Le vicomte, Jeanne d'Arc et le Président

La réouverture anticipée du Puy-du-Fou a attiré l'attention sur la surprenante complicité entre Philippe de Villiers et Emmanuel Macron. Plus qu'une convergence personnelle, il s'agit du résultat de l'entrisme des néoconservateurs au plus haut niveau de l'État. Le spectacle kitch du Puy-du Fou popularise une version néoconservatrice de l'histoire de France.

Le vicomte, Jeanne d’Arc et le Président

Le Puy-du-Fou comme entreprise néoconservatrice

Le Puy-du-Fou a réouvert le 11 juin dernier à la suite de la décision prise par le Président de la République en Conseil de défense le 20 mai 2020 (décision annoncée par Emmanuel Macron à Philippe de Villiers par un texto personnel que ce dernier s’est empressé de publier sur son site). Ce privilège accordé au parc d’attraction vendéen a choqué au moment où tant d’institutions culturelles et de festivals craignent pour leur survie. Le Puy-du-Fou a obtenu par ailleurs du Préfet l’autorisation d’augmenter sa capacité jusqu’à 9000 spectateurs pour le spectacle du 15 août. Ces faits ont été abondamment commentés dans la presse. Ce qui est moins analysé, c’est que le Puy-du-Fou n’est pas un divertissement folklorique, une attraction populaire bon enfant mais une machine idéologique et commerciale (2.000.000 d’entrées par an) et sert de caisse de résonnance à des idées plus proches du néoconservatisme que du traditionalisme, jouant un rôle crucial dans la reconfiguration de l’extrême droite française (plutôt Marion Maréchal que Marine Le Pen).

Le petit spectacle son et lumière célébrant la Vendée, inauguré en 1977 avec des bénévoles des villages alentours dans une aile du château en ruine, est bien loin. Nous sommes clairement devant une offensive idéologique et politique largement popularisée par le spectacle du Puy-du-Fou. Le succès procure à ce qui pourrait apparaître comme un divertissement de peu de conséquence politique, un impact social très large. La mise en cause de la France républicaine issue de la Révolution, ainsi que des connaissances historiques établies par l’Université et la recherche scientifique (et diffusées par l’Éducation nationale), la critique de “l’élite parisienne” sont les vecteurs de la proposition d’un retour aux valeurs chrétiennes, aux communautés régionales : « La constellation puyfolaire s’affirme donc comme une communauté et le Puy-du-Fou veut être perçu comme un “collectif” face à la société actuelle dans laquelle les individus sont de plus en plus atomisés.[1] »

L’idée que la crise du monde moderne impose une contre révolution novatrice est mise en scène à une échelle et avec un sens de la communication sans commune mesure avec ce que l’on a pu connaître dans le passé. Ph. De Villiers semble politiquement traditionnaliste, mais le Puy-du-Fou est néo-conservateur, il rénove brillamment l’exaltation du passé, des valeurs populaires chrétiennes et provinciales et propose une “leçon” politique, d’ordre émotionnel, efficace et économiquement couronné de succès.

La “Cinéscénie” vendéenne est parfaitement conçue, la maîtrise technique, la mise en scène, la publicité (dès 1984 dans le métro parisien, puis à la télévision), l’organisation des groupes de bénévoles sont le fait de professionnels aguerris de la communication. « Un appel au passé qu’on reconstitue en un âge d’or magnifié, contre un présent qu’on rejette, en vue d’un avenir qu’on veut radicalement autre[2] » et qui s’inscrit dans la continuité d’une certaine idée du Beau, de la Culture et de l’Art qu’il importera de commenter et que ses concepteurs veulent promouvoir face à l’ “art dégénéré” contemporain. Le Puy-du-Fou a bien « une mission culturelle à résonnance politique[3] ». Les mises en cause de la Révolution française sont certes un marqueur de l’extrémisme de droite, particulièrement en France, mais ici la mise en scène, la capacité de popularisation font passer cette mise en cause du public de feuilles de choux confidentielles ou de sites intéressant un public restreint de militants (lecteurs de Minute ou Rivarol, proches de Civitas, La Cité catholique, Renaissance catholique), à un public très large, non politisé, de plusieurs millions de personnes.

