Les hommes peuvent se contracepter !

Tribune pour une responsabilisation des hommes sur les questions de contraceptions. En ce jour du 5 mars, nous serait-il possible de poser notre attention sur la norme contraceptive et sa charge, trop lourdement assumée par les femmes, encore aujourd'hui au XXIème siècle ?

Nota-Bene : Nous parlons dans cette tribune de femmes et d’hommes, mais bien entendu, pour des raisons de facilités rédactionnelles et de fluidité de lecture, nous incluons dans ce terme toute personne menstruée et /ou tout simplement toute personne qui se sent femme, et inversement toute personne dotée de pénis et de testicules et/ou tout simplement toute personne qui se sent homme.


 

Chaque année, à la même date du 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, une question revient inlassablement : 

 

Comment les hommes peuvent-ils agir pour plus d’équité et d’égalité au sein des rapports de genres ? 

 

Pléthore de réponses surgissent alors, à juste titre : organiser des garderies et cantines le 8 mars, intégrer dans nos vies le poids réel de la charge mentale et partager équitablement les tâches domestiques, prendre conscience de nos privilèges et les partager ou les abandonner dans certains cas, questionner nos sexualités et sortir de l’hétéronormativité comme système de valeurs, réagir face au sexisme ordinaire et quand nos amis se révèlent être des agresseurs. 

Cette liste est non exhaustive et mériterait une tribune à elle seule mais si nous pouvions résumer ces solutions concrètes que nous devons adopter à une seule phrase, nous pourrions dire qu’il est nécessaire, si ce n’est vital, de :

 

Déconstruire nos masculinités, c’est-à-dire accueillir, observer et transformer nos comportements d’hommes. 

 

Il y a une solution très concrète que nous pouvons apporter à la condition des femmes et dont nous ne parlons pourtant que trop peu, même si elle commence doucement à se frayer un chemin dans l’espace médiatique (malheureusement encore trop timidement). 

Nous parlons ici de contraceptions, cette thématique sociale inopportunément sous-estimée par les hommes qui se revendiquent comme sensibles ou alliés de la cause féministe. 

Alors que le sujet des contraceptions est un prétexte, entre autres, pour questionner les rapports de genres pour apporter un réel soutien aux femmes et aux minorités de genres et modifier en profondeur la société, afin de sortir du système patriarcal. 

Par ce prisme, est-il acceptable collectivement que d’un côté les hommes n’aient aucun accompagnement à découvrir leur corps, leur fonction reproductrice et les manières de prendre leur responsabilité en matière de maîtrise de la fertilité, alors que de l’autre côté, pour les personnes menstruées, une pression insoutenable pèse sur leurs épaules ? De surcroît lorsque les femmes ne sont fertiles que quelques jours par mois. Alors que les hommes, eux, sont fertiles constamment de leur adolescence jusqu'à un âge avancé de leur vie.

 

Peut-on enfin aujourd’hui, questionner la maîtrise de la fertilité masculine ? 

 

Il est de bon aloi de s’inquiéter et de remédier à l’infertilité…. mais qu’en est-il lorsqu’il est question de remédier à la fertilité de manière temporaire ? Un homme n’a t il pas le droit de s’interroger sur cet état constant tout au long de sa vie ? A t-il le droit de choisir pour et par lui-même d’être en état de contraception volontaire, de mettre en veille la spermatogenèse (processus de fabrication des spermatozoïdes) ? 

Encore à ce jour, nous ne l’avons pas. C’est à nous, collectivement de le prendre, en redécouvrant nos corps pour accéder aux connaissances cachées de la maîtrise de la spermatogenèse. C’est l’une des voies de la décolonisation de la représentation de nos corps submergés par des diktats patriarcaux décadents.

Est-il acceptable qu’à ce jour encore, une femme meure toutes les 9 minutes dans le monde [1], soit environ 65.700 décès par an [2], d’une pratique contraceptive ou abortive? 

Est-il enfin possible d’ouvrir les vannes de la connaissance pour sortir de cette croyance qu’une méthode autre que la capote et la vasectomie arrivera demain alors qu’elles existent déjà ? D’autant plus que la vasectomie, cette méthode de contraception définitive, est encore trop souvent perçue comme une atteinte à la virilité, si ce n’est émasculante, bien que ce soit une méthode indolore, efficace et rapide (opération bénigne de 15 minutes). Encore et toujours des croyances limitantes qui nous enferment touxtes ! 

 

Assez confortable pour se dédouaner de toute responsabilité contraceptive, l’Arlésienne de la pilule dite masculine joue son dernier acte, la salle est vide, la rue murmure une nouvelle ère.

