Manifester pour mieux reculer

Depuis maintenant plusieurs semaines les manifestations s’enchaînent, les rues s’embrasent, c’est le règne du pavé. Nous avons tous un choix à faire, c’est notre devoir de citoyen. Puisque « Qui ne dit mot consens » il est important de s’exprimer, la République nous le permet, faisons le.

Il n’y a pas une journée ou mon fil d’actualité ne déborde pas d’image de voiture immolée, de force de l’ordre gisant sur le sol, ensanglantée. A l’instar de la peste, la violence ce transmet de Hashtags en hashtags (#Manif17mai, #HaineAntiFlic, #Manif19mai) gangrenant ainsi notre quotidien. Chaque jour connait son lot de pavés et d’insultes et on ne peut y échapper.

Cette surenchère permanente de la violence est arrivée à un point de non-retour, nous ne pouvons plus légitimer un seul acte de violence. Nous voyons sans cesse ces policiers étalés sur le sol, hués et tabassés.

 Suis-je, le seul à être choqué, lorsque je découvre que la CGT à sous ses ordres un service d’ordre semblable à une milice ?

Au moment où j’écris ces quelques lignes, un CRS est surement en train de reculer sous un déluge de pavé. A qui fait-il face ? À ceux qu’il protège depuis des années. Véritable outil de l’Etat de droit, le CRS est la seule et unique victime des manifestations. Tiraillé entre les ordres de ses supérieurs et les pavés de ses concitoyens, il est le joujou d’un gouvernement qui sème la colère dans la population. Non, non rassurez-vous, ce n’est pas Manuel Valls qui vous fait face, c’est seulement Philippe 35 ans, passionné de vélo et qui aime faire des balades avec ces enfants de bon dimanche matin. Et bien sûr, pendant que Philipe ramasse son collègue au sol, Manuel Valls ricane à l’Assemblée : la loi passera.

La difficulté d’un sujet comme celui-ci, c’est d’éviter à tout prix la généralisation, c’est de parvenir à poser les bonnes questions, au bon moment. D’un point vu moral, la violence ne peut être une fin en soit, le « casseur » comme le « policier » utilise la violence, cependant l’un semble avoir plus de légitimité que l’autre. Le grand débat c’est de savoir qui est le plus légitime. Pour moi c’est clairement le policier. En effet celui-ci exerce la force non pas par volonté, mais par nécessité, il ne cherche pas à nuire, blesser ou encore détruite, son seul objectif c’est de faire régner l’ordre. Même si, parfois, cet état de pseudo « stabilité » reste discutable. Certains me brandiront avec fureur, les quelques images de bavures policières et puis qu’aucune généralisation ne doit être faite, ils auront raison, de facto.

Ainsi, le problème de fond, ce n’est pas le problème du casseur ou encore la place du policier dans ce genre de situation. Le réel problème c’est celui de la forme que doit adopter une manifestation. Nous devons changer notre manière de dénoncer, de nous rassembler et de protester. Manifester dans la rue à grand coup de slogan n’est plus une force en soit, c’est un défilé, une grande marche pour ralentir le temps. Il existe de nouvelles méthodes, bien plus puissantes et qui ne blessent personne, le boycott en est une. Même si c’est quelque peu utopique, laissons-nous entraîner par le rêve : Selon de récents sondages, 75% des Français sont opposés à la loi travail. Si demain, ces millions de français boycott l’achat de cigarettes pendant quelques semaines, ou encore la française des jeux. L’Etat perdra des millions, des centaines de millions et aucune Flashballs ne pourra l’empêcher: ils reculeront.

Ce sujet étant ultra controversé, il me parait important de rappeler que je ne condamne pas la manifestation, cependant je fustige avec véhémence la forme qu’elle prend. Ce système qui revient à déambuler dans les rues de nos villes est périmé, à l’ère de la mondialisation, d’Internet et de la disparition des frontières il est devenu essentiel de penser autrement, de penser le « tout » et de cesser de théoriser « l’unique ». Le progrès nous a rendu plus responsable et plus conscient de ce monde qui gravite autour de nous, cessons de vouloir à tout prix arrêter le train, montons dedans alors qu’il fonce à toute vitesse et prenons le contrôle de sa direction.

Nous sommes sans conteste le pays de la révolution, de la manifestation, du pouvoir de la rue. Cependant, avant de réinventer notre démocratie, il faudra changer nos mentalités et surtout notre idéal de manifestation.

Aucune idéologie ne peut justifier un acte comme celui ci : Hier à Nantes

A suivre…

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