  • Emmanuel Macron, Philippe de Villiers et Jeanne d’Arc

Il faut rappeler qu’Emmanuel Macron, alors Ministre de l’économie, est venu au Puy-du-Fou en août 2016, et a été enthousiasmé par le spectacle. Un dîner décisif réunit ensuite les époux Macron et Philippe de Villiers. C’est lors de cette visite que le futur Président, étrangement et hors contexte, a déclaré « je ne suis pas socialiste ». Il aurait alors demandé à voir “l’anneau de Jeanne” récemment acquis par Philippe de Villiers. Cet engouement fait suite à un hommage à Jeanne d’Arc auquel a assisté Emmanuel Macron lors des fêtes de la Pucelle le 8 mai 2016 à Orléans. Le futur président se pose à nouveau la question suivante : « la France aurait-elle besoin d’un roi ?[4] Comment faire l’unité nationale ? » Jeanne d’Arc “était un rêve fou, elle s’impose comme une évidence” proclame alors Macron qui espère y voir un modèle de sa trajectoire future et de son action inspirée. « Ce n’est pas marrant de vivre avec Jeanne d’Arc » déclarera d’ailleurs son épouse quelque temps plus tard.

Il faut préciser que comme l’idée de nation, la figure de Jeanne a été captée par l’extrémisme de droite et le catholicisme traditionaliste assez tardivement (c’est Mgr Dupanloup qui a entrepris d’en faire une sainte à la fin du XIXe siècle, elle sera béatifiée en 1909, canonisée en 1920). Michelet et sa Jeanne d’Arc fille du peuple et figure héroïque est tout aussi éloigné de la figure villiériste de Jeanne que l’idéal émancipateur et révolutionnaire de la nation l’est du nationaliste populiste. Au Puy-du-Fou, comme le 1er mai devant la statue de Jeanne d’Arc à Paris, ce sont les extrémistes les plus avérés qui s’expriment. Rappelons que le supposé anneau de Jeanne a été acheté un peu moins de 400.000 euros par le Puy-du-Fou à la suite d’une souscription, la somme ayant été réunie en 36 heures. Philippe de Villiers a par ailleurs écrit Le Roman de Jeanne (Plon, 2014, une fiction écrite à la première personne, du point de vue de la Pucelle, à la fois nationaliste et catholique traditionaliste).

Dans le public réuni lors du spectacle mettant en scène l’arrivée de l’anneau (lequel sera considéré comme une relique et placé dans la chapelle du château de Villiers), on remarque Jean-Marie Le Mené (fondation Lejeune), Albéric Dumont (La Manif pour Tous), les conseillers généraux F.N. Samuel Potier et Brigitte Neveux, et beaucoup d’autres. Maître Jacques Trémolet de Villiers est à l’origine de l’achat et le supposé expert susceptible d’authentifier l’anneau. Il s’agit en fait d’un avocat (il a été le défenseur de Paul Touvier), animateur de l’émission “Libre journal” sur Radio courtoisie et auteur d’un ouvrage qu’on peut qualifier d’apologétique, même s’il publie les minutes du procès (Le procès de Jeanne d’Arc, Les Belles Lettres, 2016). C’est donc dans un contexte politique bien particulier qu’Emmanuel Macron s’éprend de la figure de Jeanne et s’autorise une relation privilégiée avec Philippe de Villiers. Ce qui a pu apparaître comme une opération de communication destinée à amener un électorat populaire et droitiste vers En marche ! semble plus complexe, même si cet aspect existe.

  • Mettre en cause les historiens de métier

Comme l’ont remarqué deux historiens médiévistes (William Blanc et Christophe Naudin) auteurs d’une tribune dans Le Monde le 25 mars 2016 “Comment Philippe de Villiers récupère le mythe de Jeanne d’Arc”, il y a “utilisation symbolique de l’histoire à des fins mémorielle, politique et économique” (ils ont été trainés en justice pour diffamation par le vicomte, furieux). Plus largement, l’ensemble de la mise en scène du Puy-du-Fou n’est pas simplement un divertissement mais une véritable machine de guerre contre l’histoire comme discipline scientifique et universitaire, et prend place dans un cadre plus général et moins contextuel dont l’offensive néoconservatrice contre le métier d’historien fait partie.

