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Billet de blog 4 juillet 2013

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SCENARIOS POUR UNE TRANSITION DEMOCRATIQUE ?

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                    SCENARIOS POUR UNE TRANSITION DEMOCRATIQUE ? 

Alors que "l'été égyptien" bat son plein, l'Algérie vit avec un Président en activité en convalescence depuis plus de 2 mois à Paris dans un centre de l'Armée  Française (!).  Curieuse situation politique. Après une longue période d'enfumages, la stratégie du régime apparaît dans la lumière. Dès que l’indisponibilité de Bouteflika à un quatrième mandat pour des raisons de santé, le régime a commencé à mettre en action sa stratégie des « réformes » en commençant par  la neutralisation des partis dits de « l’Alliance » qui avaient soutenu la politique du Président. Ni ABOUDJERRA SOLTANI, ni OUYAHIA, ni BELKHADEM n’ont résisté : il n’était pas question qu’ils expriment une quelconque velléité à succéder à Bouteflika et ils n’ont pas fait de vagues : ils ont tout simplement disparu de l’environnement médiatique. Rideau.

La recomposition du paysage politique a été accélérée dès l’aggravation récente et imprévue de la maladie de Bouteflika, indiscutablement irréversible en matière d’exercice du pouvoir présidentiel.  Cela a posé un problème d’urgence : la succession est devenue inévitable, soit par des élections présidentielles anticipées,  soit, si cela est possible, à l’échéance légale du mandat présidentiel, avril 2014. L’installation d’ABDELMALEK SELLAL au poste de Premier Ministre n’est pas anodine : il dispose de relations familiales et claniques puissantes (suivez mon regard), il a une expérience avérée de l’Administration sans avoir fait partie d’un parti politique. Un homme de consensus plutôt sympathique et populiste qui pourrait faire l’affaire. Seul point noir, en matière de communication,  peut (beaucoup) mieux faire : cette façon de s’exprimer en mêlant arabe et français approximatifs est insupportable en matière politique. Il irrite en même temps arabophones et francophones. Un tournant culturel majeur ?  Plutôt une incompétence grave, voire prohibitive. Mais pour le moment il fait l’affaire par son hyper-activisme sur le terrain pour suppléer à l’absence du Président. A garder en réserve.

Avec le  Ramadhan (le moment des longues veillées de palabres après le «taraouih ») nous sommes maintenant à la croisée des chemins et le choix apparaît nécessaire : soit autour d’un homme qui aura le consensus d’emblée du Haut Commandement militaire et alors le régime comme le Phoenix tentera de renaître de ses cendres à travers un homme consensuel. Au stade actuel, ce ne peut être que SELLAL, les autres candidats connus du régime ayant été éliminés. Il suffira de « l’habiller » d’un costume présidentiel tout neuf. Les décideurs ont eu déjà l’expérience avec  Chadli et ZEROUAL  qui ont été de bonnes vitrines du régime. Mais il faudra faire vite car il n’est pas sûr qu’il sera prêt pour à avril 2014.

Soit tenir compte de l’environnement géopolitique régional avec ce qui est communément (et improprement) appelé  « printemps arabe ». L’arrivée de MOKRI à la tête du MSP, antenne locale des Frères Musulmans,  et surtout la bénédiction apportée par leur leader local tunisien GHANNOUCHI (venu à Alger présenter le nouveau leader local) sont des éléments qui éclairent la lanterne du projet du Régime que l’on peut qualifier d’ accord militaro-islamiste. Aux uns le pouvoir réel, c'est-à-dire Sécuritaire, et économique avec la main mise sur les richesses du pays par la prédation et la corruption, et aux autres l’action sur les cerveaux de la population dirigée vers les mosquées avec une dose suffisante d’obscurantisme soporifique. En clair l’alliance du sabre et de la foi. Cette option est en cours, elle cadre avec ce qui s’est passé en Egypte, en Tunisie et en Libye avec la bénédiction de la France et surtout avec l’alliance récente « sacrée » sunnite entre les riches de QATAR et les wahabites d’Arabie Saoudite pour contrecarrer un chiisme apparu conquérant récemment avec un  Iran en voie d’ouverture politique internationale.

