RDCongo-Elections: Quels enjeux ?

Sauf imprévu, le 23 décembre, les Congolais iront aux urnes pour élire le président de la République et les membres du Parlement. Le fichier de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) est lourd: 21 candidats présidents , 13 355 candidats députés nationaux pour 500 sièges et 19 640 candidats députés provinciaux pour combler 780 sièges

La taille gigantesque du pays, le nombre des candidats inscrits, l’insécurité et l'instabilité qui caractérisent le pays depuis plus de deux décennies, d'innombrables richesses du sol et sous sol que regorgent la RDCongo,...constituent les enjeux soulevés par ce scrutin. Avec ses 2 millions 345 milles 510 Km2, repartis autour de 9 voisins, la RDCongo, a en elle seule, la taille de toute l' Europe centrale. Elle est le quatrième pays au monde qui a le plus des voisins. Ce vaste territoire, au centre de l'Afrique, héberge plus 80 millions d'habitants repartis dans 250 ethnies, dont chacun a sa propre langue.

D'aucuns s'inquiètent de la tension actuelle autour des élections et de la violence potentielle qu'elles pourraient générer. Les inquiétudes remontent depuis la réélection contestée de Joseph Kabila pour 5 ans en 2011 contre le populaire et vieux routier politique Etienne Tshisekedi wa Mulumba. Trois ans après sa réélection, Joseph Kabila, qui n'a que deux ans pour finir son deuxième et dernier mandat, selon la constitution, lance tout un arsenal du maintien au pouvoir.

 

 

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2014: Le début des enjeux !

En mai 2014, le gouvernement dirigé par Matata Ponyo propose un projet de loi de révision constitutionnelle, à soumettre au parlement pour adoption. "Il s’agit de modifications purement techniques pour permettre aux trois lois électorales en préparation d'être conformes à la Constitution...l’un des projets de loi électorale, était déjà en discussion laquelle proposait que les sénateurs et les gouverneurs ne soient plus élus par les députés provinciaux, mais par les élus locaux....", avait indiqué Lambert Mende, ministre Congolais de la Communication et porte parole du gouvernement. Mais l'opposition avait suscité la crainte indiquant que l’une de ces lois transforme le mode de scrutin lui-même, afin que l’élection du président ou des députés ne se fasse plus au suffrage universel direct, mais indirect – laquelle entraînerait une modification fondamentale de la Constitution. Ainsi, le collectif des opposants promet de mobiliser la population si le parlement réussi à faire passer ces projets des lois. Contre toute attente, le 17 janvier 2015, l’Assemblée nationale adopte le projet de loi modifiant et complétant la loi électorale. Ce projet de loi conditionnait l’organisation des élections de 2016 à un recensement national, mesure susceptible de retarder considérablement les élections présidentielle, législative et provinciale prévues pour décembre 2016. Le 19 janvier 2015, tout le pays est mobilisé. L'opposition estime que la nouvelle loi permettrait au président Joseph Kabila de rester en fonction au-delà de 2016, c'est-a-dire, au delà de la limite de deux mandats consécutifs que lui impose la constitution. La diaspora Congolaise s'y mêle depuis Londres, Paris, Bruxelles, Washington, Quebec, Johannesburg...Au Congo, ces mouvements de protestation seront réprimés, et certains manifestants arrêtés. Human Rights Watch dénombre 32 morts, plusieurs blessés et arrestations en cascade. Le 23 janvier, après une semaine de protestations dans les rues, le Sénat calme la tension. Il adopte une version amendée de ce projet de loi, indiquant que la tenue d’élections ne serait pas conditionnée au recensement et que le calendrier électoral fixé par la constitution serait respecté. Pendant ce temps, l'est du pays est le théâtre des meurtres en séries. A Beni, Masisi, Uvira. les forces de sécurité et de l'ordre éprouvent des difficultés à mettre un terme aux attaques répétées des milices armées. Agacé, Gilbert Kambale, président de la coordination des sociétés civiles de la province du Nord-Kivu, adresse une lettre ouverte au président Kabila, pour demander le renforcement "des engagements militaires". Loin s'en faut: L 'Est du Congo reste toujours en ébullition. En dépit de l 'arrestation du général Laurent Kunda en 2009 à Bunagana, fief de son Conseil national pour la défense du peuple (Cndp), dans la province du Nord-Kivu par les forces rwandaises et congolaises, le calme est précaire. Des incursions des forces armées régulières rwandaises au Congo sont à plusieurs fois constatées. Une chose est vraie, le rapprochement entre Kinshasa et Kigali ralenti la montée en puissance de certaines factions militaires soutenues par le Rwanda notamment le M23 (Mouvement du 23 mars). Depuis les violences post-électorales de 2006 et 2011, la RDCongo est toujours dans l’œil du cyclone. L'Union européenne (UE), les Etats Unis et l'Union africaine (UA) s'engagent pour éviter les cas du Kenya ou de la Côte d'Ivoire. Pourtant, Joseph Kabila, arrivée au pouvoir en 2001 après l'assassinat de son père, avait consenti beaucoup d'efforts pour réunifier le pays, mettre fin aux multitudes des milices dans la partie Orientale du pays. Depuis Bruxelles où il se repose pour des raisons de santé, le président de l'Union pour la démocratie et le progrès social (Udps), Étienne Tshisekedi, 84, qui s'est marginalisé en boycottant le processus électoral de 2006 et en appelant les militants de son parti à faire de même, est revenu dans la compétition politique à l'occasion des élections de 2011, après avoir compris son erreur.

