibérations qui ont un impact plus fort sur l'économie, l'urbanisme, les milieux naturels etc. sont prises en conseil de Métropole et sont donc pratiquement invisibles aux yeux de qui lit les seuls compte-rendus de la PQR pour s'informer. C'est un problème car c'est bien là que se jouent les trahisons des personnes qui tiennent une posture écologiste mais votent des délibérations qui soutiennent le contraire.

Troisième effet : à l'inverse, au conseil municipal, passent essentiellement des délibérations à caractère social, ou éducatif. Cela crée une distorsion dans la perception de l'action de la majorité PS/PCF/EELV/et autre brujunes. En effet, ces conseils sont bien plus détaillés dans la presse, et les délibérations ultralibérales et anti-écologiques sont invisibilisées par cette répartition.

Ces répartitions peuvent ressembler parfois à de la manipulation. Ainsi au dernier conseil municipal, nous avons eu la surprise de voir que l'ordre des délibérations avait été modifié dans le courant de la semaine, afin de faire passer au début du conseil celles qui concernaient le secteur social. Ces délibérations sont pourtant, depuis 12 ans que je siège, toujours présentées en fin de conseil. Les éléments de langage des élus socialistes de ce conseil étant précisément sur l'action sociale, on ne peut pas croire à un hasard...Il faut savoir que les journalistes ne restent jamais jusqu'au bout des 4 ou 5 heures de conseil (et se gardent bien de le faire savoir dans leur compte-rendus !). Présenter des délibérations-clés au début du conseil, c'est donc permettre de les mettre en avant dans les articles du lendemain.

Il est dommage que la presse n'ait pas signalé l'entourloupe : après tout c'est pas comme si les deux journalistes présents assistaient à l'ensemble des conseils depuis une dizaine d'année...

Extrait vidéo du conseil de métropole :

Quand la délibération sur la Transition écologique cache un soutien aux projets d'un serriste, d'un hypermarché et de l'agro-industriel Savéol : 

Conseil de Métropole, décembre 2019. © Julie Le Goïc-Auffret

EDIT (21/12/19) : la délibération en question.

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