Le lycée Rabelais sous pression

Manque de moyens, crise sanitaire et désormais violence, la situation s'est détériorée ces derniers mois au lycée Rabelais du XVIIIème arrondissement de Paris. En plus des difficultés matérielles auxquelles le corps enseignant devait faire face, un élève s'est fait poignarder ce lundi 16 novembre 2020.

Cela fait plusieurs mois que la situation est très difficile pour le lycée Rabelais du XVIIIème arrondissement de Paris.

En effet, en février dernier, le lycée a fermé ses portes pour insalubrité (les sorties de secours ne fonctionnaient plus depuis quelques temps déjà et l'état du lycée était plus que douteux). De plus, il y avait aussi des signes révélant la présence d’amiante dans les locaux et les filets de protection n’étaient plus suffisants pour maintenir le parement de façade du lycée.

Je vous joins ici quelques articles ayant évoqué cette fermeture (sans entrer suffisamment dans les détails...) :

https://www.leparisien.fr/paris-75/paris-fermeture-du-lycee-rabelais-pour-raisons-de-securite-17-02-2020-8261490.php

https://www.lejdd.fr/JDD-Paris/a-paris-les-exiles-du-lycee-francois-rabelais-ferme-pour-vetuste-3994609

Suite à cela, il a été décidé que les élèves comme les professeurs devraient être relogés sur cinq sites différents dont le lycée Henri Bergson/Jacquard, du XIXème arrondissement.

Les professeurs, accompagnés de leurs élèves, ont manifestés devant le ministère de l’éducation nationale, mais tout ce qu’ils ont obtenu c’était une masse de CRS qui les a encerclés avant de les forcer à repartir dans le métro. Ce jour-là, une élève avait une pancarte sur laquelle on pouvait lire « Cela ne se passerait pas comme ça à Louis Le Grand » …

Cependant, conscients que les élèves de Bergson et de Rabelais ne parviendraient peut-être pas à s’entendre, les professeurs et les parents ont manifesté leurs inquiétudes afin d’obtenir plus de justice et d’être relogés ailleurs de manière plus sécurisée. En effet, ils étaient conscients des risques car certains élèves du XIXème et du XVIIIème sont en rivalité depuis longtemps déjà.

Hier, le lundi 16 novembre 2020, un lycéen de Rabelais a été poignardé devant le lycée Bergson, par trois individus. Le lien suivant est un article ayant évoqué ce drame https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/paris-un-jeune-de-17-ans-poignarde-pres-du-lycee-bergson-dans-le-19e-arrondissement-1605554340 .

Ce média évoque l'idée selon laquelle : « La victime, a priori inconnue des services de police, fait partie des élèves du lycée Rabelais, dans le 18e arrondissement, qui ont été réaffectés au lycée Bergson, "car son établissement est fermé depuis le début de l'année 2020 pour laisser place à des travaux de remise en état", a expliqué à France Bleu Paris, le maire PS du 19e arrondissement, François Dagnaud. L'élu confirme que les camarades du jeune homme sont "très choqués". Une cellule psychologique a été mise en place au lycée Bergson à destination des élèves, des professeurs et du personnel de l'établissement. ». Cette information est partiellement erronée, d’une part parce que l’établissement Rabelais n’est toujours pas en chantier comme il devrait l’être, et d’autre part parce que cette cellule psychologique n’est pas suffisante au vue de l’ampleur de ce drame.  Les élèves du lycée Rabelais n’ont pas d’infirmière à temps plein, car l’infirmerie n’ouvre ses portes que deux fois par semaine.

Un professeur du lycée Rabelais écrivait ce matin :

« Monsieur Le Proviseur (lycée Rabelais, Paris),

Pourriez-vous un peu vous mettre à la place des élèves, des parents et des professeurs ? Tous sont persuadés que cette agression au couteau préméditée est le début d’un cycle de violences. Le lendemain d’un tel drame, alors que l’élève est encore entre la vie et la mort, respectant en cela les ordres de la hiérarchie, vous nous demandez de retourner travailler l’angoisse et la peur au ventre, et ce n’est pas un atelier d’écoute-soutien-psychologique animé de 10h à 12h qui réglera le problème. Pourquoi ce manque d’humanité ? Nous serons là demain. Nous ne sommes pas des profiteurs. Nous n’utilisons pas ce drame pour rester chez nous et nous la couler douce.

J’entends déjà dire que l’événement n’est qu’une « rixe », qu’il ne s’agit que d’une rivalité de quartiers, qu’on aura plein de policiers dans le périmètre pour que nous puissions tous retourner travailler. Vous savez très bien que cette réponse uniquement sécuritaire ne fera pas retomber les tensions.

Nous espérons que le rectorat saura enfin trouver une solution courageuse pour sécuriser la communauté. Tout le monde pense que cette solution passe par une relocalisation en urgence des élèves du lycée Rabelais hors du lycée Bergson, vous aussi.

En mars dernier, les parents avaient prévenu la région Île de France et le rectorat. Ils n’ont pas été entendu. Seront-ils enfin entendus ? Faut-il un autre drame ?

Vous savez également que vous aurez l’appui de toute la communauté si cet effort est enfin consenti par les pouvoirs publics.

Dans le cas contraire, vous vous doutez également des risques : nombre très important de décrochages scolaires, stress, burn-out, nouveau drame.

J’ose espérer que notre hiérarchie fera enfin preuve d’humanité.

Cordialement. »

Cet évènement n'était pas une rixe, mais bien une tentative d'homicide avec préméditation.

 

Les professeurs du lycée Rabelais tiennent le coup et continuent à aller travailler, mais pour eux la crise sanitaire n’est qu’un poids qui s’ajoute au reste : alors que dans certaines salles de classe, les fenêtres sont condamnées (difficile pour aérer comme le voudrait le protocole sanitaire), il manque aussi des chaises et des tables. Certains d’entre eux doivent voir la médecine du travail mais ils continuent à travailler car ils savent que les élèves dépendent d’eux. Il devient urgent que le gouvernement s’intéresse davantage à ce qu’il se passe dans ce lycée. Il faut leur fournir des structures valides et cesser de les trimballer d’un arrondissement à l’autre ou de les faire partager un trottoir avec les 1300 élèves du lycée Bergson.

 

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