En janvier 2016, à quelques 11 mois de la fin du mandat de Joseph Kabila, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) subi des pressions pour publier le calendrier électoral. L'opposition multiplie des pressions, la tension est vive. "On n’a pas la date de la présidentielle qui doit se tenir en 2016... La Constitution. «oblige à rendre cette date publique 90 jours avant la fin du mandat", indique l'opposition. "Rien nous oblige à le faire avant », rétorque le pouvoir. Devant l'impasse et risque de dérapages suite aux récentes tensions, L'Union africaine dépêche Mme Nkosazana Dlamini Zuma, Secrétaire générale de son organisation. Sans trop de surprise, en mai 2016, la Cour constitutionnelle, rend son arrêt: faute d'un calendrier électoral de la Ceni, "le président actuel reste en fonction jusqu' à l’élection de son successeur...Joseph Kabila s'est vu donc son pouvoir prolongé au-delà du terme de son mandat en décembre. Coup d’état constitutionnel crie l'opposition. Manœuvre du pouvoir, souligne l' église Catholique. La population se retrouve de nouveau dans la rue, même si les autorités ne s’étaient pas opposées à cette marche, des incidents sont survenus.  "la Cour constitutionnelle, elle-même, doit respecter la Constitution, et de dire à la Commission électorale nationale indépendante, qu’il n’y a pas d’autre choix que d’organiser les élections, car l’article 73 lui donne un ordre. C’est impératif, l’élection présidentielle doit être organisée et convoquée 90 jours à la fin du mandat", insiste Mgr Marcel Utembi, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco). En juin 2016, autour d'Etienne Tshisekedi wa Mulumba, leader de l'opposition et président de l'Udps (Union pour la démocratie et le progrès social), plus d'une cinquantaine d'opposants se retrouvent à Genval en Belgique. L'opposition s'accorde à unir leurs efforts pour contre Joseph Kabila à ne pas dépasser son mandat tel que prévue par la constitution. La réunion de Genval fait resurgir plusieurs visages de l'opposition potentiels challengers de Kabila : Moise Katumbi, l'ex gouverneur de l'ex-Katanga, Adolphe Muzito, ancien premier ministre sous Joseph Kabila...Genval sera un outil de pression majeure laquelle donnera naissance en septembre 2016, de l'accord politique sous l’égide d'Edem Kodjo, représentant de l'UA au Congo. Clôturé le 18 octobre 2017 au Palais de Marbre, l'accord dit de Kodjo fixe l'organisation des élections en novembre 2018, sans préciser un calendrier clair et les rôles des institutions en place, Cet accord sera boudé par une large partie de l'opposition et des sociétés civiles, notamment la Cenco. C'est finalement qu'en novembre 2016 que l'Eglise catholique conduira des négociations politiques acceptées par le pouvoir et l'opposition. Signé le 31 décembre 2016, l'accord appelé de la Saint Sylvestre, donnera une bouffée d’oxygène à Kabila : "L'accord politique global et inclusif respecte l'article 70 de la constitution qui stipule que l'actuel président de la république reste en fonction jusqu' à l’élection de son successeur..." . Aussi, l'accord de la St Sylvestre fixe l'organisation des élections en décembre 2017, avec possibilités de modifications en un accord mutuel. Toutefois, tout ne sera pas réglé: certaines questions devraient faire l'objet d'un « arrangement particulier » qui devrait être discuté à partir du début de l’année 2017. notamment la restructuration de la Ceni, le calendrier de l'application de l'accord, la composition du gouvernement d'union nationale et celle des gouvernements provinciaux...