 

Mettre en lumière le tabou des corps des hommes, les désacraliser et les rendre préhensibles, comprendre que depuis des décennies, de choix libres et éclairés contraceptifs nous n’avons pas. Nous ne voulons point que certaines méthodes nous soient volontairement masquées car  cela tue, pour ce confortable postulat normatif, répressif et commercial du triptyque “capote - pilule - stérilet”.

Ne nous y méprenons pas, il ne s’agit aucunement d’inciter les hommes à choisir un mode de contraception (préservatif externe, vasectomie, retrait, anéjaculation, hormonale, thermique) plutôt qu’un autre ni de faire la promotion d’une méthode au lieu d’une autre mais bien de rétablir la vérité sur nos possibilités à se contracepter.

 

Car c’est un fait, les solutions à l’efficacité prouvée scientifiquement existent, y compris pour les hommes et les personnes dotées de pénis et de testicules ! 

 

Il nous faut donc exploser la norme pour accéder à notre autonomie, et une meilleure équité contraceptive. Il nous faut sortir du sentier balisé classique pour envisager un parcours contraceptif fait d’une multitude de possibilités, mutualisées ou non. Il nous faut singulariser nos choix personnels pour pouvoir les penser à deux et normaliser la communication autour des contraceptions dans les couples (exclusifs ou non).

 

Les contraceptions sont faites pour évoluer en fonction de nos besoins et de nos sexualités.  

 

Bien avant de parler de contraception, qui implique la non-rencontre de deux gamètes, questionnons notre responsabilité en matière de (in)fertilité temporaire, et/ou définitive, librement choisie et assumée. Le premier pas consiste à accéder à la connaissance d’alternatives viables et fiables que sont l’hormonale et la thermique.

Cette tribune est une invitation à se défaire de nos carcans générés par des peurs souvent infondées, empreintes de stéréotypes auxquels nous avons jusqu’ici trop souvent donné de crédit. Reprenons acte de nos corps pour que les révolutions sexuelles que nos aîné·es ont débutées soient inclusives et respectueuses des identités de chaque personne. Qu’elles soient synonymes, enfin, de la responsabilisation des hommes sur les questions liées à la contraception ainsi qu’à l’allégement des différentes charges associées aux contraceptions des femmes.

La seule arme éthique est la connaissance, l’ignorance est une faiblesse. D’hormonale ou de thermique, en lisant cela vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas !

 

Alors messieurs, posez-vous une simple question :

À quoi vous servent les spermatozoïdes que vous produisez aujourd’hui ?



Juste Quentin & Maxime Labrit

 

 

Pétition de Sabrina Debusquat, journaliste féministe autrice de "Marre de souffrir pour ma contraception" et créatrice de #PayeTaContraception

“Commençons à bâtir dès maintenant un monde où plus personne ne souffre pour sa contraception !”

change.org/payetacontraception 

 

SHOUKRIA, le premier programme en ligne sur la contraception dite masculine thermique

https://femmesprod.com/workshop/classes-en-ligne/

 

Sources

[1] Le 20 mai 2018, Véronique Séhier, coprésidente du Planning familial, rappelait dans une tribune publiée dans le journal "Le Parisien" qu'"une femme meurt toutes les 9 minutes d'un avortement clandestin." Tribune de Véronique Séhier, coprésidente du Planning familial, dans "Le Parisien" (2018)

[2]Les chiffres (2018) du haut conseil à l'égalité parle du décès de 47 000 femmes lié  à une pratique contraceptive ou abortive mais c'est une moyenne basse.

Chiffres du Haut-Conseil à l'égalité (2018)

 

 

Pour aller plus loin

 

Signataires

Pierre Colin (co-fondateur d’Ardecom)

Baptiste Beaulieu (médecin, romancier et poète) 

Noémie de Lattre (comédienne féministe, autrice et essayiste) 

Sabrina Debusquat (journaliste scientifique, féministe et autrice)

Tristan Vilmer (hypnothérapeute et sexologue) 

Léon Salin, activiste

Charline (@orgasme_et_moi)

Deborah De Robertis (artiste)

Bettina Zourli (@jeneveuxpasdenfant, militante féministe) 

Clément Seguin (médecin) 

Gaëlle Baldassari (kiffe ton cycle) 

Anne-Sophie Garoche (sage-Femme) 

Love health Center (centre Bruxellois dédié à la sexologie)

Elsa Miské (activiste féministe) 

Zina Mebkhout (activiste féministe) 

O’Yes (association Belge de prévention sexuelle) 

Chloé De Bon (réalisatrice, activiste sur la contraception et violences gynécologiques) 

Femmesprod (association d’empowerement dédiée à la santé sexuelle et mentale des femmes* et allié.e.s.)

Agathe (@aventures_en_orgasmie) 

Rikke Qvist (sage femme)

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