A propos de Gravity

On me promettait la Lune. J'avais aimé Les fils de l'homme d'Alfonso Cuaron, film de SF antifasciste un poil brouillon, mais fourmillant de bonnes idées et gros d'une mise en scène à tomber par terre - ça vaut le détour pour ceux qui sont passés à côté. Dimanche soir, je cours jusqu'au cinoche pour me manger Gravity à pleine bouche, sautillant d'aise comme un Dupont dans l'épisode lunaire de Tintin. Et puis...

Pas de cinéma.

Bah merde alors. C'est joli comme un feu de cheminée à mettre dans sa télé, c'est d'une indéniable virtuosité technique, mais... ce n'est pas du cinéma. J'ai une carte, donc ça ne m'a pas coûté grand chose, 1 € pour les lunettes. Mais ceux qui me précédaient dans la file d'attente ont déboursé une bonne quinzaine d'euros. ça aurait du m'alerter, me signaler que ce qui se vendait là n'était pas du cinéma.

Je déteste la 3D, je la fuis comme la peste. Une exception, une seule : le film de super héros de Gondry... Moi, j'aime le plan. Pour moi, le cinéma, c'est le plan. La 3D, c'est le théatre et quitte à aller au théâtre - c'est un peu comme le football le théâtre, c'est formidable une fois sur 10 -  autant aller au... théâtre. Je déteste la 3D, donc je cours voir Gravity parce que je ne demande qu'à être convaincu du contraire...

Donc. 90 minutes - pas une de plus - de Sandra Bullock au prise avec l'expérience éprouvante de la survie en apesanteur. Sandra Bullock ? Un poil tétanisée par la performance annoncée. Elle court après l'Oscar, elle le sait. Et ça se voit. Clooney super. Clooney, c'est des petits morceaux de cinéma que l'on a laissé traîner dans quelque chose qui relève d'abord et avant tout de l'attraction forraine. Et maintenant Mesdames et Messieurs, voici Gravity, bienvenue au Futuroscope. C'est pas riant-riant Poitiers un dimanche soir de pluie.

Avec Gravity, on est dans le registre de la sensation, pas dans celui de l'émotion. C'est de la simulation, pas du cinéma. Degré zéro de la dramaturgie. Pas une seule idée de cinéma. Si une, pas de son dans l'espace. Bien vu. Pour moi, c'est la seule belle scène du film, la destruction silencieuse de l'ISS par une nuée de boulons. Sinon, tout ce qui relève du cinéma est raté. Sandra Bullock a perdu sa petite fille, morte dans un accident stupide. Qui s'en fout ? Flippée à mort et seule au monde, Sandra blablatte avec les chiens et la CB d'un inuit. Consternant. Mal écrit, mal joué.

Le temps d'une séquence, le cinéma, c'est à dire Clooney, est de retour (attention spoiler - il était censé être mort, vu que dans TOUS les films récents qui se passe dans l'espace, il y a nécéssairement un héros au grand coeur qui fait don de sa vie au bénéfice de ses compagnons d'infortune. De même, tous, sans exception, sont des films catastrophes - c'est d'un chiant, l'impression de voir encore et toujours le même putain de film...).

Donc, Clooney est de retour. Ouah génial, il n'est pas mort ! ça c'est une idée vraiment splendide, et drôle. Et puis en fait non. Court-métrage, première année de cinéma : en fait, c'est Sandra qui rêve. Et voilà, c'est fini. Plus de cinéma. Il n'y a plus qu'à attendre, en regardant sa montre, que Sandra retrouve le plancher des vaches puisqu'à l'évidence tout nous y amène et en ligne bien droite. L'avantage, par rapport à Space Mountain, c'est qu'on n'a pas la gerbe en sortant du cinoche. C'est toujours ça de pris. Pour le reste, vu et... déjà oublié.

Apollo 13, du besogneux Ron Howard, est toujours le seul film honorable sur l'espace et la conquête spatiale (désolé, je ne suis pas très amateur de 2001 et de ses boursouflures métaphysiques... Space Cowboy est une merde, une merde sympathique, mais une merde tout de même. Le De Palma est extraordinairement raté, de même que le film de Danny Boyle qui partait d'une bonne idée et s'écrase durement dans les poncifs. A quand une adaptation des livres de Robinson qui nous libèrerait de la manie merdeuse du film catastrophe...).

Concluons. Allez donc voir Gravity, c'est intéressant, à défaut d'être passionnant. C'est très précisément ce à quoi conduit la généralisation de la 3D. Plus de cinéma. De la simulationgraphie.

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