en réponse au billet de Marcus Boni Teiga
uand enfin cessera-t-on de prendre vessie pour lanterne et ma guenon pour chanteuse d 'opéra ?
Quand, avec des yeux neufs, s'apercevra-t-on que la françafrique que l'on voit se réveiller, est morte et enterrée et que ce qui se joue en Afrique aujourd'hui n'a rien à voir avec ce système, je le répète décédé il y a un quasi vingtaine d 'année ?
Qu'était la françafrique ?
Un système occulte qui depuis l’Élysée gérait les après-indépendances en s' assurant que les intérêts français étaient maintenus et que les pays ne basculaient pas dans l'escarcelle soviétique car nous étions, jusqu'en 1990 ,en pleine guerre froide.
La meilleure étude sur cette période nous la devons à Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsistsa dans « Kamerun ! » -sous titré « une guerre cachée aux origines de la françafrique -1948-1971 » La découverte 2011
Il nous montre comment dans un pays, le Cameroun, les élites et les lois étaient choisis et décidés contre la volonté du peuple par l’Élysée afin que les sociétés françaises puissent, dans le pre-carré français, continuer à faire leurs affaires par l'assassinat, la guerre, la corruption .
L'enquête réalisée par Eva Joly sur Elf démontrait de son coté ce qu'étaient les relations entre dirigeants politiques et présidents africains, chefs d 'entreprise et Etat français ( ministres et chefs de Gouvernement).
Mais à partir des années 90 les choses se mirent à changer avec la fin de la guerre froide. Si dans la lutte contre l'URSS, France et USA avaient chacun leur territoire, la guerre prenant fin, l'influence donnée changea de main et l'on vit alors les firmes américaines s'intéresser au plus prés aux richesses africaines agricoles et minières se lançant dans une concurrence qui passait bien évidemment par le lobbying politique, le soutien aux armées, etc..
Alors que, d'un autre coté, les grandes entreprises nationales françaises se disloquaient, se privatisaient et intégrant la mondialisation disposaient d'un pouvoir financier et politique qu'elles n'avaient jamais eu . En d autres termes le passage par l'Etat devenait accessoire et non nécessaire.
La volonté affichée des hommes politiques français d'en finir avec la françafrique recouvrait ainsi une réalité : les entreprises n'avaient plus besoin de l'Etat français et de la cellule élyséenne d'un coté et de l'autre, les dictateurs et autres malfrats affidés et obéissants mis en place par la françafrique avaient désormais suffisamment de pouvoir pour négocier avec les firmes concurrentes chinoises ou américaines mais également pour aider en retour les politiques français ( voir le billet sur Borgui). Ce n'est plus de Gaulle qui mettait Bongo au pouvoir au Gabon c 'était Bongo qui mettait Chirac au pouvoir en France.
C'est donc, depuis la fin des années 90, à une nouvelle configuration économique et politique que nous avons affaire. Les grandes sociétés internationales se livrent sans l'aide des gouvernements ou avec l'aide facultative et secondaire des gouvernements auxquels elles ne paient en général que peu d 'impôts, une guerre sans merci qui passe, bien évidemment par un lobbyng commercial intense avec rémunérations fastueuses d'intermédiaires ( voir récemment le scandale minier guinéen) ..et de politiques, sans que les États aient de grands rôles à jouer. La françafrique qui décidait de tout ne décide plus rien.
Alors pourquoi le Mali pourquoi la Centrafrique ?
Pour la Cote d 'Ivoire aussi ?
Pour la Cote d 'Ivoire, quant à moi ,je n'y vois que l'appui de Sarkozy à ses amis américains ;les français – je veux dire- les entreprises françaises- n'ayant rien à y gagner et au contraire ; Bolloré et Bouyghes qui sont de grands intervenants en Afrique entretenaient de bons rapports avec Gbagbo
Pour le Mali,dont les richesses actuelles et potentielles ne justifient aucune guerre et où les français sont quasi absents des entreprises ( quasi exclusivement canadiennes et sud africaines) il faut y voir, je pense, la nécessité de ne pas laisser dans la zone sahélienne trop de pouvoirs à des groupes indéterminés qui risquent de passer rapidement du Mali au Niger, là où il y a des intérêts français à défendre, intérêts qui ne sont pas des intérêts d'entreprises mais des intérêts nationaux: Areva/.
Il s'agit d'une guerre préventive pour préserver des intérêts nationaux mais aussi pour contrer l'influence américaine qui depuis la Cote d 'Ivoire, et le Burkina Faso, entendent développer leur politique.
Quant à la RCA où il n'y a pas plus qu'au Mali de richesses potentielles qui justifieraient une guerre, et aprés une politique confuse et pusillanime, l'intervention au relent humanitaire ne se justifie pas au nom d'un réveil de la françafrique mais, comme au Mali, par la nécessité d'une intervention rapide que seule la France était capable militairement de mener.
Quand Bozizé demanda à Hollande d'intervenir pour faire face aux forces de la Sekela, Hollande ne répondit pas . D'abord parce que la sekela était une entité confuse – que j'ai qualifié il y a plus d 'un d'Entité politique non identifiée- et qu'elle avait, face à elle, non seulement les troupes légales fidèles à l'indéfendable et corrompu Bozizé, mais aussi les troupes du tchadien Idriss Deby et celles de l 'Afrique du Sud.
Que le Tchad ait tourné casaque et soit de défenseur devenu attaquant et que les troupes sud africaines aient été d'un piètre recours- malgré 18 tués- livrant Bozizé à une solitude qui l’amena au Cameroun voisin, qui pouvait le dire ? Qui pouvait dire que Djotodia allait être choisi comme Président et surtout qui était capable de dire que le pays allait s’entre déchirer sur des querelles religieuses ?
Chrétiens et musulmans ont toujours vécu en Centrafrique en bonne intelligence. Si Djotodia est musulman sa mère est chrétienne et chrétien est son premier ministre.
Rétablir la paix , certes, mais à qui laisser les rênes du pouvoir d'un pays ayant retrouvé la Paix ? A la voix du peuple ? A la voix d'un peuple qui depuis une décennie ne va plus à école qui voit ses universités fermées, et qui a fui son village ou son quartier pour se réfugier n’importe où contre les exactions d'une bande de malfrats et de pillards non identifiés – sinon qu'ils ne parlent pas sango et sont vraisemblablement d'origine tchadienne ou soudanaise- ?
Paris doit-il, comme force intervenante s 'en préoccuper ?
Qu'on m'affirme que Paris a déjà choisi le nouveau Président centrafricain relève de la galéjade.