Julien Sorel
Abonné·e de Mediapart

8 Billets

0 Édition

Billet de blog 27 nov. 2022

Julien Sorel
Abonné·e de Mediapart

Marx et la leçon de 1848 : Révolution et internationalisme

Ce qu'il se passe aujourd'hui en Iran, en Chine, mais ajoutons aux États-Unis (Black Lives Matter, etc), en France (les Gilets jaunes) témoigne d'un vent de révolte qui parcourt la planète. Le féminisme et la lutte contre la vie chère sont la pointe la plus aiguisée et la plus pertinente de ce combat. C'est à une solidarité internationaliste qu'il nous faut souscrire.

Julien Sorel
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Dans son brillant ouvrage La lutte des classes en France, Karl Marx insiste sur un aspect central de la lutte contre le capitalisme : l'internationalisme. 

"Les ouvriers pensaient pouvoir s’émanciper à côté de la bourgeoisie, ils croyaient encore pouvoir accomplir une révolution prolétarienne à côté des autres nations bourgeoises, dans les limites nationales de la France. Mais les conditions de production de la France sont déterminées par le commerce extérieur de ce pays, par sa situation sur le marché international, par les lois de ce dernier. Pour que les ouvriers instaurent une République sociale et démocratique il aurait fallu amener une révolution européenne".

Dans cet ouvrage Marx revient sur la manière dont la bourgeoisie, les royalistes, les bonapartistes, les franges cléricales de la société, ont fini par confisquer la révolution de 1848. Les ouvriers alliés à la bourgeoisie républicaine ont réussi à renverser la monarchie. Mais la bourgeoisie a fini par trahir la classe ouvrière qui réclamait une République sociale et démocratique pour imposer à la place une République fondée sur les intérêts de la nouvelle bourgeoisie. La division du travail resta donc sensiblement la même.

C'est ici le point important : aujourd'hui la remise en question de la division des tâches, grâce à la puissance du mouvement féministe, s'étend de manière plus globale à la sphère quotidienne (charges mentales, organisation du travail, salaires, etc.,). La révolution féministe est en effet, profondément, une révolution démocratique et égalitaire, en ce qu'elle fait signe vers une société où la division du travail est repensée de la cave au grenier, et cesse d'être cette division imposée par le patriarcat et le capitalisme.

C'est sur ce point que Frédéric Lordon manque quelque chose lorsqu'il critique l'Internationalisme. Il ne s'agit pas chez Marx, et cela est dit clairement, de souscrire à l'idée que la révolution serait immédiatement opérante à l'échelle de l'ordre mondial, et qu'elle abolirait immédiatement les frontières. Sur ce point Marx est très clair, dans le même texte il nous dit : "les prolétaires vont d'abord devoir faire la révolution dans leurs pays".

Pour autant, sans embrasement, sans "effet dominos" comme il est coutume de le dire, le marché international ne sera pas inquiété.

Qu'en tirer pour notre époque ?

Premièrement : soutenir les mouvements de révolte qui ont lieu dans tout pays autoritaire. Pourquoi rappeler ce qui semble être une évidence ? Eh bien pas si sûr : il y a parfois un fond de discours essayant de nous expliquer que les femmes, la jeunesse, les ouvriers qui se révoltent seraient quand même, au bout du bout, des agents des États-Unis (voir ce qui a été dit à propos de Hong Kong, ou même encore de Taïwan). Nous devons rompre avec cette idée. Là encore Marx est très clair : les communistes doivent soutenir tout mouvement d'aspiration démocratique.

Deuxièmement : déplacer la question, de plus en plus récupérer par l'extrême droite notons-le, d'une sortie ou non de l'Union européenne, du marché international, etc., pour nous orienter vers la solidarité, ne serait-ce qu'affective : tout ce qui tend à renforcer l'internationalisme, la solidarité et la paix entre les peuples est une base matérielle non négligeable. L'enjeu est donc de ne pas céder, comme l'Angleterre a pu le faire, à l'idée qu'un repli sur soi, sur ses intérêts, jouerait en faveur d'une révolution sociale et démocratique. Prenons le contre-pied de ce discours : c'est bien l'extension du désir d'émancipation qui peut amener un véritable bouleversement, car bouleversant le marché international.

Troisièmement : n'oublions pas que "la révolution, et son but l’émancipation est bien la « suppression générale des différences de classes », c’est la suppression de tous les rapports de production sur lesquels elles reposent, la suppression de tous les rapports sociaux qui correspondent à ces rapports de production, le bouleversement enfin de toutes les idées qui découlent de ces rapports sociaux" (toujours Marx). Un changement majeur dans les rapports sociaux engendrera toujours une part d'incertitude et de non maîtrisable.

Enfin : capitalisme et théologie ont toujours fait bon ménage. Cela se voit en Iran, en Chine, en Russie, en Europe, aux États-Unis. A chaque fois, la spiritualité ou la religion, dans leurs différentes variantes (Islam, Confucianisme, Catholicisme, etc.), ne sert que de paravent au pouvoir autoritaire en place. Il ne s'agit pas de critiquer la pratique ordinaire de telle ou telle spiritualité : cela est un choix individuel qu'il n'est pas question de nier et de négliger. Mais gardons-nous bien du mélange entre théologique et politique.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte