kakadoundiaye
Abonné·e de Mediapart

325 Billets

7 Éditions

Billet de blog 8 août 2014

lézard comptant pour rien et lézard émergent

kakadoundiaye
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Au salon du têtard émergent sur la scène internationale

Un têtard -émergent –sur- la –scène- artistique -internationale est un jeune plasticien, frais émoulu ou post-diplômé le plus souvent, d’une école des Beaux-arts, et qui, dûment formaté, commence à montrer ses œuvres dans les circuits d’expositions institutionnels installés pour cela, comme le Salon de Montrouge.

Le têtard émergent, c’est un peu comme ces jeunes talibans-étudiants en théologie sortant des écoles coraniques, parfaitement analphabètes mais redoutablement armés pour défendre et promouvoir leur ignorance. Le têtard émergent ne sait pas dessiner, ni peindre, il bricole tout juste des installations improbables avec scotch, parpaings et bouts de ficelle. Il est parfaitement inculte en histoire de l’art, hors celle qui concerne ses référents Duchamp, Buren, Millet, Koons, Lambert, Rutault, etc., il est puissamment armé en arguments rhétoriques d’une extrême sophistication conceptuelle lui permettant de justifier, ses bricolages et de fusiller les mécréants qui doutent de leur pertinence et de leur performativité. Questionneur sociétal infatigable, il est un vrai révolutionnaire et un courageux combattant pour une soci& eacute;té meilleure. Il est une pure intellectualité, et c’est pour cela que j’ai changé son ancienne appellation « schtroumpf émergent » en « têtard émergent », qui me semble mieux adaptée en ne faisant pas référence aux sympathiques petites chaussettes bleues de Peyo. .. Têtart qui émerge , oui, de ce bouillon de culture putride…

Il est un cortex sur pattes, qui convoque, interpelle et interroge tout ce qui passe à sa portée, dont voici la liste officielle : les conditions d’apparition de la peinture dans l’espace social, la valeur, l’évaluation esthétique , sociale et psychologique des expériences éprouvées… les notions d'infiltration ou d’exfiltration de l'art contemporain dans des lieux ou des contextes donnés… les notions de traversée, de contamination, d’interaction ou d’illusion, la représentation et de sa mise en scène… l’espace urbain ou de celui d’un centre d’art, les mutations des structures de pouvoir … la perception du lieu, les relations entre les individus, les rapports de force, de rapprochement et d’interaction des uns avec les autres et avec les belles-mères… la métamorphose de la perception commune de l’espace… les espaces de narration issus du théâtre et de l’exposition artistique…. les matériaux de notre monde contemporain… les questions sociopolitiques, comme la mondialisation, la culture médiatique, la consommation ou la propriété… les systèmes qui organisent notre lecture du monde…. l’aspect tangible et aléatoire de notre position dans le monde…. notre condition en tant qu’être physique, social et psychologique…. la mécanique du vivant, le corps, les mutations dues aux technologies du vivant, le vivant et le construit, le réel et le virtuel, le pérenne et le temporaire…. la conception du projet urbain…. les mégas récits du progrès liés au modernisme… notre existence contemporaine individuelle…. les objets issus de notre quotidien…. l’ espace d’exposition…. le temps et l’espace… les questions sociales et culturelle…., la position de l’artiste dans l’interface de l’individuel et du collectif…. les notions de territoire et de déplacement… les matières et images industrielles… le goût et l’autorité… notre degré de conditionnement par l’espace urbain… la « nature » et la « culture » … la perception de l’espace dans lequel nous nous trouvons… les modalités de la création des objets d’art l’espace urbain… les champs artistiques diversifiés qui s'articulent autour des notions d'apparition, d'identité et d'altérité… les économies variables, de langage, de genre, d’espace, de géographie, de classe, qui se réunissent pour ré ;solument former le médium même - le langage – au sein duquel nous les performons… etc.

Il fallait donc que la France se dotât d’un lieu d’émergence de ce questionnement sociétal multidirectionnel et fondamental, d’un lieu de découverte et de reconnaissance qui fasse aussi « accélérateur de carrière », pour ces milliers de jeunes performateurs sortis chaque année de nos écoles des Beaux-Arts…et c’est le Salon de Montrouge qui a été investi de cette fonction.

