Lettre ouverte sur la politique génocidaire chinoise contre les Ouïghour·es

Nous sommes ving-sept Françaises et Français du Royaume-Uni, et nous avons écrit cette lettre à nos sénatrices, sénateurs et à notre député. Dans cette lettre, nous dénonçons le génocide chinois contre la communauté musulmane ouïghoure et nous appelons nos parlementaires à prendre des mesures concrètes, législatives, afin d'opposer le désaccord de la France contre la répression chinoise.

Mesdames les Sénatrices, Messieurs les Sénateurs, Monsieur le Député,

Nous sommes Françaises et Français résidant au Royaume-Uni, féministes et militant.es engagé.es pour les droits des femmes, des minorités et les droits humains.

Nous vous écrivons ce jour pour vous faire part de notre inquiétude au regard de la situation humanitaire en Chine, à la suite des preuves flagrantes et accablantes de la politique criminelle instaurée par le gouvernement chinois à l’encontre du peuple ouïghour.

Depuis plus de dix ans, les faits, images et témoignages démontrant la réalité de la politique exercée par les autorités chinoises dans la province ouïghoure (dite Xinjiang) s’accumulent : camps de concentration, déportations massives, mise en esclavage, enlèvements et disparitions, meurtres de nouveaux nés, enfants séparés de leurs parents, viols, agressions sexuelles, stérilisation forcée et mutilation génitale sur les femmes, torture, trafic d’organes, mariages forcés, processus d’éradication du patrimoine culturel ouïghour, centres de rééducation, silenciation des intellectuel.les et des opposant.es au régime chinois, intimidation des réfugié.es ouïghour.es exilé.es à l’étranger.

La population ouïghoure a dramatiquement décliné avec une baisse du taux de croissance de 84% entre 2015 et 2018 selon les chiffres officiels figurant dans les rapports du chercheur allemand Adrian Zenz. La chute démographique s’est poursuivie en 2019 et le taux de natalité est aujourd’hui, en 2020, proche de zéro.

Force est de constater que nous sommes en présence d’une politique d’extermination massive qui n’a tristement rien à envier à la barbarie nazie dont notre pays et les puissances européennes avons été libérés il y a tout juste soixante-quinze ans.

Nos représentant.es élu.es et membres du gouvernement communiquaient il y a peu sur des événements tels que la libération de Paris, le Président de la République Monsieur Emmanuel Macron était reçu pour commémorer l’appel de Londres du 18 Juin 1940 et la bravoure du Général de Gaulle, pour rendre hommage à la Résistance française et saluer l’aide des allié.es ou encore le débarquement sur les plages françaises de Normandie. 

Monsieur Emmanuel Macron a reçu le 28 août dernier le Ministre des Affaires Etrangères chinois, Monsieur Wang Yi, sans prendre la peine d’évoquer publiquement le sort des trois millions de musulman.es ouïghour.es faisant l’objet d’un nettoyage ethnique organisé par la Chine. 

Monsieur Jean-Yves Le Drian évoquait à l’Assemblée Nationale le 28 juillet dernier les préoccupations de la France face aux graves atteintes aux droits humains commises par les autorités chinoises contre le peuple ouïghour et proposait une mission internationale, émanant d’observateurs et observatrices indépendant.es, sous la direction de la Haute commissaire aux droits de l’Homme, Madame Michelle Bachelet.

Nous constatons que les démarches des parlementaires français.es et des membres du gouvernement restent timides face à ce qui est désormais qualifié de génocide par les expert.es internationaux, conformément à la définition qu’en fait l’Organisation des Nations Unies.

Comment pouvons-nous nous contenter du quasi silence de nos représentant.es face à l’horreur de l’extermination du peuple ouïghour ?

Très récemment Emmanuel Macron a condamné publiquement la répression chinoise à l’encontre des Ouïghour.es, nous demandons désormais que cesse l’inaction de la France face à ce crime contre l’Humanité et que continue de s’élever la voix de notre pays sur la scène internationale et à l’ONU en condamnant la Chine et en appelant à prendre des mesures politiques communes et strictes à son encontre. 

En ce sens, nous vous faisons part de projets législatifs que nous vous proposons de porter devant le Parlement : 

- demander au Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Monsieur Jean-Yves Le Drian de renouveler l’appel de la France et de l’ONU à envoyer une mission internationale aux autorités chinoises,

- mettre en place des sanctions économiques à l’égard des biens fabriqués dans les entrepôts exploitant la main d’œuvre ouïghoure, des biens et matières premières provenant de la province ouïghoure (dite Xinjiang), ainsi que des entreprises profitant de cette main d’œuvre et se fournissant dans ces usines

- adhérer au collectif transpartisan de solidarité avec les Ouïghour.es proposé par Madame Dilnur Reyhan, Directrice de l’Institut ouïghour d’Europe,

- permettre aux Ouïghour.es un accès simplifié, accéléré à une procédure de demande d’asile, leur permettre d’obtenir le statut de réfugié.es politiques en France ainsi qu’une protection particulière de la part de l’Etat français, 

- veiller à ne pas renvoyer en Chine les demandeurs et demandeuses d’asile ouïghour.es ni à les rediriger vers des pays susceptibles de les rapatrier de force en Chine ou de leur faire subir d’autres violations de leurs droits fondamentaux,

- soutenir l’initiative du Député Monsieur Aurélien Taché en signant la pétition demandant d’interdire la sortie en France et sur les plateformes de streaming du film « Mulan » produit par Disney.

Les grands silences permettent les grands crimes. Nous espérons vivement que vous pourrez porter ces projets avec l’aide de vos collègues parlementaires et auprès des membres du gouvernement.

Nous vous remercions de l’attention que vous aurez bien voulu donner à notre courrier ainsi que du relai que vous en ferez. 

Nous vous prions d’agréer, Mesdames les Sénatrices, Messieurs les Sénateurs, Monsieur le Député, nos considérations les plus respectueuses. 

 

Signataires :

Julie Le Déaut, référente Place Publique Londres et Français.es de l’étranger

Angélina Munsch, musicienne et professeure d’instrument

Marie Laure Simon, puéricultrice en crèche 

Kate Le Deaut-Griffin, cheffe de projet

Charline Corubolo, critique féministe

Anissa Bekkouche, enseignante et activiste française à Londres 

Orlène Bordelais

Laureline Bedotto, Macclesfield

Mylène Vellay, cheffe de projet à Londres

Hajer Saadallah

Rémi Vazeille, co-secrétaire EELV Londres

Paul Declerck, trésorier EELV UK

Morgan Sebode

Camille Roussel

Pierre Simonnet

Leila Hoballah

Alima Dibassy

Clarisse Macé, étudiante en droit

Marie-Eve Faure, doctorante en microbiologie, KCL

Jade Plantin

Charlotte Rümmele

Sixtine Le Bourdonnec

Mathilde Villette

Maude Bertrand-Sapin

Asia Gabion

Louise Beillard

Mathilde Humbert 

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