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La mort d'Etienne Tshisekedi !

Le 2 février 2017, consternation au sein de l'opposition après l'annonce de la disparition à Bruxelles d' Etienne Tshisekedi, leader de l'opposition, qui avait joué un rôle déterminant dans tous les enjeux politiques ayant acheminés à l'accord de la Saint Sylvestre. Un coup dur pour l'avenir politique de l'UDPS et l'opposition alors que l'accord de la Sainte-Sylvestre piétine. Dans une interview à la Rfi (Radio France Inter), l'abbé Donatien Nshole, secrétaire général adjoint de la Cenco, qui avait coordonné les travaux de la Saint Sylvestre s’inquiète : "la mort d'Etienne Tshisekedi était arrivée à un très mauvais moment et on ne s’y attendait pas. La veille de son voyage, monseigneur Ambongo et moi-même sommes allés lui souhaiter bon voyage. Et on pensait que ce serait pour quelque temps. » Vite, l'Udps s'est métamorphosée. Elle organise rapidement un congrès au cours duquel, Félix Antoine Tshisekedi, le fils d'Etienne Tshisekedi est vite désigné candidat aux prochaines élections.

Faute de l'application de l'accord de la Saint Sylvestre, Joseph Kabila commence à recevoir des tirs croisés de tous bords. Le 5 novembre 2017, Corneille Nangaa, président de la Ceni, publie le calendrier électoral fixant le scrutin général au 23 décembre 2018. L'opposition, la société civile notamment la Lucha (Lutte pour le Changement au Congo) et des fidèles catholiques autour du Comité laïcs de coordination (CLC) appellent à une séries de mouvements de protestation à travers le pays.

Décembre 2017 marque l'an 1 de l'accord de la Saint-Sylvestre, période à laquelle devrait se tenir les élections. Faute de l'application de l'accord de la Saint Sylvestre, l'Union européenne renouvelle ses sanctions ciblées-interdiction de visas et gel des biens- en direction de certaines personnalités du pouvoir. Ces sanctions seront suivies de peu de celles des Américains. L’administration Trump qui par ailleurs cherche à s’imprégner de "DRCongo's file", envoie Nikki Haley, son ambassadrice auprès de L’ONU. A Kinshasa, le 26 décembre 2017, Nikki Haley rencontre les évêques de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (Cenco). "Le peuple congolais souhaite obtenir l’appui de la communauté internationale afin d’organiser les élections dans le délai convenu." a dit l’Abbé Donatien N’shole, le porte-parole de la Cenco. Le même jour, Nikki Haley rencontre Felix Tshisekedi de l'Udps, Vital Kamhere de l'Unc (Union nationale du Congo), Eve Bazaiba du Mlc (Mouvement de libération du Congo) et Pierre Lumbi du MSR (Mouvement Social pour le Renouveau)/G7 (Groupe de 7 parties politiques). C'est suivant son rendez vous avec Corneille Nangaa, président de la Ceni, et celui du chef de l'Etat, Joseph Kabila que l'objet de sa visite était circonscrite: "Les élections doivent être organisées en 2018 sinon la République démocratique du Congo ne doit pas compter sur le soutien des États-Unis et de la communauté internationale", a t-elle résumé. Nikki Haley concède au plan Corneille Nangaa, et convie toutes les parties à suivre le calendrier électoral de la Ceni.