Alors, la ville y a mis le paquet financièrement, avec la DRAC, le Conseil Général, le Ministère et des sponsors de toutes sortes. On a créé un « Collège critique » réunis­sant une quinzaine d’éminents acteurs du réseau, jour­na­listes, his­to­riens, cri­tiques, collectionneurs, gale­ristes et com­mis­saires d’exposition, tous issus de l’appareil art contemporain institutionnel et des réseaux grands marchands, dont voici la composition pour l’année 2014 : Gaël Charbau, critique d'art et commissaire d'exposition, directeur des Editions Particules. Christian Berst, Directeur de la Christian Berst, Paris, Augustin Besnier, Critique d’art, Daniel Bosser, Collectionneur et ancien Président des Amis du Palais de Tokyo , Sandra Cattini, Critique d'art et inspectrice à la Direction g&eacu te;nérale de la création artiqtique ; Yann Chevallier, Directeur artistique du Confort Moderne, Poitiers, Elisabeth Couturier, Critique d’art et journaliste, Philippe Cyroulnik, Critique d'art et directeur du 19, Crac de Montbéliard, Marianne Derrien, Critique d'art, Christophe Donner, Écrivain, Dorith Galuz, Collectionneuse, Alexis Jakubowicz, Critique d’art et commissaire d'exposition, Bernard Marcadé, Critique d'art, Anne Martin-Fugier, Écrivain et collectionneuse , Laetitia Paviani, Critique d’art , Céline Piettre, Critique d'art et journaliste, Michel Poitevin, Collectionneur et administrateur de l’ADIAF, Paris, Alexandre Quoi, Historien d’art, Olga Rozenblum, Productrice, red shoes, et co-fondatrice du Treize, Paris, Eric Suchère, Écrivain et enseignant, École Supérieure d’Art et Design de Saint-Étienne, Camille Viéville, Historienne d'art , Mathilde Villeneuve, Critique d'art et directrice des Laboratoires d’Aubervilliers…

Que du beau monde donc trié sur le volet, pour trier environ 3000 dossiers de candidature correspondant à la fournée annuelle de jeunes têtards diplômés avec félicitations du jury, et pour en extraire la quintessence, soit une centaine d’exposants, avec parmi eux les futurs stars du marché international…Heureux élus bénéficiant déjà, grâce à Montrouge, d’une aide concrète à travers une bourse à la production, d’un « accompagnement critique », de la perspective d’ une exposition au Palais de Tokyo (Partenaire fidèle et emblématique de leur souci de professionnalisation), de l’inscription dans les réseaux des FRACs, des structures de monstration subventionnées, de la Fondation Pastis Ricard (L’abus….consommer avec modération), la Fondation ADIAF pour le Prix Marcel Duchamp, etc.

Cette vocation du Salon de Montrouge de détecteur des futurs « produits artistico-financiers internationaux », s’est affirmée, en 2009, avec la nomination de Stéphane Corréard à sa direction, en remplacement d’ Alain Lamaignère , qui avait su jusqu’alors conserver à ce Salon la diversité, la prospectivité et l’indépendance vis à vis des injonctions institutionnelles et grand-marchandes, qu’avait su lui insuffler à son origine, sa géniale créatrice Nicole Gignoux.

Ce virage esthético-idéologique s’est amorcé en 2009 avec l’arrivée, en tant qu’invité d’honneur de l’artiste Label-Rojoux, par ailleurs professeur de foutage de gueule à la Villa Arson (Ecole des Beaux-Arts de Nice).

."Aujourd'hui, l'art est devenu avec le football et la télé-réalité l'une des seules possibilités d'ascension sociale rapide", …"Bien sûr, le marché a toujours raison : à long terme, parce qu'il s'aligne sur l'histoire de l'art, et à court terme, parce qu'il n'y a plus personne pour le contredire!"… "Les artistes qui sont aujourd'hui plébiscités par le marché seront-ils au firmament de l'histoire de l'art dans un siècle ? Non, à coup sûr, ... Il y a eu des artistes portés aux nues de leur vivant, et de l'argent trop vite gagné qui ne demande qu'à être épongé : les deux sont faits pour se rencontrer." …Voici, quelques molles platitudes moralisantes , qui ne manquent pas de vergogne de la part d’un Stéphane Corréard qui est par ailleurs, expert pour la maison de ventes Cornette de Saint-Cyr et en plus collaborateur du journal Art Magazine pour sa rubrique de conseil aux spéculateurs, intitulée «  délit d’initié » et présentée comme suit : « Dans un marché de l'art totalement dérégulé, le délit d'initié, loin d'être une infraction, guide les acquisitions des plus importants collectionneurs. À cette fin, ceux-ci rémunèrent des conseillers, les « artadvisors ». Leur métier ? Deviner avant tout le monde qui seront les futures stars pour les acheter, dès aujourd'hui, à des prix avantageux. Chaque mois, Arts Magazine lève un coin du voile, décortique la mécanique artistico-financière, et vous fait profiter des conseils d'achat de son duo de spécialistes, un critique d'art et un analyste financier, Stéphane Corr&ea cute;ard et Étienne Gatt »…On croit rêver ! Car, plus que de délit d’initié, on pourrait parler en ce cas de mélange des genres voire de conflit d’intérêts flagrant puisque celui qui «  devine avant tout le monde qui seront les futures stars pour les acheter, dès aujourd'hui, à des prix avantageux » est le même qui les fabrique au Salon de Montrouge…et, dans le même temps regrette, qu'il n'existe plus d'autre instance de légitimation valide que celle du grand marché … que les musées désargentés soient contraints, à l’instar du centre Pompidou de ne plus montrer que les chouchous des gros collectionneurs… que la critique d'art ait perdu de son crédit au profit des courbes de Artnet ou d'Artprice… Que les artistes eux-mêmes songent parfois plus à f aire carrière qu'à faire œuvre… à l’instar des têtards de Montrouge….

