«FREE SPEECH, Parler Sans Peur», au cinéma le 5 septembre

«FREE SPEECH, Parler Sans Peur» sort au cinéma le 5 septembre. Le film va au cœur de ce qu'est réellement la liberté d'expression et de son impact sur notre quotidien. Lanceurs d'alerte, hackers et personnalités engagées évoquent les enjeux et l'importance de ce droit fondamental fortement remis en question aujourd'hui, notamment en Occident. Bande-Annonce et Séances sur Jupiter-Films.com

Découvrez au cinéma, à compter du 5 septembre, le film "FREE SPEECH, Parler Sans Peur".

Ce film documentaire va au cœur de ce qu'est réellement la liberté d'expression et de son impact sur notre quotidien. Julian Assange, Jacob Appelbaum, Sarah Harrison, Jude Law, Jérémie Zimmermann (la Quadrature du Net) évoquent les enjeux et l'importance de ce droit fondamental fortement remis en question aujourd'hui, notamment en Occident.

Infos : https://www.jupiter-films.com/film-free-speech-parler-sans-peur-95.php
Séances : https://www.jupiter-films.com/actualite-free-speech-parler-sans-peur-seances-90.php

Ci-dessous, en exclusivité, l'interview du jeune réalisateur, Tarquin Ramsay :

À quel âge avez-vous commencé à prendre conscience des menaces sur la liberté d’expression ?

Le terme “liberté d’expression” a toujours été présent quelque part dans ma conscience, mais je n’en ai jamais eu de compréhension complète jusqu’à ce que je commence la réalisation de ce film. J’avais 15 ans lorsque j’ai commencé à poser des questions à mes camarades de classe, qui comme moi, n’étaient pas informés et n’avaient qu’une vague idée de ce que pouvait être la liberté d’expression.

J’ai vraiment pris conscience de son sens lorsque nous avons discuté avec les membres du Théâtre Libre de Biélorussie. Je me suis rendu compte que dans la dernière dictature d’Europe, des gens se faisaient arrêter pour de simples représentations !

Quel en fut l’élément déclencheur ?

Tout a commencé par un défi lancé par mon père, qui souhaitait que je trouve une occupation pour mes vacances d’été. C’était en 2011, lorsque Julian Assange devenait une figure de proue, juste avant qu’il entre à l’ambassade équatorienne de Londres. Mon père m’avait mis au défi de me faire inviter à la fête d’anniversaire de Julian Assange, de m’y rendre avec une caméra et de poser la question “Qu’est ce que la liberté d’expression ?” à n’importe quel invité présent - Elton John, Vivienne Westwood, Lady Gaga. J’ai accepté son défi !

L’autre élément déclencheur était également lié à Julian Assange. Le jour où mon père m’a lancé ce défi, nous discutions avec des locaux au Sri Lanka. Je leur avais demandé s’ils connaissaient certaines figures politiques - comme David Cameron. Personne ne les connaissait. J’ai ensuite abordé le sujet de WikiLeaks et de Julian Assange. La réponse des villageois était stupéfiante. Ils soutenaient avec ferveur les principes de WikiLeaks et le travail de Julian Assange. C’est sans doute ce qui a décidé mon père à me défier.

Le fait de mener cette enquête avec une caméra vous est-il apparu évident dès le début ?

Cela a toujours été une évidence. Dès mon plus jeune âge, comme de nombreux autres réalisateurs, j’ai commencé par faire des films d’horreurs de pacotille avec mon petit frère et mon grand-père. Le classique : demandez au boucher du coin s’il a des restes d’estomac de porc et vous avez votre film ! Depuis mes 12 ans j’ai toujours été derrière la caméra, lorgnant avec envie les grosses productions !

Afin de retranscrire le paysage de la politique émotive et de la réthorique qui encapsule toute notre société, la narration était essentielle pour le déroulé de notre documentaire. C’est ce qui donne ce ton sobrement sérieux, et permet même aux jeunes de ma génération une compréhension du sujet critique de la liberté d’expression.

Comment, sans références, avez-vous réussi à persuader des personnalités telles que Julien Assange, Jacob Appelbaum ou Jude Law à vous accorder des entretiens ?

Eh bien, avec la plupart de mes entretiens, je tentais juste ma chance, avec un ton qui suggérait que c’était mon dixième courriel. Cela fonctionne habituellement ! J’ai également des contacts avec le Centre de Journalisme d’Investigation de Londres qui m’ont aidé à obtenir des entrevues. Si je dois donner des conseils, je dirais qu’il faut créer des partenariats dès le premier jour et être confiant. Il suffit de demander ! S’ils refusent, vous n’avez rien perdu. S’ils acceptent, vous avancez de dix pas.

Je pense que ce qui a convaincu Julian Assange par exemple, était que j’étais jeune et naïf. Je n’avais pas formé un solide ensemble d’idéaux sur la façon de vivre ma vie. En ce sens, je n’étais ni un État, ni un porte-parole d’entreprise, qui l’interrogerait sur la couleur de ses chaussettes, ou sur son niveau d’hygiène. Je venais à lui avec un petit ensemble de questions audacieuses, sur des sujets qui le passionnaient. La liberté d’expression est le domaine de prédilection de Julian Assange. Ça devrait être celui de tout le monde.

Qu’avez-vous appris de fondamental lors de ces différents entretiens ?

J’ai appris l’importance de la liberté d’expression, et plus largement la communication comme base de nos démocraties - notamment avec Julian Assange. C’est être un esclave que de ne pouvoir s’exprimer. La capacité de communiquer est la pierre angulaire de toute société.

Dans ce film, nous argumentons que chaque loi, chaque constitution, chaque droit de l’homme et toutes les conversations fleurissent parce que nous avons la capacité de communiquer. Si vous placez une limite à la communication, alors vous placez une limite chaotique et destructrice encore plus grande sur le reste de la société. La liberté est l’oxygène de notre société. Sans elle, pouvons-nous être pleinement humains ?

Une autre idée tirée de ces entrevues est l’idée que nous prenons pour acquis la liberté d’expression en Occident. La plupart des gens ne veulent pas vraiment que leur concitoyens aient la liberté de parole. Ils veulent juste que les autres aient la liberté de dire ce qu’ils veulent bien entendre. Nous semblons créer un précédent actif en écartant tous ceux qui cherchent à offenser, ou à critiquer. Nous devons contester les idéaux racistes, mais la capacité de les contester vient en les écoutant au préalable. Cette composante de la liberté d’expression est souvent sous-estimée - la capacité d’écoute. Descartes disait “Comment pouvons-nous interroger quelque chose sans l’écouter en premier lieu ?”. Cette compréhension est cruciale.

Tous les dirigeants actuels mènent-ils selon vous la même politique liberticide - même si elle est à des stades différents ?

Il faudrait cinq paragraphes distincts pour répondre à cette question !

Lorsque le leader du parti vert américain, Jill Stein, a fait sa campagne deux semaines avant les élections américaines, elle a déclaré : « Je vais avoir du mal à dormir la nuit si Trump gagne, mais je ne dormirai pas du tout si Hillary Clinton gagne. » Clinton, May, Merkel et Macron font évidemment partie de l’élite institutionnalisée qui souhaite le statu quo.

D’un point de vue démocratique occidental, aucun de ces individus ne se soucie vraiment de la liberté d’expression ! Ils ne comprennent pas son importance, certains moins que d’autres. Jill Stein parle de l’idée du panoptisme du 20e siècle écrite par Foucault. Avec Clinton, May, Macron, Merkel, nous continuons à vivre sous ce voile illusoire de la liberté où nous croyons tous avoir un libre choix et une libre communication, mais nous sommes en réalité entourés d’un capitalisme de surveillance. Cela rend la critique difficile. Avec Trump et Poutine, leurs atteintes à la liberté sont si évidentes et crues, qu’ils en deviennent presque des cibles faciles.

Lorsque Trump a gagné, les éditeurs du monde entier s’en frottaient les mains, non seulement parce qu’ils avaient 10 000 histoires potentielles de plus pour leurs journaux, mais aussi parce que Trump n’avait pas le professionnalisme politique que les autres candidats avaient atteint.

Finalement, les extrémistes religieux de Daesch ont-ils accéléré la prise de contrôle par les autorités et les états occidentaux de nos vies privées et le phénomène de surveillance de masse accru ?