La mise en cause du républicanisme et de la démocratie dans leurs origines révolutionnaires françaises est ici scénarisée sous l’angle de la question des “révoltes de l’Ouest” ou des guerres de Vendée (1793-95). « La Vendée est devenue un mythe politique [elle] est née au cours de la formation du débat politique fondateur de la France. Elle a été l’occasion de l’affrontement essentiel entre deux entités – la Droite et la Gauche – françaises et peut-être encore plus, elle a été le lieu où se sont expérimentées les diverses facettes de ce dualisme.[5] » La Vendée n’est donc pas un mythe récent, ni un objet de débat nouveau. Actuellement pourtant, le “génocide vendéen” est l’un des éléments de l’articulation entre un discours qui se prétend savant et la mise en cause des véritables spécialistes scientifiques et universitaires. C’est cette conception qui est vulgarisée dans le spectacle du Puy-du-Fou.

Une étape plus politique de reconnaissance par la loi de ce “génocide” est encore à l’état de projet dans les cercles politiques de l’ultra droite. Il s’agit dans ce cas comme dans d’autres de produire une justification historique supposée valide pour légitimer un point de vue idéologique, de le populariser en diffusant la “réinformation”[6], puis de tenter d’ancrer politiquement les résultats de cette popularité (par un projet de loi).

Les Vendéens seraient donc un peuple autochtone que les révolutionnaires auraient tenté d’exterminer. Reynald Secher, “historien” proche de de Villiers, dans Vendée, du génocide au mémoricide[7], fait un parallèle entre le génocide arménien, la Shoah, et les guerres de Vendée en 1793. Il emploie au sujet de ces dernières les notions d’extermination, d’anéantissement, de déportation. La Révolution française, dans son ensemble, est mise en cause sur cette base. Elle serait le fait d’hommes qui sont comparés à Lénine, Staline, Pol Pot. « À l’origine des génocides qui sont une des caractéristiques du cancer idéologique, au point de départ d’une série qui comprend le génocide arménien, l’holocauste hitlérien, le Goulag soviétique jusqu’au flamboiement Khmer rouge au Cambodge, incontestablement modèle, archétype, souche, le génocide franco français de l’Ouest dont on sait désormais, les travaux en cours l’établissent, qu’il est responsable de 500.000 à 600.000 meurtres dans l’Ouest. La dérive jacobine n’apparaît plus aujourd’hui que comme le premier acte, l’événement fondateur d’une longue série sanglante qui va de 1792 à nos jours, du génocide franco français de l’Ouest catholique au Goulag soviétique, aux destructions de la révolution culturelle chinois et l’auto génocide Khmer rouge au Cambodge.[8] »

Le républicanisme de la fin du XIXe siècle n’est pas épargné; comme la Révolution française et les futures révolutions du XXe siècle, il reposerait sur une volonté d’extermination des peuples : « La Troisième République met en œuvre une politique violemment anticléricale et antireligieuse qui se traduit entre autres par une politique globale de nationalisation des biens du clergé et les expulsions des communautés religieuses qui servent de cadre à de nouvelles destructions. Elle se manifeste en Vendée par une répression particulièrement sévère et parfois d’une extrême brutalité.[9] » Le peuple vendéen aurait subsisté et quoique martyr aurait résisté aux agressions et serait parvenu à protéger son identité communautaire, c’est le “peuple” des bénévoles du Puy-du-Fou.

La recherche de légitimité universitaire pour cette vision identitaire du passé étant quelque peu malaisée, le dénigrement du monde académique est donc nécessaire et utilise la théorie du complot (« le Puy-du-Fou est un parc en dissidence à ciel ouvert[10] »). Les “élites parisiennes” supposées avoir condamné Jeanne d’Arc auraient également exterminé les Vendéens, elles auraient également manipulé la vérité historique. Elles refusent l’émotion et militent pour une conception de l’histoire ainsi que pour un art et une connaissance déracinés. Ainsi Stéphane Courtois, dans sa postface à l’ouvrage de Secher, accuse les historiens “officiels” de Michelet à Jaurès et aux Annales historiques de la Révolution française d’être des bolcheviques complotistes, confisquant l’histoire. « C’est parce qu’une faction s’est emparée de l’histoire et l’a manipulée que celle-ci est devenue inaudible et illisible. Dans ce sens, la France d’aujourd’hui, comme la Vendée d’hier et d’aujourd’hui, sont des victimes.[11] » Seuls quelques “dissidents” (F. Furet, P. Guéniffey), non complices des bourreaux, auraient pressenti la vérité et combattraient les historiens “officiels”. La dénonciation de l’“historiquement correct” et celle de l’amnésie concernant les racines chrétiennes de la France (Jean Sévillia) est ici rénovée, mise en spectacle et vulgarisée.