Bien que le calendrier électoral publié, le ciel était toujours nuageux. La question de la candidature de Joseph Kabila n’était pas trop claire. En plus, au plus profond moment de la crise, Jean-Cyrus Mirindi, constitutionnaliste proche du pouvoir et chercheur en droit public au sein de l'Unikin (Université de Kinshasa), annonce sa théorie selon laquelle, "Joseph Kabila, élu président de la RD Congo en 2006 puis réélu en 2011, peut se représenter en dépit de la limitation constitutionnelle fixée à deux mandats successifs." Des états majors politiques de l'opposition s’inquiètent et se posent des questions face au silence lourd de Kabila sur cette théorie, "Le respect de la constitution et de l’accord de la St-Sylvestre passe par la non candidature absolue de Joseph Kabila à l’élection présidentielle du 23 décembre 2018.", a indiqué Martin Fayulu, leader de l'Ecide (Engagement citoyen pour la démocratie), lors d' un point de presse.

La donne politique en RDCongo va subir une mutation profonde lorsque le 8 juin 2017, le président du MLC et ancien vice-président congolais, Jean-Pierre Bemba Gombo, poursuivie pour crime de guerre en RCA, sera acquitté en appel par la Cour Pénale Internationale (CPI), après 10 ans passé en prison. Un mois plus tard, le président du MLC, rentre en triomphe à Kinshasa pour déposer sa candidature au scrutin du 23 décembre 2018. Il rejette l'utilisation de la machine à voter et exige la vérité sur la présence des électeurs fictifs dans le fichier électoral de la Ceni.

Contre toute attente, après plusieurs délais, la majorité présidentielle va se muer en Front Commun pour le Congo (FCC), au sein duquel vont se retrouver tous les membres du gouvernement conduit par l'actuel premier ministre, Bruno Tshibala, un ex-lieutenant d'Etienne Tshisekedi . On va aussi y retrouver les acteurs de premier plan des institutions publiques...C'est enfin qu' à la veille de la clôture du dépôt des candidatures à la Ceni que Joseph Kabila va choisir son dauphin, Emmnauel Ramazani Shadary, 57 ans, ancien ministre de l’intérieur, après des jours de consultation et rencontres avec sa base du Fcc.

Des candidatures !

Invalidée par la Ceni, la candidature de JP Bemba pesait lourde. Comme en 2006, le sénateur et ancien vice-président du Congo reste toujours un poids lourd à Kinshasa et dans le Nord du pays. Il misait aussi sur l'ex Province Orientale, fief de Mme Bazaiba, sa secrétaire générale. Moise Katumbi, de l'Ensemble pour le Changement, toujours en exil et interdit par le régime de regagner son pays, se voit dans l' impossibilité de postuler à la magistrature suprême. Populaire dans l'ex-Katanga, dont il fut gouverneur et président du football club TP Mazembe. Moise Katumbi jouit d'une popularité énorme dans cette province. . Emmanuel Shadary, le dauphin de Kabila a l'avantage du prince dans la cour royale. Il amène avec lui toutes les institutions du pays...Mais, suffira t-il à convaincre l’électorat qui attend tourné la page Kabila ?

Genève-10 novembre 2018: L'opposition entre union et désunion !

Réunis à Genève sous la facilitation de la fondation Koffi Annan, 7 opposants Moise Katumbi, JP Bemba, Felix Tshisekedi, Vital Kamerhe, Martin Fayulu, Adolphe Muzito et Freddy Matungulu cherchent à unir leur poids politique pour désigner un candidat unique à l'élection présidentielle du 23 décembre. Le 11 novembre, contre toute attente, Martin Fayulu de l'Ecide, est désigné candidat unique de l'opposition. Leur accord prévoit notamment que le candidat commun de l’opposition, s’il est élu à la présidence de la République le 23 décembre, s’engage à ne faire qu’un court mandat de 2 ans afin de remettre de l’ordre dans le pays et à mettre en œuvre certaines réformes institutionnelles pour assurer de futures élections libres, crédibles et transparentes. Néanmoins, 24 heures seulement après sa signature l’ accord de coalition dénommé Lamuka (Wake-Up) vole en éclat. Vital Kamhere et Felix Tshisekedi vont successivement retirer leurs signatures. L'Udps de Felix Tshisekedi va avancer les raisons de son poids politique-et l'Unc de Vital Kamhere souligne le défaut de mode procédure dans la désignation de Martin Fayulu. Les deux vont se réunir au Kenya autour d'une autre plate forme: Cap pour le Changement (Cach). Par contre, Bemba, Katumbi, Freddy Matungulu du Congo na Biso et Muzito du Palu (Parti Lumumbiste Unifié) maintiennent leur soutien à Fayulu pour le scrutin du 23 décembre.

