Politicien je t'aime, moi non plus

Connaissez-vous beaucoup d’activités si mal vues que ceux qui les exercent refusent de l’appeler par leur nom ? C’est le cas de la politique.

Connaissez-vous beaucoup d’activités si mal vues que ceux qui les exercent refusent de l’appeler par leur nom ? C’est le cas de la politique.

– Dis-moi Julien, qu’est-ce que tu veux faire plus tard ?

– Je voudrais faire de la politique.

– Ah ! Tu veux être président ?

Cette réponse est devenue pour moi aussi banale qu’un 49-3. Tel un funeste talon qui viendrait écraser sans cesse l’idée d’alternative sur perron de l’Elysée, ce mot « président » provoque à la fois mépris et jugement. D’ailleurs, Il me faut à chaque fois redoubler d’effort et de concentration pour montrer à mon interlocuteur, que : non je ne veux pas faire président ! Et qu’il est possible de faire de la politique autrement.

Jadis, en Grèce Antique, le métier de politicien était le plus noble de la cité. Les stratèges d’Athènes ne représentaient qu’une certaine minorité de la population et malgré tout, ils ont su donner à la politique toutes ses lettres de noblesse. C’est notamment pour cela que leurs noms sont encore aujourd’hui inscrits dans nos mémoires (PériclèsSophocleThémistocle). Si au fil du temps, le terme « politicien » est devenu une insulte c’est forcément à raison. En effet, l’idée que nous avons de l’homme politique a évoluée dans l’Histoire. Rappelons à ce titre que, la politique n’est pas et ne sera jamais un métier à part entière. Quand on choisit de s’engager politiquement on le fait par conviction et non pas par besoin. Et puisque l’étymologie du mot « travail » (cf métier) fait référence à un outil de torture des sociétés gréco-romaines (Le Tripalium) il ne peut y avoir corrélation ou même connivence.

Si la politique est déconsidérée aujourd’hui, c’est donc d’abord parce que ceux qui la font ne font plus que cela. Auparavant, l’homme politique était un artiste, un héros national, ou encore un intellectuel. Que reste-il d’André Malraux, de Pierre Bourdieu ou encore de Simone Veil ? Où sont passés les hommes et les femmes de lettres et de sciences ? Si la politique n’a plus de valeurs transcendantes à sa condition alors elle est vouée à la procrastination puis à l’échec. Ne pourrions-nous pas imaginer des hommes et des femmes de renoms dans les ministères propres à leurs qualifications ? Je rêve d’une époque ou au ministère de l’éducation nous aurions un professeur, à la culture un intellectuel, à la justice, un juge …

La rupture entre le politicien et son électorat réside avant tout dans l’idée que nous avons de celui-ci. Dans nos sociétés contemporaines on dit d’un politicien que c’est un menteur. On sous-entend alors que cette personne agit par calcul, manipulation et tromperie. Il y a fort à penser que la santé d’une démocratie s’exprime avant tout par la perception qu’a un peuple de ses élus. Pour qu’une société démocratique ne périclite pas, il faut alors que ceux qui la représentent soit à la hauteur de leurs fonctions. Authentique indicateur de la santé d’une démocratie, le mot « politicien » est devenu avec le temps un terme péjoratif et offensant.

Vous remarquerez à ce titre, que les personnalités politiques ne se glorifient jamais de ce qualificatif. Elles se diront « hommes ou femmes politiques », « élus de terrains » ou encore « au service des Français » (celui-ci c’est mon préféré). S’il le faut, ils utiliseront tout le répertoire des périphrases, pour éviter ce mot maudit. C’est dire, à quel point notre classe politique tout entière est haïe et compromise. Si la politique est devenue aussi mal vue, ce n’est pas sans raison. Nous ressentons envers nos élus un sentiment de l’ordre de la désillusion amoureuse. En effet, selon moi, lorsque vous votez pour un homme politique vous vous engagez avec lui. Il vous demande d’ailleurs votre confiance à travers un bulletin de vote. Si jamais il vous trahit comme l’a si bien fait Jérôme Cahuzac, les yeux dans les yeux, alors vous éprouverez de l’amertume et de la rancœur envers lui. Ainsi, le rapport entre le citoyen et son représentant se construit sur les notions de confiance et de légitimité. Si par malheur, il vous trompe, vous allez rejeter tout ce qu’il représente, tout ce qu’il est, à savoir : un politicien.

Ainsi, lorsque Stendhal écrivait dans le rouge et le noir qu’un « un roman, c’est un miroir qu’on promène le long d’un chemin » il n’imaginait surement  pas que certains mots comme celui de politicien, pouvait eux aussi avoir une résonance tout particulière lorsqu’ils étaient confrontés à la réalité de leurs définitions. Le terme « politicien » s’impose donc comme l’expression même de la santé d’une Démocratie. Si ce mot est détesté par tout un peuple et évité par les politiciens eux mêmes, c’est qu’il y a en réalité un profond malaise dans notre société.

Pour retrouver confiance en la politique je pense que nous devons revenir aux fondamentaux de cet art, il faut alors privilégier la cohésion et l’idée que, un intellectuel sera toujours mieux à la culture qu’un énarque. Cessons de faire de la politique de « comptable » et revenons à une politique faite d’idées et de concepts.

 « La politique est l’art de commander à des hommes libres » Aristote.
« Sous le nom de démocratie, c’était en fait le premier citoyen qui gouvernait »Thucydide.

A méditer.

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