La crise fatale à ...la social-démocratie ?

Lecteur du site de Mediapart, la lecture de deux articles de Ludovic Lamant a été pour moi une révélation: et si, au-delà des gesticulations de la pré-campagne électorale française, se qui se jouait dans cette crise n'était pas tout simplement la disparition, après le communisme, de la social-démocratie ?

Hier présentée comme un modèle économique et social, modernisée à coups de fonds européens, icône des régionalistes et des fédéralistes, l'Espagne implose à un rythme accéléré comme le montre le reportage de L. Flamant au centre du pays. Dans son article intitulé "PS: les leçons du fiasco de Zapatero", Ludovic Flamant répond lui-même à la question en dressant un bilan très négatif et en donnant la parole à des observateurs qui, tous, font le même constat: la social-démocratie espagnole sombre de son incapacité à faire face aux marchés. Les propos recueillis n'ont rien de vraiment nouveaux mais prennent un sens nouveau - et inquiétant - dans le contexte actuel:

«La social-démocratie connaît une crise profonde, tranche Sebastian Lavezzolo, un chercheur en sciences politiques espagnol, à l'université de New York. Historiquement, elle apparaît pour apporter des garanties à des besoins fondamentaux, comme l'éducation et la santé. Mais les politiques nationales, aujourd'hui, n'ont plus prise sur ces dossiers. C'est l'un des effets de la mondialisation, et de la concurrence entre économies. Du coup, il ne reste plus aux sociaux-démocrates que des valeurs à énoncerNicolas Sartorius, d'Alternativas, est plus radical:

«Exactement comme l'effondrement de l'URSS a laissé la gauche communiste orpheline, sans récit crédible auquel s'accrocher, aujourd'hui, la mondialisation, l'essor d'une société numérique, mais aussi les limites de l'État-nation, mettent à mal la social-démocratie

La comparaison avec le destin du communisme après 1989 est-elle pertinente ? Certains la contesteront. Pourtant, la généralisation des politiques d'austérité, voire de déflation qui se généralisent, condamnent la social-démocratie à nier ses propres fondements idéologiques - la politique budgétaire contre-cyclique, l'impôt distributif - mais aussi ses bases sociales, ouvrières - mais celle-là est partie depuis longtemps - et surtout les classes moyennes. Certes la crise de la social-démocratie a depuis longtemps été l'objet de nombreuses analyses, comme celles du politologue Gerassimos Moschonas . Mais l'histoire ne repasse pas les plats et la crise fait apparaitre des contradictions que le semblant de prospérité pouvait masquer. Que deviendra la social-démocratie quand les classes moyennes prendront conscience que leur propre déclin est programmé ? La marchandisation de la santé, de l'éducation, des transports, bref des services publics jusque-là socialisés, portera un coup fatal au niveau de vie et aux représentations politiques des classes moyennes qui, en Europe, ne disposent pas des revenus suffisants pour maintenir leur statut un vaste secteur collectif. Ces classes moyennes seront sans doute l'enjeu des prochaines élections, comme le suggèrent les thèmes mis en avant par la droite, la protection sociale et l'éducation. Le discours modernisateur de la droite sur les questions éducatives est fondamental car les classes moyennes assoient leur position sociale sur des diplômes et investissent beaucoup dans ce domaine pour leurs enfants.

Face à cette situation, on peine à trouver chez les socialistes français autre chose qu’une énième formulation des remèdes habituels – et jusque-là suffisants : politique fiscale, relance économique, politique de formation, …

Ludovic Lamant conclue en mettant en avant trois axes devant permettre à la social-démocratie de survivre à la crise : la justice sociale, la construction d’un rapport de force contre les marchés financiers et à uns stratégie qu’on ose à peine qualifier de progressiste à l’échelle européenne. La social-démocratie en sera-t-elle capable ? Question lourde pour son avenir. L’échec de Jospin en 1997 aux présidentielles aura été peut-être plus qu’un accident, un signe annonciateur de quelques chose de plus profond à l’œuvre que notre système politique et social avait masqué.

La question n’est donc plus de « faire rêver les Français » grâce aux formules secrètes d’un Merlin l’enchanteur même drappé dans les meilleurs sentiments ; mais de leur offrir des lignes à partir desquels en s’appuyant sur leur mobilisation, ils pourront reconquérir des droits, sociaux, politiques, culturels, qui leur sont rognés depuis trop longtemps.

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