Avec la chaleur des beaux jours, les algues vertes reviennent sur les plages bretonnes. Plus seulement à Plestin-les-Grèves ou St Efflam mais aussi en baie de Morlaix, de Douarnenez... Outre les risques sanitaires et écologiques criants, s’ajoute désormais une note salée de gestion de ces algues. Plus d’un million d’euros seront nécessaires cette année pour ramasser la « salade verte » qui se répand, une fois de plus, sur les côtes bretonnes. Encore faudra-t-il que ceux qui les prélèvent soient bien protégés contre les risques sanitaires... Histoire d'éviter, cette fois, les accidents !
Comme chaque année, elles sont de retour sur les plages bretonnes. Non pas les méduses, mais les algues vertes... Au total, ce sont plus de 60 000 mètres cubes de « salade verte » qui ont été collectés en 2009, contre un peu moins de la moitié en 2007, chiffre la Chambre régionale des comptes de Bretagne, dans un récent rapport. Sur la même période, « les coûts de ramassage et de traitement des algues vertes pour les collectivités les plus touchées sont passés de 541 500 à 809 000 euros », précisent encore les économistes. Et ce chiffre assourdissant devrait croitre encore un peu plus cette année en franchissant de loin le million d’euros (1,4 selon les experts dont près d’1 million à la charge des communes) !
80% du volume collecté sur 8 communes de Bretagne Nord (Plestin, St Efflam...)
Les agglomérations d’algues forment un tapis vert fortement émetteur de gaz toxique. Le sulfure d’hydrogène qui s’en dégage avait été la cause, l’an passé, d’un accident mortel d’un cavalier et de son cheval. Le ramassage et le traitement de ces algues sont désormais des étapes incontournables ! La raison de ce surcoût pour ces stations balnéaires situées dans les Côtes-d'Armor (Hillion, Binic, Plestin-les-Grèves et Saint-Michel-en-Grève) et dans le Finistère (Plomodiern, Plonévez-Porzay, La Forêt-Fouesnant, Concarneau) ? Suite aux importants risques sanitaires et écologiques constatés, les communes appliquent le principe de précaution. Ce qui les conduit à un ramassage intensif et un traitement sécurisé de ces algues.
Les collectivités et l’Etat tentent de limiter la casse avec le plan anti-algues -visant essentiellement à un ramassage préventif des ulves, suivi d’un stockage et de la mise en place d’un compost d’algues pour les épandre sur des terres agricoles- . Mais le plan gouvernemental n’avait pas prévu « une augmentation des dépenses sans contrepartie», comme le soulignent les élus des communes touchées qui doivent en ce moment supporter le gros du surcoût. Lannion-Trégor Agglomération (LTA), estime à 1,4 M€ la note prévisionnelle du ramassage et du traitement des algues pour l'année 2010. Dont un million pour l'évacuation des algues qui ne peuvent être épandues sur des terres agricoles.
Un coût pour le contribuable...
« On est loin des 50 % promis par l’Etat, mais plus près des 30 %... Et on ne sait pas combien l'État mettra pour l'épandage ou l'éventuelle exploitation des plateformes de traitement », a commenté Joël Le Jeune, le président de l’agglomération ! Par ailleurs, n’ayant pas de site adéquat pour stocker et traiter ces déchets, Lannion-Trégor a décidé de repousser dans le temps l'aménagement d'une plateforme de compostage, envisagée à Plestin-les-Grèves. Et pointe, là aussi, l'insuffisance du financement par l'État. Celui-ci est de l'ordre de 500.000 € … pour toute la Bretagne ! Alors que l'exploitation d'une seule station de 10 000 m³ coûterait déjà 730 000 €. L’Etat ne finançant que 30 à 35 % du ramassage, LTA et quatre communes avoisinantes ont donc décidé de déposer un recours gracieux auprès de l’État. Elles réclament « la prise en charge totale des frais de ramassage et d’évacuation des algues. Si dans deux mois l’État n’a pas répondu, préviennent-ils, « on part au tribunal ».
Selon le Préfet de Bretagne, la cause majeure de ce phénomène est « l’agriculture intensive », comme il l’a rappelé dans une récente note. Pour André Pochon, une figure emblématique de l’agriculture bretonne, les Bretons attendent une prise en compte de l'ensemble des facteurs liés à ces pollutions : « aujourd'hui, le modèle de développement sur lequel se fonde majoritairement l'agriculture est la cause d'une situation désastreuse sur le plan écologique ». Il poursuit : « il n'y a plus aucune raison de suivre ce paradigme dont les algues vertes sont l’une des conséquences visibles pour l’opinion ». Ce que confirme Chantal Le Moüel, directrice de recherche au département d’économie et sociologie rurale de l’Inra de Rennes : « la difficulté principale à la proposition d’un nouveau modèle réside dans le fait que deux agricultures se font face en France, l’une tournée vers les grandes exploitations avec une forte productivité, visant la compétitivité afin d’exporter les denrées, quand l’autre, plus familiale, locale, s’axe davantage vers les produits du terroir. C’est l’établissement d’un équilibre de soutien à ces deux modèles complémentaires qui permettra de définir un nouveau pacte agricole », conclut-elle. Gageons qu'elle soit entendue lors des négociations de la future politique agricole commune (PAC)...
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