  • Deux objectifs : imposer des éléments de langage, conseiller le Prince

Le folklore kitch n’est pas sans effet politique. Au Puy-du-Fou, à la promotion de l’identité vendéenne a succédé celle de l’identité nationale et religieuse. Le peuple catholique est supposé devoir se défendre contre les envahisseurs (les Romains, les Barbares, les Vikings, les Anglais au temps de Jeanne d’Arc, les “génocidaires” révolutionnaires) jusqu’aux vagues d’immigrés instrumentalisés par le capitalisme mondialisé. La recherche de la prospérité commerciale, l’usage intelligent de techniques de communication et leur maîtrise au profit de la dramatisation émotionnelle d’idéaux passéistes est caractéristique du néo-conservatisme. Le but est bien de réécrire l’histoire, dans les programmes des manuels scolaires trop imprégnés d’ “idéologie jacobine et marxiste” (Ph. De Villiers), mais aussi dans la vie politique de la France toute entière[12]. « Notre passion immodérée pour la Révolution française nous a aveuglés et pervertis. On nous a inculqué que la France était née en 1789, alors qu’elle avait déjà plus de mille ans derrière elle. On ne cesse de nous répéter depuis quarante ans que Mai 68 fut une révolution manquée, alors qu’elle a vaincu.[13] »

La popularisation d’un sentiment de réticence à l’égard de la Révolution française au Puy-du-Fou prend sens dans le cadre politique d’une critique générale du second “R” (la République démocratique et sociale[14]). “Liberté, égalité, fraternité” serait un “slogan franc-maçon”. L’humanisme séculier moderne, mais aussi Rousseau, Descartes, Voltaire, les Lumières en général sont présentés comme les vecteurs de la crise

Le néoconservatisme français est parfaitement organisé, s’il passe assez souvent inaperçu des politistes ou des journalistes, c’est qu’il n’a pas d’abord pour but de s’imposer en créant un parti. Ses deux modes d’action privilégiés sont la guerre culturelle et l’approche discrète des plus hauts responsables de l’État (Sarkozy, Fillon, Wauquiez). Emmanuel Macron semble être la dernière victime consentante de ce modus operandi. L’abbé Grosjean, animateur de Padreblog, a reçu le futur Président de la République en septembre 2016 pour un petit déjeuner avec le Père Amar (également de Padreblog) et d’autres prêtres. Il avait déjà été convié à Bercy par E. Macron, Ministre de l’économie, quelques temps plus tôt. Le Père Grosjean est un prêtre “décomplexé” et lobbyiste, créateur du cercle ou Think TankAléthéia[15] et auteur de Catholiques, engageons-nous (Artège, 2016, préface de Mgr Barbarin). Cet activiste a participé à LMPT, mené la guerre contre la supposée théorie du Gender via Le Figaro et ne perd pas une occasion de dénoncer “l’intégrisme laïciste”. Notre abbé cathodique a défendu avec un certain brio médiatique le cardinal Barbarin au Grand Journal de Canal +[16]. En 2011, il a approché Nicolas Sarkozy dont la piété semblait pouvoir être perfectionnée. Il a pris auprès de lui le relais de Philippe Verdin[17]. Depuis La république, la religion, l’espérance[18]et au remarqué discours de Latran de décembre 2007, la position de N. Sarkozy s’était infléchie jusqu’à se rapprocher du laïcisme du FN (c'est-à-dire d’une position anti musulmane). E. Macron semble avoir hérité des contacts et influences de son prédécesseur. Le discours d’avril 2018 aux Bernardins se situe tout à fait naturellement dans cette lignée.

Le Vendéen Jean Gaborit est actuellement le successeur du célèbre Alexandre Benalla en tant qu’adjoint au Chef de cabinet du Président de la République. Intime de de Villiers, il a été longtemps bénévole au Puy-du-Fou où son père travaille toujours. Nul doute qu’il entretienne l’amour d’E. Macron pour Jeanne et quelque indulgence pour Ph. De Villiers.

