Nous n'avons pas bâti un foco pour rien.

Il n'y a plus rien à évacuer car le théâtre a bougé.

Notre-Dame des Landes évolue au gré des années de paisible commune rurale à épicentre du monde en lutte.


La Zad est ainsi une école révolutionnaire, un pôle d'apprentissage militant et une zone expérimentale, depuis 40 ans.


Mais ce carrefour d'idées et de combats ne se cantonne déjà plus à une enclave rurale, périphérique et contenue. La résistance reconquiert l'ensemble du territoire.

NDDL s'attaque au moteur capitaliste urbain et déconstruit ses discours et renoncements avec une intensité croissante.

Nantes, se veut Métropole, et demeure une ancienne cité de commerce atlantique. Au transit des marchandises la région ajoute une varieté de productions et services. Les opposants apprennent à cartographier leurs histoires et à débusquer les précédents historiques d'autres pénétrations coloniales, commerciales, sur leur territoire et au loin. La violence que porte la machine capitaliste est démasquée, son incompétence est criminelle. Il s'agit qu'elle recule.

Questionner les mobilités internationales connecte de fait la lutte bocagère à la pompe globalisante, les expertises s'additionnent dans les réseaux multiples et le constat est sans appel. Ils ont failli. 

Notre-Dame des Landes est déjà, en l'absence de tarmac et d'avions de ligne, le plus bel aéroport existant : il draine et oriente des visiteur-euses d'exceptions  depuis les années 70. Comme une porte secrète de la mondialisation.

Syndicalisme, internationalisme, socialisme, écosocialisme, tous se mêlent dans la forge paysanne. Les outils jaillissent et la justice s'équilibre, s'oblige à la transparence et à l'expertise éclairée. Elle s'ajuste à une réalité qui pour une fois n'est pas façonnée par le capital et le droit de propriété.

L'usage est au coeur du débat, l'utilité sociale et la qualité de vie sont redefinies.  Ce territoire est une bataille symbolique qui dépasse les enjeux fonciers et l'occupation de quelques lieux-dits. La lande résiste au rouleau compresseur de l'Histoire et aux manipulations de ceux qui pensaient l'écrire. La Zad n'est déjà plus une forteresse et n'arbore donc pas de barrières systématiques comme les zones artisanales et commerciales rêvées par le gras développeur. La zad au contraire s'ouvre et déborde chaque jour d'avantage sur la ville, sur l'arrière-pays.

Et bientôt Nantes se trouve impregnée, encerclée.

Dans les quartiers, dans les entreprises ou les associations, dans les écoles ou les universités, partout surgit par contagion la contestation et les reflexes citoyens. Les discussions ne se limitent plus à l' apparente complexité économique, à son jargon excluant. Ce fût une école vous dis-je et nos camarades sont désormais formés.

Au contact de la diversité, les échanges se pérennisent, les enfants naissent, l'envie grandit. Quelque chose de collectif a posé des fondations : celles d'une promesse. Nous n'avons pas bâti un foco pour rien. 1)

 

Personne ne pourra dire qui a joué un tour, qui est victime, qui sont les idiots utiles ? A l'heure où les plus blessés sont les benêts qui ont suivi le bon notable, la résistance semble hésiter à formuler réparation et à conquérir ses droits. Les aigris clament vengeance et sondoient pour une évacuation musclée impossible et absurde.

Mais que formule le camp de l'avenir, les gagnants d'espaces de vie, d'amitiés, d'animations et d'entraide ?

Que surgisse l'audace et que cette victoire, la bataille de Notre-Dame des Landes, nous permette de gagner l'avenir.

 

Rousty

 

1 ) Foco = Foyer révolutionnaire / L'idée est de s'appuyer sur des guérillas soutenues par la paysannerie, avant de s'attaquer aux villes pour renverser le pouvoir en place.

Cette théorie est en particulier défendue par Che Guevara et par Régis Debray dans un ouvrage intitulé Révolution dans la révolution (1967)

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