Ainsi  l’Algérie s’intégrera dans la recomposition du monde arabe sunnite, elle y sera le dernier pays à en être  car, à son flanc Ouest,  l’alliance Islam-pouvoir est assurée à travers la personne de Sa Majesté  Mohammed VI, « Glorieux descendant du Prophète »

Aujourd’hui les choses en sont là, les négociations sont en cours avec la bénédiction des Occidentaux comme l’a montré la dernière rencontre de Qatar quand le Président Français a exprimé leur agression guerrière vis-à-vis de Bachar Assad et son soutien à l’alliance sunnite Arabie Saoudite-Qatar. En Algérie la réalisation du scénario d’alliance organique entre Frères Musulmans et Commandement militaire  est en cours.  Si les Frères sont prêts à jouer leur rôle compte tenu de leur longue expérience politique, les détenteurs du pouvoir actuel ont besoin de garanties : qu’on les éloigne du spectre d’un Tribunal Pénal International pour crimes contre l’humanité, qu’on les laisse jouir de la rente pétrolière et qu’ils continuent de détenir le pouvoir réel et occulte. Peuvent- ils faire confiance aux Frères pour gérer la société ? Les résultats des négociations n’apparaîtront qu’au terme de l’échéance électorale.

En principe dans ces scénarios les citoyens n’ont rien à redire, ils ne sont pas dans la négociation sauf que …ils existent, et il faut bien en tenir compte.  Comment alors les « amuser » ? Car finalement,  pour les «décideurs », il va falloir organiser les choses pour que tout change afin que rien ne change. Avril 2014 au plus tard.

Du courant démocratique,  RCD et PT de Louiza Hannoune sont « domestiqués ». Quelques strapontins devraient suffire pour obtenir leur soutien plus ou moins bruyant. Ils ne devraient pas poser de problèmes. Les autres partis politiques sont à considérer plutôt comme des alliés du régime ayant pour mission d’atomiser les militants de la  démocratie plus ou moins «laïcs». Mais quid du FFS, leader apparent du courant démocratique ? C’est une vraie question car, après avoir rejoint le Parlement avec 30 députés,  il est au pied du mur. Pour le suivre dans sa stratégie, il faut se souvenir du  Contrat de San Egidio : le FFS avait conclu un accord avec les islamistes du FIS, mais sur une base démocratique, malgré des réserves dur le concept "Loi Fondamentale" (Charia ou Constitution) . Ainsi il n’est pas « idéologiquement » opposé à une alliance islamo-démocratique. Aussi la solution sera apportée par un accord sur la promesse d’élections libres pluralistes et ouvertes qui aboutiront à l’élection ... du candidat du régime !  N’oublions pas que les Frères sont arrivés au pouvoir en Tunisie en Libye et surtout en Egypte par des élections libres sincères et transparentes. Le FFS se contentera-t-il de  cette démarche pour parler d’une avancée de la démocratie dans notre pays avec, à la clef, l’arrivée d’un Président islamiste adoubé par le Commandement militaire ? Réponse difficile à trouver pour ce parti quand il aura analysé avec réalisme la situation actuelle en Egypte et en Tunisie. Un compromis historique Armée-démocrates est-il possible ? Jusqu’à un certain point seulement, des élections libres, un Président aux ordres et une APN « arc en ciel »

Avec l’aboutissement, par un processus électoral  libre à un pouvoir de type militaro-religieux voire intégriste les défenseurs des droits de l’homme ne devraient pas se suffire du slogan « ELECTIONS LIBRES » en dehors de la revendication démocratique globale défense des libertés individuelles et collectives, liberté d’opinion, d’expression et de culte, respect du pluralisme politique et du droit de la minorité à devenir majorité,  respect du principe d’alternance, construction d’un Etat de droit fondé sur le respect des droits de l’homme. Reste la réponse incertaine d’une population (populace en grande partie selon l’expression de Hannah Arendt), peu politisée,  qui s’exprime depuis plusieurs années par des émeutes localisées et calmées par des concessions gouvernementales. L’inquiétude vient de la prochaine distribution de logements à travers tout le territoire national et annoncée avec fracas par le Premier Ministre. L’habitude est qu’une émeute locale avec manifestation de rue et routes bloquées est quasi automatique après chaque affichage de la liste d’heureux élus à un logement. Après le mouvement Occupy Wall Street aux USA, après le mouvement européen des Indignés, avec ce qui se passe actuellement au Brésil, en Turquie, en Grèce, en Egypte et en Tunisie, dans une ambiance de crise économique mondiale, on est en droit de s’inquiéter des risques de contamination de nos jeunes, de nos chômeurs, de nos « laissés pour compte »  sur le chemin du développement et de la modernité.

Les défenseurs des droits de l’homme restent sur leurs valeurs fondamentales d’universalité, de défense des droits politiques et en premier lieu du droit du citoyen de choisir librement ses représentants et la liberté d’expression. C'est à leur lumière qu’ils observeront avec vigilance l’évolution du champ politique au cours de cette phase de transition de tous les dangers qui commence.

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