La femme, de l'intérieur : maternité, féminisme et solidarité

La maternité est une expérience existentielle de la place de la femme dans notre société. Elle fait vivre à la femme, de l'intérieur, la place de la femme dans notre société .

A notre société qui ne se remet pas assez en question sur la question de la condition féminine,

Au féminisme vertueux, combat solidaire et nécessaire, entre femmes, entre hommes et femmes, entre êtres humains,

A celles et ceux, comme moi l'année dernière, qui pensent que tout est déjà acquis .

N'oubliez jamais, qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant." Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe (1949).

Avant la maternité, je ne ressentais pas la nécessité de ce combat . Je ne me sentais pas particulièrement femme non plus, ni solidaire. Je me sentais être humain, libre . J'arguais, comme beaucoup, que pour être l'égal de l' autre, hommes ou femmes , dans notre société actuelle, il suffisait de le décider.

Et puis je suis tombée enceinte. Mon indépendance d'esprit,  mon caractère de femme libre, mon humeur à la fois douce et affirmée avaient séduit mon mari et pourtant, à partir de la grossesse, les rôles ce sont gentiment replacés...

Mon corps m'emprisonnait,  je ne pouvais plus manger ce que je voulais, je ne pouvais plus me défouler en faisant du sport ,  je ne pouvais plus dormir et surtout , surtout : je n'étais plus libre de mes mouvements. Si je voulais accéder à quelque chose en hauteur dans la maison, si j'avais besoin de voyager , il me fallait désormais compter sur mon mari .

Il n' a pas été de bon ton de se plaindre dans ces moments là.

Dire qu' être enceinte est aliénant choque. Cela vous mène tout droit dans deux directions : les uns vous diagnostiquent une dépression dues aux hormones de grossesse, et vous conseillent d'aller consulter ; les autres, profondément tristes pour votre futur bébé, vous ont déjà condamné par avance et rangé dans la catégorie future mauvaise mère . Condamnation très vite confirmée par votre décision illégitime de mère égocentrée de ne pas allaiter .

Le père pendant ce temps, vit d'abord sa future paternité avec la joie d'être libre de ses mouvements, de dormir et de manger ce qu'il veut mais très vite il subit crescendo les humeurs de sa femme qui lui gâchent alors l'épanouissement personnel qu’offre la perspective merveilleuse de devenir dans quelques mois , papa .

Il n' est pas de bon ton de l'empêcher de se plaindre dans ces moments là.

Là où la femme enceinte fait quelque chose de naturel en portant l’enfant, là où l’effort et les contraintes physiques qui s’accumulent pour elle au fil des neuf mois vont , pour la société, de soi, on admire le futur papa de tout gérer, on l’encourage, on compatit avec celui des deux qui ne porte pas l’enfant dans son ventre, certes, mais endosse avec courage le rôle de celui dont on attend tout le reste.

L’accouchement, expérience existentielle s’il en est, est encore plus taboue que celle de la grossesse. Pourtant, à la mesure de l’épreuve, j’y ai trouvé un réconfort que je n’attendais pas et un refuge inestimable de la part de nombreuses femmes .

Les premières à me soutenir, à me faire part de leur vécu, intime et pourtant si familier, n’ont pas été mes proches , mais les professionnels de la santé . Souvent de manière allusive et avec toute la pudeur que requiert leur professionnalisme , celles qui m’ont observé à l’hôpital, dans les jours qui ont suivi l’accouchement sont redevenues le temps d’une conversation, d’un sourire, d’une caresse sur la main ou la cuisse, des femmes et des mères qui comprennent de l’intérieur ce que vous traversez. L’empathie qu’elles vous offrent en cadeau à ce moment là fait l’effet de la première gorgée d’eau reçue par le rescapé du désert .

Mes amies , et, à mon grand étonnement, également des cercles plus éloignés de connaissances, n'ont pas hésité , en apprenant que je traversais ce qu'elles avaient déjà vécu ( les douleurs physiques du post opératoire , comme d’autres problématiques plus relationnelles ou d’ordre psychologique ) à m'appeler, à me donner de leur temps, sans rien attendre en retour, par solidarité.

Un élan fraternel – ou de sororité – qui m'a surpris, m’ a émerveillé et m’ a sauvé . Oui, sauvé. A ce moment où je me sentais si seule, je leur dis MERCI.

Encore aujourd’hui, je me demande pourquoi rien n’est dit avant. 

Par personne.

Pourquoi ce silence ? Pourquoi faire une préparation accouchement où l’on omet tout l’essentiel ?

Une fois le rite de passage traversé, en revanche, les femmes -- votre voisine, votre amie, la belle soeur de votre copine préférée, votre pédiatre, la sage femme, toutes vous offrent une part de leur intimité, vous racontent leur expérience et vous soulagent, le temps d'un témoignage.

Elles vous donnent en cadeau la sensation qu’un fil invisible existe entre toutes, un fil qui renforce, un fil qui rend forte, et la sensation de faire désormais partie d'une communauté.. Celles que je n'aime pas, celles qui m'agacent, celles qui m’ont déçue, celles que je ne comprendrai jamais , toutes celles là aussi , je les redécouvre aujourd’hui, et je les admire à cet égard. Elles font partie de la communauté des guerrières  silencieuses, fraternelles et courageuses . La communauté  trop discrète des femmes qui ont eu un enfant .

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