Le bouc émissaire du terrorisme pour la diminution de la liberté est un sujet très important. Le processus : faire peur par le prétexte du terrorisme pour obtenir un soutien plus populaire à l’adoption de lois de surveillance draconiennes limitant la liberté d’expression. C’est quelque chose qui doit être remis en question. Des attentats terroristes ont eu lieu en France, oui ! Des citoyens sont morts, oui ! Pendant des siècles, les Français se sont battus pour leur liberté comme à l’époque des Lumières. Il est essentiel de la maintenir.

Préféreriez-vous la menace - et seulement la menace - d’une attaque terroriste, ou votre capacité à communiquer librement ? C’est une décision importante à prendre. Nous pouvons nous battre contre le terrorisme et être prêts à l’abandonner, mais si nous ne nous battons pas pour garder notre liberté et notre libre communication, alors nous ne pourrons pas la récupérer.

La surveillance de masse est la tactique pour réprimer les attaques terroristes, mais il a été démontré à maintes reprises qu’elle était pratiquement inutile. Théoriquement, c’est l’aiguille dans la botte de foin. Quand le gouvernement sonde autant de gens, il est plus difficile pour lui de distinguer les criminels. Même les services de renseignement britannique l’ont admis il y a quelques années, en disant que c’était de plus en plus difficile pour eux, puisqu’ils surveillent trop de gens - dans notre cas, toute la population.

Comment voyez-vous l’évolution de nos sociétés vis à vis de la liberté d’expression dans les années qui viennent ?

Je suis très optimiste. Nous devons tous l’être !

Des douzaines de communautés à travers le monde luttent activement pour la liberté d’expression. À travers le développement de technologies de cryptage avec des applications comme Signal, TextSecure, RedPhone et BlackPhone par exemple. Tous ces services permettent une conversation privée et sécurisée entre vous et votre interlocuteur. Bien que je ne sois pas d’accord avec la structure économique d’une entreprise comme WhatsApp, on peut constater une augmentation de la conscience du devoir qui incombe à ces sociétés concernant la protection de notre vie privée et notre capacité à communiquer librement.

Cette nuit-là, en avril 2016, lorsque WhatsApp a activé le cryptage 256 bits, j’en suis resté bouche bée. Du jour au lendemain, 990 millions de personnes utilisent soudainement le cryptage. Évidemment, avec certaines clauses de non-responsabilité, mais c’est un pas dans la bonne direction. Après que Brian Acton, le cofondateur de WhatsApp ait créé la Signal Foundation, je me rends compte que ce n’est pas un hasard, le “capitalisme éthique” profite de l’éthique pour gagner plus d’argent.

Selon vous les populations sont-elles de plus en plus conscientes de la réduction de leurs libertés ?

Dans le film il est dit que pour que vous vous sentiez affecté par quelque chose, vous devez d’abord être infecté. C’est important. Avec le terrorisme, surtout en France, les gens se sentent directement affectés par cela. Bien sûr qu’ils le sont - les proches disparus, l’impact psychologique des images, le passage des lois autoritaires. Les gens sont très conscients en France. La preuve est dans les images de protestation et de chaos qui éclatent dans les rues de vos grandes villes. Nous le voyons tous dans le monde entier. Les médias aiment les rapporter.

Nous devons comprendre l’intérêt des médias à présenter un récit de la peur, du chaos, de la satisfaction, de l’éducation, de la complaisance. Le journalisme est le quatrième pilier de la démocratie. Comme la liberté d’expression, c’est une composante fondamentale de cette capacité de communiquer. Il permet aux citoyens de prendre des décisions actualisées dans et autour du monde réel. Un problème mondial systémique est celui des groupes de médias qui protègent les intérêts et écrivent sténographiquement au nom de l’État ou, dans certains cas, des sociétés. La vérité se déforme et l’information que nous recevons en tant que citoyens est obscurcie. Cette information étant que la liberté est toujours florissante ou que la surveillance ne cible que les criminels.

Sécurité et Liberté sont-elles toujours antinomiques selon vous ?

Je comprends que l’on perçoive la sécurité et la liberté comme étant toujours en négociation. Pour moi, la réponse est plus simple. La liberté conçue à travers une communication claire et ouverte est fondamentalement plus importante que la notion de sécurité. C’est la liberté de parole qui nous permet d’avoir un débat sur la sécurité.

