RDCongo: Martin Fayulu, Chef de l'Etat ?

Martin Madidi Fayulu, vient d’être désigné candidat de l'opposition par ses pairs au scrutin présidentiel du 23 décembre. L'ancien directeur général d' Exxon Mobil Ethiopie, a embrassé la politique en 1990 pendant la tenue de la Conférence nationale souveraine et depuis, il y a fait chemin...Néanmoins, peut-il succéder à Kabila ?

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Jeudi 7 juin 2018, dans un "best restaurant"  à Londres, il est presque 18 heures 30. Ce quartier "bourgeois" de Londres est calme, bien que les Britanniques vivent au rythme estival. Dans ce restaurant Indien cossue, la musique est douce, et un groupe restreint de Congolais du Royaume-Uni, s'assemble autour de Martin Fayulu Madidi (MAFA), qui vient de prendre place avec une délégation venue de Bruxelles. Il a l'air jovial, courtois, humble et "open to discussion". Après des introductions, Martin Fayulu prend la parole. Pas tout à fait un taiseux, il parle de lui, de ses premiers pas en politique, de ses relations avec ses pairs de l'opposition. Il évoque ses moments de risques face à la police, forces de l'ordre et agents de sécurité pendant des mouvements de protestation anti-Kabila à travers le pays. Ces convives du restaurant Indien, ont été trillé sur mesure, par rapport à leur statut professionnel et relations avec certains milieux politico-sociaux Britanniques. Ils sont médecins, professeurs d’universités, chercheurs, anciens politiciens, cadres dans divers secteurs de l’économie Britannique...Ils ne voulaient pas d'ailleurs se faire filmer...Seul Martin était disposé à affronter mon micro. Il se montre volontiers à répondre à mes questions, "En Anglais, Français ou Lingala", je suis disponible ", me dit-on,  d'un ton convaincant. Il n'a pas sa langue dans sa poche. Il parle de JP Bemba qui vient d’être acquitté par la Cour pénale internationale. Surnommé "Soldat du peuple" par ses militants, il évite de se lancer dans des diatribes enflammées contre Moise Katumbi, Felix Tshisekedi et Vital Kamhere. Martin ne s’arrête pas quand il prend la parole, il faut l'interrompre. Néanmoins, il n' épargne pas le pouvoir. "Je suis le père de la Transition Sans Kabila", affirme t-il. L’idée défendue par une frange de l'opposition pour instaurer une période transitoire laquelle devrait organiser les élections. 

Il est « sérieux », « compétent », « intègre », disent de lui certains leaders de l’opposition, à laquelle il appartient. Au moment où l'excellence dans la politique Congolaise devient une denrée rare, ces critères font de lui un candidat crédible face au camp de Kabila. Martin ressemble à un candidat " Surprise". L'un des Congolais présent à cette rencontre, me glisse : "He's allright...He's going to surprise many... ".

Seulement, certains de ces détracteurs n’hésitent pas à dénoncer ses accointances avec André Kimbuta, le très conversé gouverneur de la ville de Kinshasa et aile dure du pouvoir. En 2006, Fayulu se présente comme indépendant pour les législatives de 2006 (Provinciale et Nationale). Au terme de ces élections, il se retrouve nulle part sur les listes de la Commission Électorale Indépendante sous la direction de l’abbé Malu Malu. Martin Fayulu dépose un recours. Son nom se retrouve alors dans les résultats annoncés par la Cour Suprême de Justice. 
Au Palais du Peuple, siège du Parlement, il se retrouve dans le Groupe Parlementaire des Indépendants (GPI) que dirige Modeste Bahati Lukwebo, membre de l'Alliance de la majorité présidentielle. Son recours porta fruits: Martin Fayulu se retrouva à la fois à l’assemblée provinciale et nationale. Il céda son siège national à son suppléant, préférant la provinciale. Il claque la porte de l'Alliance de la majorité présidentielle plus tard. C'est ici que le destin de Fayulu et Kimbuta se rencontre. Lors de l'élection du gouverneur de la ville-province de Kinshasa,  Martin Fayulu aura alors à donner sa voix à André Kimbuta . L’été dernier a été sulfureux dans des relations entre les deux personnalités. Pendant des négociations de la Cenco (Conférence Épiscopale Nationale du Congo), André Kimbuta s’était plein de la position de son "ami" Fayulu "contre le pouvoir". Ainsi, les média sociaux Kinois ont largement relayé l'affaire qualifiée de "Fayulugate" faisant allusion d' un montant de $40,000 de prêts remis par le gouverneur de Kinshasa à Martin Fayulu. 

Fayulu a compris son camp. Il est présent sur tous les fronts de la lutte anti-Kabila et apporte son soutien au combat d'Etienne Tshisekedi, qu'il qualifie de père de l'opposition Congolaise. Martin Fayulu se confectionne d'un profil d'un opposant farouche au régime Kabila.

Le 19 janvier 2015, lors d'une marche pacifique contre la modification de la constitution favorisant un troisième mandat à Kabila, Martin Fayulu reçoit un projectile d'une balle réelle.  "J'ai échappé à la mort ", soulignera t-il devant des cameras.  En mai 2018, sa formation politique Ecidé, lui désigne comme candidat à l’élection présidentielle prévue le 23 décembre 2018. "J’ai été désigné candidat à l’élection présidentielle par mon parti et aucun acte contraire n’a annulé cette décision du congrès de l’Ecidé », a t-il souligné. Un mois plus tard, la Dynamique de l’opposition, plateforme regroupant 25 mouvements sociaux culturels, lui apporte son soutien  lors de sa troisième convention. Fayulu continue toutefois à soutenir une transition sans Kabila qui ouvrira, selon lui, la voie des élections apaisées et le retour à l’ordre constitutionnel en RDCongo.

Certains croiraient que Fayulu n'iraient pas jusqu'au bout de ses démarches en faveur d'un autre candidat de l'opposition. Il assistera à toutes les rencontres visant à designer un candidat unique de l'opposition. 

Marié et père de trois enfants, Martin Fayulu Madidi

Martin Fayulu © EciDe Martin Fayulu © EciDe
aura 62 ans le 21 novembre et regorge d'un cursus académique assez intéressant. Il a fréquenté l'université Paris XII d'où il est sorti avec une maîtrise en économie générale. Il est aussi passé à l'Institut supérieur de gestion de Paris ainsi qu'à l'European University of San Francisco en Californie où il a obtenu un MBA (Master of Business Administration).
Aussi, un CV professionnel élogieux avec 20 ans au sein d'Exxon Mobil, le premier groupe pétrolier mondial. Ce profil riche et costaud inspire confiance. Déjà, son discours après sa désignation par ses pairs, fixe l'opinion: "...instaurer un Etat de droit et lutter contre la corruption...". Martin Fayulu a tout les atouts de bouleverser la donne politique et surprendre ceux qui doutent de sa capacité mobilisatrice.

 



 

 

 

 

 

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