Distanciation sociale et littérature

Le confinement de 2020 contre la propagation du covid19 semble avoir fait naitre des concepts et des mots complètement neufs pourtant quand on les regarde de plus près et que simultanément, on retourne parcourir les textes des grands auteurs de langue française, on s'aperçoit que le présent inédit en apparence, et bien les plus grands écrivains, en avaient déjà traité la gravité...

A l'âge que j'ai, malheureusement, j'ai déjà vérifié à quel point, avec autrui, pour survivre, savamment, discrètement, sans jamais l'afficher, il fallait conserver ses distances! Alors, la distanciation sociale, cette recommandation sanitaire 2020, née pendant le confinement covid19 ne renouvelle rien de ce que je savais déjà.

Edmond Jabès avait déjà écrit que "notre chance est de ne pouvoir être sauvé que par nous même". Aragon écrit que "la présence de l'autre est une aggravation de l'ombre, une gifle à l'être." Gustave Flaubert dit qu'il s'enfonce chaque jour dans "une ourserie." Pour ma part, j'ai mis au monde et aimé un petit garçon mort d'avoir été trop mal rejoint ! Autant vous dire que je comprends très bien Nicolas Bouvier quand il dit que "Marcher seul est un exercice salubre."La méditation de Rousseau se pratique dans la retraite et la promenade solitaire. Quant à H.D.Thoreau, il se demande bien ce que chacun offre à l'autre hormis "le vieux fromage que l'on est " à chaque fois. Sénèque et Roberto Juarroz ne conversent plus qu'avec les livres et Nietzsche peut "faire du commerce des hommes une friandise" à la seule condition d'en goûter rarement. En juillet 1913, Franz Kafka écrit dans son journal que ce qu'"il a écrit n'est qu'un succès de la solitude." Pierre Reverdy se tient "un peu en retrait, dans la marge." Henri Calet dit qu'il est " à sec, un désert sans eau, qu'il vit seul et qu'il mourra seul." Georges Perros vit "en touriste, est de passage", il dit qu' " il est devant les hommes comme devant un paysage, qu'il en jouit à distance."Louis Calaferte s'en tient à "une salutaire et hautaine désolidarisation, il coupe les ponts." Louis rené des forêts n'a pas d'autre confident que lui-même. P. Bergounioux "nourrit sa solitude au besoin qu'il a d'être avec l'autre mais  l'ennui et la douleur engendrent le besoin d'être seul." JB Pontalis s'enferme "dans sa petite grotte." Pierre Reverdy "marche vers le seul" tandis que Cesare Pavese y meurt. Pour Marina Tsvetaeva, de toutes les façons, "nos évènements sont tous à l'intérieur.""Le tact", s'il est l'art d'être avec l'autre, et bien chez Rimbaud, il "a disparu, il n'est plus au monde." Henri Michaux écrit "depuis la Capitale à la foule endormie" et quand il est invité dans le monde, "il s'affaisse et se fripe comme un chiffon." Jean Giono "nettoyé de tous souvenirs humains est heureux à en grogner comme un blaireau."

Oui la distanciation sociale comme sauvegarde de soi, nombreux sont les penseurs et les écrivains à l'avoir, avant nous compris. Nombreux sont-ils à l'avoir déjà très bien écrit... alors, vraiment, non, dans ce confinement, je n'ai rien appris... Pourtant, vis à vis de l'épisode covid19, je suis quand même très reconnaissante car avec lui, j'ai quand même appris un truc important : J'ai appris à tousser dans mon coude ! Et ça personne avant ne me l'avait dit et personne ne l'avait écrit...   (ARLALOC chez jumpydom) 

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