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Billet de blog 17 juin 2016

Censuré sur la page facebook de Cash Investigation

Résumé d'une drôle d'aventure survenue sur les réseaux sociaux (pas si drôle que ça)

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Ne vous attendez pas à quelque chose de trop croustillant ; ce que je viens livrer ici s'est produit chez moi, devant mon ordinateur - ou plutôt à l'intérieur de ce dernier - sans castagne ni coup de gueule, simplement en jouant à l'anti-système caché derrière un pseudonyme.

Mais cela en dit long sur la censure rendue possible par les réseaux sociaux, au niveau du "débat publique", sous prétexte de "modération".

Alors voilà, je remets l'histoire dans son contexte :

Aujourd'hui, me baladant sur le réseau social, je vois apparaître une publication de la page officielle de Cash Investigation.

En rapport avec les panama papers, cette publication vente les mérites du consortium ICIJ (International Consortium of Investigative Journalists) et de leur travail accompli dans cette affaire, qui remporte le Prix de l'Investigation de l'année au Data Journalism Awards. Soit, nous avons tous (ou presque) éprouvé un grand plaisir à voir à la une de tous les journaux ces gros titres, hollywoodesques : PANAMA PAPERS

Mais voilà ; deux jours plus tôt, j'avais lu un article sur Julian Assange dans Télérama dans lequel ce dernier pose le doute sur l'intégrité de ICIJ. Je cite :

"Dans les Panama Papers, la source a fait un excellent travail. Et les deux journalistes allemands du Süddeutsche Zeitung ont très bien bossé tout en veillant à la protection de leur source. En revanche, je suis nettement plus sceptique sur le travail de l’ICIJ (Consortium international des journalistes d'investigation). Seuls 166 documents ont été rendus publics. On peut dire que c’est une des plus petites fuites jamais réalisées ! L’ICIJ a censuré 99,995 % des documents, et ses dirigeants ont publiquement proclamé qu’ils ne les publieraient jamais. L’un d’eux a même déclaré : « Nous ne sommes pas WikiLeaks, nous sommes responsables ! » C’est un peu comme s’il disait : « WikiLeaks a volé le journalisme d’investigation et nous l’avons récupéré ». Les fondateurs de l’ICIJ se sont créés en réaction aux succès qu’a obtenus WikiLeaks. A travers leur consortium privé, basé à Washington, qui fonctionne avec des fonds de Soros, Rockefeller et de la Fondation Ford – la Fondation Ford ! Vous vous rendez compte? – Ils ont forcément des comptes à rendre et ne peuvent pas être indépendants du pouvoir américain."

(l'article en question)

Me voilà quelque peu horrifié, je l'avoue.. "L'ICIJ a censuré 99,995% des documents".."..fonctionne avec des fonds de Soros, Rockefeller et de la Fondation Ford". Rien que ça. Quand c'est Julian Assange, on peut croire à une certaine véracité, non ? Le gars parle pas sans réfléchir en général.

On aimerait au moins en discuter avec l'équipe de Cash, qui veut notre bien, si on le pouvait.

Donc voilà : je vois la publication, mon système-anti-système se met en route, je me connecte à mon compte facebook de protestataire parano pour publier en retour un gentil commentaire (mais vraiment gentil, parce que si j'avais été insultant, ou diffamatoire, j'aurai mieux compris) :

Voilà, rien de méchant, une citation pure et dure (que j'auto-like, non pas par narcissisme, mais toujours avec ce soucis qu'un commentaire d'intérêt général puisse grimper vers le haut du fil) avec l'espoir concret d'obtenir une réponse franche et directe de l'équipe de Cash Investigation, qui semble - d'habitude - répondre aux commentaires qui disent "des choses pas vraies" (exemple dont je me souviens d'un type qui avait râlé pour des histoires de cheminées qui n'étaient pas des cheminées d'usine à charbon selon lui mais qui en fait l'étaient pour de bon)

À mon habitude là encore, les trolls et les pas-contents savent de quoi je parle, je me déconnecte du faux profil, me reconnecte à mon vrai profil pour vérifier que le commentaire est bien là. Bah non, que dalle. Censuré direct.

Enragé, je retourne à l'assaut,  je renouvelle l'opération et je laisse au passage des commentaires moins "dérangeants" à l'égard de l'ICIJ ; pour voir, sait-on jamais, s'il s'agirait d'un bug ou si, bel et bien, mes propos sont triés de manière sélective.

Rebelote, je déconnecte le "faux", je reconnecte le "vrai".

Le résultat sera mieux visible au travers d'illustrations : 

D'un coté (faux profil)

De l'autre : c'est pas mal trié.