  • Le Puy-du-Fou n’est pas traditionaliste mais néoconservateur

Philippe de Villiers et ses troupes mènent un combat culturel qui ne se limite pas au Puy-du-Fou et qui est lié à l’extrémisme de droite nationaliste en Europe. En 2015, le parc a créé une école primaire et un collège non mixte (hors contrat, les programmes d’histoire…), avec uniformes et cérémonie de la levée du drapeau. Ceci complète un arsenal d’institutions parmi lesquelles l’ICES (Institut catholique de Vendée), créé en 1990 par Philippe de Villiers, alors Président du Conseil général de Vendée, et sis à La-Roche-sur-Yon. Cet institut se présente comme une “école universitaire”. Elle comporte du Droit, des sciences politiques, de la théologie et de l’histoire. Elle annonce en 2019 1400 étudiants et outre un premier cycle, propose 9 Masters. Ses étudiants sont recrutés plutôt dans la droite légitimiste nantaise, mais aussi auprès des catholiques identitaires dans toute la France. Chantal Delsol[19] a pris la parole pour le 25e anniversaire de l’ICES.

S’y ajoute le Centre vendéen de recherches historiques (CVRH dont le logo est un Sacré-Cœur chouan), spécialisé sur la Vendée, qui se présente comme éditeur scientifique et organise de très nombreux colloques et manifestations. Philippe de Villiers déclare lors de l’anniversaire de l’ICES : « l’ICES vient de loin. De cette idée de former des élites enracinées. A contre-courant de la société nomade, volatile et consumériste […] J’ai donc fait sur le plan académique ce que j’avais réalisé sur un plan culturel au Puy-du-Fou, à savoir une université d’excellence et un centre universitaire sur l’histoire de la Vendée.[20] ». Notons que l’ICES est financé par le Conseil général à hauteur de 2,8 millions d’euros. Le pôle universitaire public qui pourtant est fréquenté par deux fois plus d’étudiants ne recueille qu’un peu plus de 500.000 euros. La Chaire Napoléon de l’ICES (financée par la Fondation Napoléon, l’ICES, la ville de La-Roche-sur-Yon et le CVRH) articule recherche, enseignement et manifestations en direction du grand public sur “la Révolution et les deux Empires”.

Le Puy-du-Fou international permet d’œuvrer aussi à l’étranger dans le cadre de la montée européenne des nationalismes. Jonathan Ruffer a demandé en 2016 dans un cadre pré-Brexit l’expertise du Puy-du-Fou pour mettre en scène le château d’Auckland près de Durham en Angleterre, de manière à rendre plus sensible le nationalisme anglais. Le Puy-du-Fou international exporte ainsi la Cinéscénie vers l’Angleterre. Le Puy-du-Fou España sera ouvert en 2019 et propose à Tolède El sueño de Toledo dans une région où la mémoire du franquisme est encore présente. D’autres projets sont en cours aux Pays-Bas (Efleling), en Hongrie, en Pologne. L’ensemble correspond bien à ce que tente de théoriser Philippe de Villiers dans ses livres : créer des “isolats de résistance”, obtenir des victoires intellectuelles et former des élites, frapper l’imagination populaire en générant des émotions.

  • Philippe de Villiers

Philippe de Villiers, peu reconnaissant à l’égard du Président de la République, a publié le 10 juin dernier un pamphlet Les Gaulois réfractaires demandent des comptes au nouveau monde (Fayard) qui est un petit bréviaire quant à lui plus nationaliste que néoconservateur. Le titre est une double allusion à des propos d’Emmanuel Macron. Celui-ci indiquait qu’il voulait laisser l’ancien monde politique derrière lui lors de la campagne pour les présidentielles. Le titre fait allusion également à sa phrase malheureuse sur les Français, “Gaulois réfractaires au changement”, prononcée au Danemark en 2018. Cependant dans son ouvrage, de Villiers mêle à ses thématiques classiques, souverainistes, catholiques traditionalistes et nationalistes, des éléments plus contemporains (les gilets jaunes, la gestion de la pandémie, la critique du biopouvoir – inspirée de Michel Foucault). Avec un indéniable talent de communicant, il fait se rejoindre l’extrémisme de droite le plus classique avec la jeune génération d’extrémisme (celle de L’incorrect, de Marion Maréchal, de Sens commun, des Éveilleurs d’espérance, du Salon beige, de Front populaire de Michel Onfray, etc.). Philippe de Villiers, en fin routier de la politique, a compris que les élections présidentielles de 2022 se jouent dans la tension (ou les alliances) entre les deux extrémismes de droite représentés actuellement par Marine Le Pen et Marion Maréchal.