Tshisekedi, Fayulu et Shadary - Des enjeux !

Que signifie cet engouement constaté autour de plus de 34 000 candidats pour 1280 sièges parlementaires à couvrir pour le national et les provinciales ? Nombreux jeunes notamment de la diaspora se sont présentés pour apporter un changement et mettre un terme avec les pratiques politiques qui ont déstabilisé et désacralisé la notion de l'État. Certains ont en effet été scandalisés par le comportement et les caprices des députés sortants qui ont voté des modifications de la constitution, telle que le passage aux élections présidentielles à un tour. L’insécurité de l'Est du Congo est également l'une des raisons de cet engouement dans la politique. Le manque de confiance de la jeunesse qui voit en la classe politique actuelle de l’incapacité à se métamorphoser pour prendre le devant sur le régime Kabila. Joseph Kabila a récemment au cours d'une interview avec BBC précisé qu'il ne comptait nullement quitté le Congo après les élections. Selon la constitution congolaise, tout ancien chef de l'Etat est sénateur à vie. Cela suffit-il à garantir toutes les mesures de protection à Kabila ? Certains experts doutent ! Le Congo ne pas le Bénin ni le Sénégal ! En se constituant en FCC, le PPRD (Part du peuple pour la reconstruction et la démocratie) cherche à conserver le pouvoir et pérenniser l' héritage Kabila. En septembre 2018, Aubin Minaku, président de l’assemblée nationale et secrétaire général de la majorité présidentielle, n'a pas caché ses craintes face aux résultats de ces élections ; "Si Ramazani perd c'est notre régime qui perd...Vous imaginez les conséquences? ". Conserver le pouvoir est question de survie. Quel poids politique représente Tshisekedi ? Felix Tshisekedi, dont le défunt papa avait boycotté les élections de 2006, retrouve une population majoritairement jeune que son parti avait acquis dès le début de la démocratisation. Il a aussi les deux Kasaï, son fief. Avec le soutien de Kamhere, originaire du Sud Kivu, dont la base de l'Est ne pas la moindre, Tshisekedi a un soutien de taille. Aussi, le passé de Kamhere, ancien président de l'Assemblée nationale, lui permet de maîtriser la cartographie politique nationale, et constitue autant d'atouts à ne pas négliger. Depuis sa désignation, Martin Fayulu voit sa popularité croître en vitesse supérieure. Avec son slogan "Pour un Congo digne et prospère ", le candidat de la coalition Lamuka, a présenté programme costaud: "Nous allons adopté un budget chiffré à 126 milliards de dollars sur cinq ans, dont un peu plus d'un tiers seulement proviendrait des ressources de l'Etat." . Par contre, il n'a pas su convaincre sur sa méthodologie et surtout sur la manière dont ladite amélioration pourrait être financée ou mise en œuvre. Parmi ses cinq priorités, il compte rétablir la sécurité et l'Etat de droit ; valoriser le capital humain du Congo ; diversifier l'économie ; aménager le territoire ; et lutter contre les changements climatiques. Martin Fayulu promet s'il est élu de déménager le camp Kokolo, la principale base logistique de l'armée congolaise, de Kinshasa à Beni dans l'est du pays, et d'y installer une « force spéciale d'intervention militaire d'élite ». Il promet aussi de renforcer la surveillance aux frontières, de créer une Cour pénale spéciale en RDC pour juger les auteurs de crimes les plus graves perpétrés depuis 2011 et d'exiger une réunion spéciale du Conseil de sécurité des Nations unies pour demander des comptes à la Monusco. Trop sensible selon certains, difficile selon d'autres. L'Est du Congo est devenu l’épicentre de l’insécurité et des pillages des ressources minières. C'est de cette partie orientale du pays qu'est né le régime actuel en 1996. Point positif, Martin Fayulu a le soutien de deux poids lourds: JP Bemba et Moise Katumbi. Le déploiement des témoins dans tous les bureaux de vote constitue un autre casse tète chinois de l'opposition. A une semaine du scrutin, si Fayulu et Tshisekedi ne se réunissent pas, ils pourraient dispersé l’électorat au profit de Shadary. Cela constituerait un autre coup fatal que l'opinion aura du mal à oublier. Néanmoins, malgré le doute que la machine à voter représente et l'existence du fichier fictif, le candidat du pouvoir à la tache dure.

