Brexit: La crainte des "Euro Congolais"​ vivant au Royaume Uni

Nombreux Congolais ou Euro Congolais vivant au Royaume Uni craignent de l’impact qu’aurait une sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne.

Londres - Finsbury Park, Highbury, Paroisse Ste Jeanne d'Arc. Dimanche 13 janvier, il est 13 heures 30. Comme tous les dimanches matins, après la messe dite en Lingala, par l' Abbé Julien Matondo Mboko, on croise ici un nombre aussi impressionnant de Congolais que nulle par ailleurs à Londres. L'on se croirait à Notre Dame de Lingwala à Kinshasa, où les Congolais, fidèles catholiques ou autres se fixent rendez vous. Ici, on y discute de tout...et de rien. Néanmoins, deux sujets dominent les conversations: Félix Tshisekedi, nouveau président de la RDCongo, proclamé par la Commission électorale nationale Congolaise ( Ceni) et le Brexit (British exit from EU).

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A Londres, où une nouvelle diaspora congolaise s’est constituée au cours des dernières décennies, Félix Tshisekedi, le nouveau président proclamé par la Ceni, a une large cote de popularité. Son parti politique, l' Udps (Union pour la démocratie et le progrès social ) est resté longtemps la formation politique au sein de laquelle plusieurs membres de la communauté congolaise s’y retrouvent. Ils sont étudiants, ils gèrent des salons de coiffure, restaurants, maisons de vente des produits alimentaires exotiques, médecins, avocats, travailleurs dans plusieurs secteurs de l’économie Britannique....Au Royaume Uni, on trouvent des européens d'origine congolaise. Ils viennent de la France, de la Belgique, de l' Italie, de l' Allemagne, de la Suède, de la Grèce... Dix ans auparavant, l’époque britannique était la plus florissante de l' Europe, et la la Livre Sterling, la monnaie Britannique, la plus forte dans les marchés d’échanges. A Londres, presque tous les pays du continent africain sont aujourd'hui représentés. Les Congolais y tiennent des confessions religieuses évangéliques, des cabinets d'avocats spécialisés dans l'immigration, l'investissement, conseil en famille, activistes de tout genres...Certains, postulent dans des mairies locales...

Bien que la communauté congolaise se structure en statuts sociaux, ils sont moins "tribales" que certains Africains vivant au Royaume Uni, le cas des Zimbabwéens, Nigérians ou autres natifs du Congo Brazzaville. L’identité “nationale” est plus importante que l’identité "tribale". Chez les Congolais, le tribalisme est une sorte d'opprobre publique. C’est sans doute là une manière d’exprimer un attachement plus profond aux racines nationales, et aussi un effet de solidarité Congolaise. Le lien en RDCongo se concrétise à travers une multitude d’activités et de projets qui vont des fêtes de mariage, baptêmes, collation des grades académiques à l’organisation de l’aide à ceux restés au pays jusqu’à la préparation de son inhumation dans la terre des ancêtres.

Des Euro Congolais, ont su élaborer des réseaux et créer des liens entr'eux à travers les pays de l'Union Européenne. La Belgique et la France, sont deux pays fréquemment visités par des citoyens d'origine Congolaise vivant au Royaume Uni. C'est dans ces deux pays que se concentrent aussi une large population de la communauté Congolaise en Europe.

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En juin 2016, lorsque les oui l'ont emporté après le référendum sur le Brexit, peu imaginaient encore l'ampleur des conséquences sur leur futur au Royaume Uni.

Piagny Kachama, jeune analyste British d'origine Congolaise, expert en sécurité informatique bancaire, estime que "si le plan du Brexit est accepté au niveau du Parlement Britannique, les citoyens Euro Congolais seraient obligés de faire face aux conditions d'obtention de visa pour voyager ou travailler dans le reste des 27 pays européens notamment la France et la Belgique ... Mais le gouvernement britannique pourrait aussi imposer des restrictions liées au permis de travail et carte de résidence pour les Européens d'origine Congolaise vivant au Royaume Uni..."

« There are alot uncertainty about what might happen tomorrow..." (Il ya des incertitudes sur le lendemain), indique Laure Kombo, 23 ans, étudiante en dernière année de la Licence (Degree) à la Faculté de Marketing à Bedfordshire University. Française, d’origine Congolaise, Laure a un contrat de travail professionnel dans une grande firme de Marketing et Communication à London City, le siège de la Bourse de Londres ou London Stock Exchange et haut lieu de la finance internationale et du tourisme d'affaires.

"A cotés des élections, c’est le sujet de conversation no 1 avec mes copines, depuis des mois mais aussi dans nos familles. Nous ne savons pas ce que ce Brexit signifierait pour nous concrètement. Deviendrons-nous des immigrés ? », s'est demandée Laure, avec un accent parisien.

Ce qui dérange surtout les Congolais, c’est la perspective de devoir multiplier les démarches administratives, d’être obligé de réclamer un visa pour chaque voyage. "Si nous perdons le droit de circuler librement, certains d’entre nous seront peut-être tentés de rentrer dans nos pays respectifs », insiste Laure.

Déjà, avant Brexit, des Eurosceptiques, partisans de la sortie du Royaume Uni au sein de l'UE, se plaignaient du nombre grandissant des immigrés y compris des citoyens Européens en Grande Bretagne. Certains allaient jusqu' à évoquer des possibilités d' interdiction d'accès illimité au service de santé.

 Une chose est sure, Brexit ou pas Brexit, le gouvernement de Theresa May, a invité des citoyens Européens à garder le calme. "If you’re an EU citizen, you and your family will be able to apply to the EU Settlement Scheme to continue living in the UK after 30 June 2021".

                                                                                                                                                                                                                                 Pour l'heure, le Royaume Uni est toujours membre de l'UE, et donc tous les citoyens Européens ont droits et obligations garantis par les accords de l'Union.."


 

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