 

[1] J.-C. Martin et C. Suaud, Le Puy-du-Fou en Vendée, l’histoire mise en scène, L’Harmattan, 1996, p. 164-165. Les auteurs mentionnent à juste titre la terminologie de Tönnies qui oppose la société à la communauté (“un type d’organisation sociale se structurant autour des liens familiaux, domestiques […]”).

[2] J. Séguy, cité dans J.-Cl. Martin et Ch. Suard, op. cit., p. 7-8.

[3] J.-Cl. Martin et Ch. Suard, op. cit., p. 167.

[4] Interview accordée le 8 juillet 2015 à Le 1 hebdo.

[5] J.-Cl. Martin, « La Vendée dans la mémoire des Droites », in Histoire des droites en France, s/d, J.-F. Sirinelli, op. cit., T. 2, p. 445.

[6] R. Secher, La Désinformation autour des guerres de Vendée et le génocide vendéen, Atelier Fol’fer, 2009. Cet ouvrage fait suite à la publication de la thèse de Secher, Un génocide franco-français, PUF, 1986.

[7] Cerf, 2001, coll. Démocratie et totalitarisme.

[8] P. Chaunu, L’Historien dans tous ses états, Perrin, 1994. P. Chaunu oublie les génocides coloniaux qui ont peu à voir avec “la dérive jacobine”.

[9] R. Secher, La désinformation autour des guerres de Vendée, op. cit.,  p. 261.

[10] Mathieu Bock-Coté, “Éloge du Puy-du-Fou”, FigaroVox, 21 août 2020.

[11] S. Courtois, in Secher, op. cit, p. 277.

[12] Ph. De Villiers, Lettre ouverte aux coupeurs de têtes et aux menteurs du bicentenaire, Albin Michel, 1989.

[13] E. Zemmour, Le Suicide français, op. cit., p. 10.

[14] Ceci se référant aux “3 R” de Maurras, Réforme, Révolution, République, transposés dans l’extrémisme contemporain en “Révolution, République, Mai 68”. La République devenant le second R.

[15] aletheia.org, dont le rédacteur est Judikael Hirel, qui en est le fondateur avec J.B. Maillard (auteur de Dieu et internet, éd. des Béatitudes, 2011). L’association Lights in the D@rk a pour but d’être vecteur de la "nouvelle évangélisation". Elle est une "communauté d’émisionaires" qui propose dans le cadre charismatique d’effectuer des conversions instantanées. Le diocèse de Fréjus-Toulon a fait don d’un bâtiment à l’association pour la formation. Dans la même veine voir aussi Pierre Amar (l’alter ego de l’Abbé Grosjean) : Internet, le Nouveau presbytère, 2016

[16] Grâce à Dieu c’est prescrit, l’Affaire Barbarin par Marie Christine Tabet, Lafont, 2017.

[17] Philippe Verdin, dominicain, a fréquenté N. Sarkozy grâce à Emmanuelle Mignon, qui a assisté Sarkozy depuis 2002. Verdin l’avait connu aux Scouts unitaires de France. L’un et l’autre ont organisés sa visite au Vatican.

[18] Avec Philippe Verdin et T. Colin, paru au Cerf en 2004.

[19] Philosophe, ex-enseignante à l’Université de Marne-la-vallée, elle est aussi l’épouse de Charles Millon, artisan précoce des accords entre la Droite et le F.N.

[20] L’ICES, l’école universitaire. Un lieu, un esprit, un souffle, 2015. Ce livre est notamment constitué des textes de Brigitte Bartert, Catherine Blanlœil, François Boulêtreau, Mgr Claude Cesbron, Mgr François Garnier, Mgr Jacques Gomart, Hervé Grollier, Éric de Labarre, Denis Laming, Laurent Landete, Marie Leclair, Pierre Legal, Mgr Jean Orchampt, Maurice Quénet, Bruno Retailleau, Mgr Santier, Dominique Souchet, Philippe de Villiers.

 

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