Des inquiétudes !

Des inquiétudes ethniques: La question ethnique semble être évitée de justesse ! Certains leaders politiques n’hésitaient pas au début de la campagne électorale à brandir l’étiquette ethnique. A l'instar de certains de ses voisins, le choix ethnique à l’adhésion politique ne constitue pas tant de mal au Congo. Il est souvent brandi pour des fins politiques. Et certains se sont offerts de l'occasion. Bienveillant, des groupes de pression des jeunes ne cessent de rappeler à des citoyens souvent très politisés, de rester plus exigeants et très vigilants sur le processus électoral. "Nous désirons asseoir une vraie démocratie avec des élus que nous aurons à choisis, sur base de leur intégrité morale et éthique.", a souligné un jeune de la Lucha.

Les groupes armés : Avec son immensité, le Congo est au centre de l'attention de la communauté internationale. La force onusienne, la Monusco (Mission de l'ONU au Congo), est l'une des plus vaste au monde. Son efficacité sur le terrain, a toujours fait l'objet de controverse du gouvernement Congolais, suite à ses limites à poursuivre les auteurs des crimes dans sa partie Est. Depuis plus de 20 ans, la partie orientale du Congo demeure l’une des régions les plus ensanglantées du monde, empêchant toute sorte de développement ou d'activité économique favorisant un meilleur avenir. Depuis 1994, les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda), composées notamment des auteurs du génocide Rwandais , semblent être sujets de la création de plusieurs groupes armés locaux dans cette contrée. Ce groupe est crédité de plusieurs graves exactions contre des civils congolais dans les Nord et Sud-Kivu, provinces frontalières avec le Rwanda. Les FDLR sont aujourd’hui affaiblis après plusieurs dissensions internes, reddition et rapatriement de ses combattants. La LRA (Lord Resistance Army) est l’une des rebellions les plus sanguinaires au monde, selon l’ONU qui la crédite d’au moins 100.000 morts. serait responsable d’enrôlement de plus de 60.000 enfants dans le Nord est de la RDCongo, au Soudan du Sud et en Centrafrique. La milice est connue pour ses kidnappings de masse, tueries et vols de bétail dans les provinces situées dans le Nord-est (Ituri, Haut-Uélé, Tshopo). Les maï-maï représentent une autre milice essentiellement ethnique qui ont vu leur émergence vers 1998 pour combattre les envahisseurs ougandais ou rwandais. Plusieurs autres groupes continuent a déstabiliser l'Est du Congo : Nyatura, composé des Hutu et present dans les territoires de Masisi, Rutshuru et Lubero, dans la province du Nord-Kivu , Mazembe, une milice se réclamant défenseur des Nande, dans le Nord-Kivu. Le plus redoutable qui sevit a Beni reste les ADF, groupe armé issu depuis fin 2007 de la dissolution de l’Armée nationale de libération de l’Ouganda (Nalu). Son commandant Jamil Mukulu a été arrêté en 2015 en Tanzanie sans jamais être extradé vers la RDC.

A coté de la stabilisation du climat politique, le prochain successeur de Joseph Kabila aura la difficile mission de s’imprégner de la fragmentation de ces principaux groupes armés, la persistance des conflits interethniques, de gérer la tension avec des pays limitrophes ainsi que le trafic illicite des minerais.

Un autre enjeux est celui de la publication des résultats fixée au 25 décembre 2018, selon le calendrier de la Ceni. Toutes les deux précédentes publications des élections se sont terminées par des violences post-électorales. La Ceni, a alors l'impossible mission de faire accepté aux candidats les résultats du scrutin.

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