Ce sont les fondements de toute la société - du parlement, des congrès et des institutions sociales. Nous devons soutenir cela. Benjamin Franklin a déclaré que « ceux qui abandonneraient la liberté essentielle pour acheter un peu de sécurité temporaire ne méritent ni la liberté ni la sécurité ».

 

La lutte passe-t-elle prioritairement par la provocation (les spectacles de rue de la Love Police), la résistance (non-divulgation de données privées via le web ou des communications téléphoniques), des manifestations, l’organisation d’un vrai contre-pouvoir ?

La résistance nécessite une implication des individus sur Twitter et autres plates-formes d’expression ainsi qu’une plus grande résistance de la presse. Nous avons besoin de protestation à grande échelle, nous avons besoin de sit-ins, nous avons besoin de personnes qui refusent d’utiliser certaines formes de communication. Nous avons besoin d’organes élus comme l’Union européenne qui imposent des pénalités et des sanctions à des entreprises comme Facebook si elles continuent d’ignorer les droits à la vie privée de leurs utilisateurs. Cela se produit déjà, cette semaine (Juillet 2018), le Royaume-Uni a annoncé qu’ils commenceraient à imposer des amendes à Facebook pour son implication avec Cambridge Analytica. L’amende de 600 000 £ n’atteint même pas ses budgets de café, mais au moins, cela crée un précédent qui montre que nous n’accepterons plus cette merde !

Cette résistance repose sur chaque citoyen qui suit le climat actuel de démocratisation des médias. Tout le monde doit devenir journaliste ! Et pas selon la définition de Mark Zuckerberg où il suffit d’un compte en ligne pour être journaliste. Lorsque vous écrivez un blog, un tweet ou un statut, vous devenez un instigateur d’opinion, pas un journaliste ! Nous avons besoin que les citoyens suivent une formation journalistique (un jour subventionnée par l’État) qui leur permette de comprendre les responsabilités, les protocoles hypothétiques et les principes suivis par les journalistes lors des reportages. Pour que la résistance se développe, cette formation doit être adoptée dès le plus jeune âge, peut-être même dans les collèges et lycées.

Avons-nous définitivement basculé dans le monde totalitaire de George Orwell ?

1984 d’Orwell n’était que le début. 1984 est déjà loin. Nous avons des populations entières d’enfants qui, sans le savoir, transmettent toutes leurs données d’emplacement & de mouvements en temps réel, à travers des applications telles que Pokemon Go. Oliver Stone définit Pokemon Go comme du capitalisme de surveillance. Aujourd’hui, nos données Facebook sont un produit vendu à des sociétés de publicité, des compagnies d’assurance et des agences gouvernementales.

En 2018, 60% du chiffre d’affaires des six plus grandes entreprises technologiques (Facebook, Microsoft, Google, etc, en un mot les GAFAM) proviennent uniquement de la vente de nos données privées. Vos données ! Génial ! Chaque clic, commentaire et partage entraîne un algorithme pour vous dire ce que vous voulez. Vous n’entendez pas d’histoires sur le génocide de masse en Birmanie, vous n’entendez pas parler des réfugiés morts en Méditerranée, mais vous continuez à entendre parler des fesses de Kim Kardashian et de la bouche de Lindsay Lohan. On se retrouve avec des lecteurs à qui l’on ne fait pas confiance, et des éditeurs robotiques.

La scène avec le policier démontre qu’il peut être parfois assez facile de défier, de déstabiliser le système, de faire douter ses propres agents de leurs légalité et devoir. Y croyez-vous ?

Dans le contexte actuel, ça peut être très facile si vous souhaitez interroger la police et les agents de soutien communautaires. Beaucoup ne sont pas au courant de certains règlements et de plus petites lois qui sont imposées pour gouverner le pays. Il y a des dizaines de vidéos en ligne de personnages comme Charlie Veitch ou similaires qui circulent embarrassant l’Etat.

Pour moi, ces vidéos sont utiles pour apporter de la confiance à d’autres personnes à sortir et défier l’État de la même manière. Je ne pense pas que cela crée un changement géopolitique à grande échelle. Mais nous avons toujours besoin de ce rappel, ce défi constant montre que nous existons encore et que nos voix seront toujours entendues.

Retrouvez le film dans votre cinéma à compter du 5 septembre. Infos et séances sur Jupiter-Films.com

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