Comme vous pouvez le voir, je me suis un peu énervé, mais j'ai essayé toutes les méthodes : poster en commentaire, en réponse à des commentaires, en anglais, avec des espaces et des -_!* un peu partout.

Rien n'y fait, le commentaire, simple citation d'un article de Télérama ne plait pas aux équipes modératrices de CASH.

Et là, l'esprit cyber-révolutionnaire, tumultueux, rentre en jeu à son tour !

Ma petite amie a son faux-profil à elle, hé ouais ! De vrais gangsters.

Bref, elle s'y connecte, dans le but à la limite de tenter à son tour de poster la même citation, et pour voir si - de ce profil avec une superbe femme à barbe en avatar - elle voit mes commentaires. C'est là que le concours de circonstances se produit : on réalise que nos deux "faux profils" ne sont pas encore amis sur facebook, terrible.. Je l'ajoute, elle m'accepte aussitôt arrivée sur sa page d'accueil, puis elle va sur la page de Cash Investigation et là.. Surprise ! les commentaires sont visibles.

Étrange.

Je réalise alors que je ne suis pas "amis facebook" avec mon faux profil à moi (en espérant que vous n'êtes alors pas trop embrouillés par ces histoire de vrai/faux profil). Ça me met la puce à l'oreille, je dis : "Attends, je te supprime de mes amis, à tous les coups tu peux voir mes commentaires parce qu'on est maintenant amis"

Je la supprime, elle réactualise la page, et là - c'est plus vraiment une surprise, on s'y attendait presque - les commentaires n'y sont plus.

Oh... Alors, Facebook permettrait-il vraiment aux "pages officielles" de modérer nos commentaires, mais d'une manière si sournoise, qui nous pousserait à croire q'ils ont bien été publiés ? Oui. J'aurais pas cru. C'est vicieux quand même, non ? Oui.

En gros, toutes sortes de choses se publient sur Facebook. Vous, révolutionnaire dans l'âme, vous postez vos commentaires en imaginant entrainer un débat, faire avancer l'état des choses de la connaissance des internautes. Vous êtes persuadé que cela va avoir un impact, et puis vous être triste : votre commentaire est si solitaire, personne ne le "like", personne ne commente. Tout le monde s'en foutrait ? Vous avancez des propos, plus ou moins important, pourtant.. 

Mais voilà : personne ne les lira, hormis vos amis facebook (qui dans mon cas, sont pas si nombreux que ça et ont tous un avis assez proche du mien - si tant est qu'ils perdent leur temps à lire un commentaire que j'aurais pu poster ici ou là)

Ça ne risque pas de faire de vague.

Là, en l'occurrence, c'est important, non ? ICIJ remporte le prix de l'année de l'investigation et Julian Assange de son coté, nous dit que leur consortium est basé sur des fond de riches banquiers/multinationales, que leur "fuite" est bien colmatée, etc..

Le plus terrible dans cette histoire - car à la limite on s'y attendait à tout ça, bien que j'imagine que pas grand monde ne s'en doute - c'est le troisième acteur de l'histoire : il y a moi, premier rôle (applaudissements) ; ma petite amie dans le rôle de ma petite amie.

ET CASH INVESTIGATION DANS LE RÔLE DE LA CENSURE

Par ma barbe ! cash investigation (je ne mets même plus de majuscule)

Cash (c'est en début de phrase) investigation censure un commentaire d'ordre purement informatif en réponse à une de leurs publications

L'émission d'investigation N°1 en France, celle dans laquelle on voit apparaître les "héros" d'aujourd'hui, qui tentent tant bien que mal de sauver ce pauvre monde de l'étaux des multinationales et de tous ces s*lopards c*pit*li*tes. On s'attendrait presque à ce que le prochain numéro de "CASH" traite de la censure omniprésente et grandissante, à la vitesse d'un bambou bien engraissé, qui sévit sur les médias français. Ca ne risque pas trop, à mon humble avis.

C'est une petite histoire, mais elle soulève un problème assez lourd de conséquences. Il n'y a rien d'illégal là-dedans mais c'est justement ce qui est terrible : sur Facebook, des pages suivies par des centaines de milliers, voire des millions et des millions de "fans" peuvent se permettre de publier ce qu'elles veulent, et de modérer en toute impunité des commentaires qui remettraient en question leur propos sans même que les auteurs n'en aient conscience. Quoi de mieux pour forger des avis sans aucune contradiction possible ?

On appelle ça la propagande, non ? Allez, ça s'y apparente au moins un tout petit peu.

L'information sélective. Très sélective. L'information qui ne fâche pas !

 Pour finir : je crois qu'il est bon d'observer le fonctionnement de Big Brother autant que lui observe le notre. (cependant, j'ai bien peur qu'il n'ait plus de moyens que nous)

Justice Alien

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