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Billet de blog 21 décembre 2011

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Durban Legend

A Durban, une nouvelle page dans les négociations climatiques vient de s'écrire. Cette conférence internationale n'a pas abouti à l'accord global espéré mais à un projet d'accord pour un accord... en 2015, prenant effet en 2020 ! Une belle histoire qui ne met pas tout le monde d'accord.Souvenez-vous du Film Urban Legend qui raconte des histoires terrifiantes dont on ignore l'origine... C'est un peu l'histoire des négociations autour d'un climat bouleversé dont l'homme ignore (du moins certains) les origines.

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A Durban, une nouvelle page dans les négociations climatiques vient de s'écrire. Cette conférence internationale n'a pas abouti à l'accord global espéré mais à un projet d'accord pour un accord... en 2015, prenant effet en 2020 ! Une belle histoire qui ne met pas tout le monde d'accord.

Souvenez-vous du Film Urban Legend qui raconte des histoires terrifiantes dont on ignore l'origine... C'est un peu l'histoire des négociations autour d'un climat bouleversé dont l'homme ignore (du moins certains) les origines.

Un peu comme certains pays présents à Durban en Afrique du sud qui ont tout bonnement ignoré l'impact du changement climatique en remettant à 2020 un hypothétique accord. Une belle histoire (légendaire ?) qu'on racontera à nos petits-enfants avant de les endormir...


Kyoto n'est pas mort !

Il n'y a pas que de mauvaises nouvelles à Durban puisqu'il y aura bien un acte 2 au Protocole de Kyoto ! C'est la bonne nouvelle de cette récente conférence qui s'est tenue du 28 novembre au 12 décembre en Afrique du sud. Le Protocole de Kyoto engage les pays industrialisés, à l'exception notable des Etats-Unis, dans une réduction contraignante de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Ce texte prévoyait que ces pays abaissent d'au moins 5 % leurs émissions entre 2008 et 2012, par rapport à 1990. Il devait prendre fin en 2012. Et sera finalement poursuivi jusqu'en 2020.
Sauf que, pour cette prolongation, le Canada, le Japon et la Russie ne suivront pas le mouvement. La raison : ils ne veulent plus entendre parler de contraintes à l'heure où leurs émissions de GES ne cessent d'augmenter. Deux de ces trois pays font d'ailleurs partie du « cinq majeur » des nations les plus contributrices en GES, cumulant la moitié des émissions : Chine, Etats-Unis, Japon, Russie et Inde. C'est la mauvaise nouvelle de Durban. Kyoto 2 se voit réduit à l'engagement des seuls pays de l'UE, dont les émissions de CO2 n'excèdent pas 10 % de l'ensemble des GES de la Planète.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. De 1990 à 2008, le Japon a augmenté ses émissions de 6,5 %, les Etats-Unis de 16 %, le Canada de 28 %. Alors que la France les a diminuées de 0,8 % et que l'Allemagne les a réduites de 17 % ! Pour un total qui ne cesse de progresser...


Quid d'un accord global ?

A l'issue de 2 semaines d'âpres négociations, l'UE n'a donc pas obtenu ce quelle était venue chercher: une poursuite de Kyoto contre un véritable accord mondial. Tout de même, un pas en avant a été effectué par les 194 pays signataires. Il s'agit de parvenir à « un Protocole, un autre instrument légal ou une solution légale ayant une force légale ». Une phrase qui ressemble un peu aux formules magiques d'Harry Potter... Voilà les termes de l'accord concédé à Durban aux pays émergents et aux Etats-Unis. Et ce futur accord devra attendre un hypothétique texte en... 2015, avec mise en application pour 2020 !
En attendant, le texte acte la création d'un groupe de travail. Celui-ci devra déterminer les solutions pour combler le retard qui existe entre les promesses de réduction d'émissions et les véritables efforts qu'il faudrait mettre en œuvre pour contenir la hausse moyenne des températures. Si de nouveaux engagements de réduction des GES n'ont pas été discutés à Durban, les nations ont reconnu l'écart préoccupant entre les engagements actuels et ce qu'il est nécessaire de faire pour éviter un réchauffement au delà de 2°C, seuil à partir duquel les conséquences de ce réchauffement sont jugées majeures par la communauté scientifique. Un récent rapport du Programme des nations unies pour l'environnement estime que « seulement 60 % des efforts nécessaires pour ne pas dépasser ce seuil sont aujourd'hui acquis ».


Les ONG pointent un accord a minima
A l'heure de la crise, le climat peut donc attendre encore un peu. Point positif tout de même : ce futur texte concernerait, pour la première fois, tous les grands pays émetteurs. Il devrait avoir une force légale mais ne sera pas « juridiquement contraignant ». Toute la subtilité est là. Qui donc sera contraint de respecter ses engagements ?
Mais « L'essentiel est que toutes les grandes économies, toutes les parties en présence se sont légalement engagées, c'est pour cela que nous étions venus » s'est toutefois satisfaite Corinne Hedegaard, la commissaire européenne pour le climat. Un avis loin d'être partagé par les principales ONG. Pour elles, « La conférence de Durban a abouti à un accord gravement déconnecté de la réalité de l'urgence climatique » a souligné le Réseau Action Climat (RAC), qui rassemble une dizaine d'organisations dont Greenpeace et le WWF.
« Le monde reste sur une trajectoire d'un réchauffement supérieur à 3°C avec les conséquences très graves qui en découlent »
a alerté pour sa part Climate Action Tracker, une organisation scientifique.
Malgré tout, l'accord de Durban a le mérite de permettre la poursuite de Kyoto : à savoir notamment tous les mécanismes d'aide aux pays en développement, permettant aux pays industrialisés de développer des projets à faibles émissions de carbone dans les pays du Sud. Ou encore le fonds vert (qui vient d'y être officiellement créé), envisagé il y a deux ans à Copenhague. Ce dernier outil prévoit d'accompagner les pays pauvres pour faire face aux conséquences du réchauffement climatique. Mais la question de l'approvisionnement de ce fonds, chiffré à hauteur de 100 milliards de dollars dès 2020, reste lui aussi en suspend.
A l'heure où l'Europe est plus occupée de son propre avenir et où les Etats-Unis sont déjà en campagne électorale, fallait-il vraiment espérer plus ? Prochaine étape au Qatar l'an prochain, le plus gros pays émetteur de gaz à effet de serre au monde, pour les 20 ans du Traité de Rio, le texte qui a gravé dans le marbre l'idée d'un modèle de développement durable...

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