Dr. Mukwege interpelle: "Les Congolais ont désespérément besoin de la paix..."

En acceptant son Prix Nobel de la Paix, Dr Denis Mukwege a décrié l’indifférence de la communauté internationale tout en invitant ses compatriotes au patriotisme. A moins de deux semaines des élections générales dans son pays, son message de sensibilisation pourrait secouer les enjeux politiques actuels.

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Oslo, Norvège-  "I can imagine the pressure" (Je comprends la pression) s’exclame un membre du comité du Prix Nobel de la Paix dans la grande salle de l'hôtel de ville d'Oslo (Rådhuset). Il est 13 heures 25 , quand Dr. Denis Mukwege prend la parole après Nadia Murad, lauréate Irakienne. Regard grave, pendant 28 minutes, le gynécologue interpelle à

Mukwege © Prix Nobel de la Paix Mukwege © Prix Nobel de la Paix
la fois la communauté internationale et ses compatriotes Congolais: "les habitants de mon pays ont deséspérement besoin de la paix ...Il n’ya pas de paix durable sans justice...".

Il était important pour Dr Mukwege, 63 ans, de situer son audience dans le temps: tout a commencé en 1996 à l’hôpital de Lemera, à quelques kilomètres de la ville de Bukavu, chef lieu de la province du Sud-Kivu..." C’était le 6 octobre 1996, des rebelles ont attaqué l’hôpital...Plus de 30 personnes tuées, les patients abattus dans leur lit à bout portant...". Les manœuvres de la grande guerre du Congo, appelées "la première guerre mondiale africaine" qui avait vu pour la première fois en Afrique des armées régulières (Zimbabwe, Rwanda, Burundi, Ouganda, Angola et Namibie) se coaliser pour renverser les 32 ans du régime Mobutu ne faisaient que commencer. Et les atrocités commises dans la partie Orientale par des groupes armés au sein de la coalition militaire aux premières heures de cette guerre n' étaient que les signes précurseurs de plus de deux décennies de tragédie à venir au Congo. "Le bilan de ce chaos pervers et organisé s'est soldé par des centaines de milliers de femmes violées, plus de 4 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays et la perte de millions de vies humaines. Imaginez, l’équivalent de toute la population du Danemark décimée...", a indiqué le docteur.

Au Congo, le cauchemar de l' écrivain polonais Britannique, Joseph Conrad dans son livre de 1890 "Congo heart of darkness" semble s’éterniser.  L' ex-Kivu, la partie orientale du Congo, ce vaste territoire, a la taille de toute l'Europe centrale, est l’épicentre de la tragédie Congolaise.

Pourtant, Dr. Denis Mukwege a jugé utile d'y installer l’hôpital de Panzi, en 1999, après la destruction de celui de Lemera, financé par la mission protestante suédoise. "Mon pays est systématiquement pillé avec la complicité des gens qui prétendent être nos dirigeants...", a fustigé Mukwege. "Chers compatriotes, levons- nous et battissons notre pays...Personne d'autres ne le fera a notre place...", a t-il précisé .

Comme chaque année au mois de décembre, Oslo vit au rythme des différents événements autour du Prix Nobel de la Paix. Le concert du prix Nobel de la paix de cette année a été annulé en raison d'une conjoncture économique tendue. La veille,  la place de la Paix a accueilli environ 20 000 personnes. Néanmoins, la cérémonie en elle même, reste un événement planétaire et l'occasion de sensibilisation politique. Le prestige dont jouit ce prix, ainsi que la somme de  950, 000 de Livre Sterling remis aux lauréats , en fait un objet de convoitises. Néanmoins, Dr. Denis Mukwege est un habitué des récompenses et awards à travers le monde. Figure emblématique dans le monde et plusieurs fois nominés, parfois sous un tourbillon médiatique, le gynécologue Congolais qui a sauvé la vie de milliers des femmes victimes de violence sexuelle, rentrait dans l'oubli. Dr Denis Mukwege a finalement vu ses efforts de paix et de "réhabilitation"  des vies humaines touchés le sommet. 

Dans son message, Denis Mukwege a dédié sa récompense "aux femmes de tous les pays meurtries par les conflits et confrontées à la violence de tous les jours".  Il a aussi rappelé que "Ce prix Nobel traduit la reconnaissance de la souffrance et le défaut d’une réparation juste en faveur des femmes victimes de viols et de violences sexuelles dans tous les pays du monde et sur tous les continents". Il a loué les efforts de Nadia Murad, lauréate Kurde, qui sensibilise le monde sur la cause des yezidis, minorité Kurde, victime des Islamistes.

L'appel du Dr. Mukwege à Oslo devant les cameras planétaires a coïncidé avec la célébration des 70 ans de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme. Mukwege sait que l'apathie de la communauté internationale face aux atrocités en RDCongo a trop duré. Comme toujours, en pèlerin, il cherche à persuader ses interlocuteurs: " Assez ! L’impunité en RDCongo a trop dure...Il faut agir"

 

 

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