Alors, au point où l’on en est de ce double langage, de cette salade rhétorique, de ce cynisme, ou de ce délabrement logique, on ne s’étonne pas de la présence de la Galerie Christian Berst adoubée par l’appareil en récompense de s’être spécialisée dans la titrisation boursière des œuvres de l’art brut qui en avaient été préservées jusque là….On ne s’étonne pas de voir l’excellent Muzo avec cette toile ( doc 01 ) représentant un jury des Beaux-Arts « marcher sur des œufs » pour ne pas heurter la doxa d’Etat…On ne s’étonne pas de voir un merveilleux dessin de l’excellent Quentin Spohn ( doc 02) qui n’a rien à faire ici, sauf pour servir d’ alibi à l’inanité du reste…On ne s’éto nne pas non plus de ce comble du cynisme ou du foutage de gueule pervers, qui consiste à inviter « l’artiste en tant qu’escroc » nommé Eskrocar, qui s’est justement spécialisé dans la dénonciation de l’escroquerie, de l’imposture et du foutage de gueule caractérisant l’art tel que l’ont appris et le conçoivent la majorité des tétards émergents de Montrouge : : http://www.eskrokar.com

-- Ce message a été envoyé par un rédacteur de 'lezard comptant pour rien' at Mediapart. Pour lire cette édition, cliquez sur http://blogs.mediapart.fr/edition/lezard-comptant-pour-rien. Pour vous désinscrire, cliquez sur http://www.mediapart.fr/og/unsubscribe/440155/75861

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Climat
Face au chaos climatique, le séparatisme des riches
Alors que des milliers de Français sont évacués à cause des incendies, que d’autres sont privés d’eau potable voire meurent au travail à cause de la chaleur, les ultrariches se déplacent en jet privé, bénéficient de dérogations pour pouvoir jouer au golf et accumulent les profits grâce aux énergies fossiles. Un sécessionnisme des riches que le gouvernement acte en perpétuant le statu quo climatique.
par Mickaël Correia
Journal
Climat : un été aux airs d’apocalypse
Record de sécheresse sur toute la France, feux gigantesques en Gironde, dans le sud de l’Europe et en Californie, mercure dépassant la normale partout sur le globe… Mediapart raconte en images le désastre climatique qui frappe le monde de plein fouet. Ce portfolio sera mis à jour tout au long de l’été.
par La rédaction de Mediapart
Journal — Proche-Orient
À l’hôpital al-Shifa de Gaza, les blessés racontent les bombardements
La bande de Gaza ressort épuisée de cet énième round de violences meurtrières entre Israël et le Djihad islamique palestinien. Malgré la trêve entrée en vigueur dimanche soir, les habitants pleurent leurs morts, les destructions sont importantes, et des centaines de blessés sont toujours à l’hôpital, désespérés par la situation et par les pénuries de médicaments. « J’ai vraiment cru qu’on allait tous mourir, enterrés vivants », raconte un rescapé.
par Alice Froussard
Journal
En Ukraine, les organisations internationales en mal de confiance
Depuis le début du conflit, la société civile ukrainienne s’est massivement mobilisée pour faire face à l’offensive russe. Alors que les organisations internationales sont critiquées, comme on l’a vu encore récemment avec Amnesty International, la plupart de l’aide humanitaire sur le terrain est fournie par des volontaires à bout de ressources.
par Clara Marchaud

La sélection du Club

Billet de blog
Une approche critique de la blanquette de veau
Un jour, je viens voir ma mère. Je mange avec ma mère. J’ai fait une petite blanquette, c’est dans la casserole, elle me dit et je lui dis que c’est chouette mais quand je regarde la casserole, c’est bizarre cette blanquette dans l’eau. On dirait qu’il manque quelque chose.
par noemi lefebvre
Billet de blog
Iel
De la nécessité d'écrire inclusif-ve...
par La Plume de Simone
Billet de blog
Avec mes potes, sur la dernière barricade
Avec les potes, on a tout ce qu’il faut pour (re)faire un monde. Et on se battra jusqu’à la dernière barricade, même si « la révolution n’est plus synonyme de barricades. Elle est un tout autre sujet, bien plus essentiel : elle implique de réorganiser la vie tout entière de la société ». Ce à quoi on s’emploie. Faire les cons, tout en faisant la révolution : ça va être grandiose. Ça l’est déjà.
par Mačko Dràgàn
Billet de blog
par carlita vallhintes