Le capitalisme a ceci de particulier, c ‘est Marx qui nous le dit, qu’il est, par essence, révolutionnaire c ‘est à dire qu’il a ceci d’original par rapport aux modèles précédents qu’il est une machine qui se renouvelle elle-même en puisant son énergie dans l’ innovation et l’exploitation consentante et participante de ses agents .

A l’heure de la mondialisation capitaliste c ‘est à dire de la tentative-tentation d’une coupe réglée du monde il est fort probable que celle-ci ne se fera pas sur la base d’un Etat-Nation jaloux de ses prérogatives aussi grand soit-il, ni même d’un bloc d’Etats-Nations ayant décidé de joindre leurs efforts pour conquérir des parts d’un marché en évolution constante, ni même d’un holding d’actionnaires surpuissants dont les fonds de pension nous offrent aujourd’hui l’image, mais sur la base d’une révolution interne de la machine capitaliste elle-même qui aura su prendre en compte les effets pervers de son développement . Parmi ceux-ci deux apparaissent aujourd’hui comme déterminants : l’écologique et le social.

L’écologique, car le modèle de consommation induit par le développement du système provoque à son tour des dégâts importants néfastes et contraires au principe même de croissance et d’économie du modèle lui-même : déchets industriels et domestiques, déchets nucléaires, nitratisation générale des eaux, raréfaction des espèces maritimes, raréfaction des énergies fossiles, réchauffement – 25 cyclones en 2005 sur l' ‘Amérique Centrale-etc…, et l'on ne pourra indefiniment faire porter le poids de ses sous-produits sur la collectivité . Il est scientifiquement admis par ailleurs que si la moitié du monde consommait la moitié de ce que consomme aujourd’hui l’américain moyen, la planète serait complètement dévastée ( Théorème de Pessiot).

Le social, car le modèle en progressant rejette dans la misère –et les villes- une part croissante de la population mondiale. La sécurité est devenu un thème récurrent et généralisé de la gestion du système qui risque rapidement de représenter un coût propre à désorganiser l’ensemble. Que deviendront les 2 milliards de « pauvres » regroupés pour la plupart en des villes de 40, 50 millions d’individus ? Leur force de résistance, leur poids politique, leurs coûts économiques et sécuritaires ne pourront pas être longtemps considérés comme périphériques, dégâts collatéraux. L’Ordre est devenu hors de prix. ( y compris l’ordre sanitaire ; on voit bien que la multiplication des filières de production alimentaire- pour produire moins cher- crée de toute pièce des conditions pandémiques qui accroissent considérablement les coûts de traitement et de préventions portés eux aussi par la collectivité)

Le seul objectif aujourd’hui dominant d’un capitalisme d’actionnaires de se remplir au plus vite les poches ne sera plus dès demain suffisant. Le « management » sera de moins en moins strictement économique. Il devra prendre en compte nécessairement ces « forces de résistance », émeutes, délinquance, ouragans, inondations, pénuries,… ces « freins », par leur coûts, à la bonne marche du système.

Si la mondialisation dans sa première phase de conquête, que nous connaissons depuis une petite quinzaine d’années, a, tendanciellement déstructurer les échanges internationaux ( délocalisations, mise en concurrence internationale des travailleurs, attaques répétées contre les « avantages acquis » par les travailleurs des pays riches, transfert des coûts vers un Etat dégraissé de ses prérogatives …..) il est évident que cette première étape est déjà en partie close et que les effets pervers tant sociaux qu’écologiques du système commencent à apparaître.

Le multiculturalisme, cet avatar idéologique de l’époque pré-globalisation, entre autre, le respect de l’autre dans un respect partagé des « valeurs majoritaires et républicaines » ( qui inclut la « citoyenisation » de la femme , et l’individualisation des croyances religieuses) vole en éclat non parce que le système d’intégration s’est grippé, et que les revendications identitaires se sont accrues, mais parce que les éléments les plus faibles, fragiles, de l’ensemble social ( femmes, jeunes, immigrés, handicapés, etc…) ceux dont le profil est le plus éloigné du « modèle » ( diplômes et compétences, réseaux…) sont les premiers « sortis », les premiers à ne pas pouvoir prendre le train du « progrès », les premiers à rester sur le quai de la gare.

Que cette marginalisation trouve un exutoire, pour les émigrés (c’est à dire ceux qui ont un système parallèle d’identification et de repérage social) dans la religion ne peut en aucun cas être vécu, quoiqu’en pensent de prétendus philosophes, comme une « impossibilité d’intégration » encore moins comme un « fascisme vert » mais comme une manifestation de colère, de désarroi et de désespoir, une resocialisation cummunautaire exclusive.

Toute lecture raciale ou religieuse des difficultés d’être au monde de cette partie rejetée de la population mondiale même quand elle emprunte et utilise un vocabulaire violent, est raciste.

J’accuse de racisme tous ces « néo-cons » qui tiennent absolument à voir dans les attentats du 11 Septembre le creuset et le symbole d’ un « choc de civilisation » quand il n’y a que symbole du triomphe d’un capitalisme mondial, un choc économique. Ils reprennent à leur compte les analyses qui faisaient flores il y 40 ans concernant les « noirs américains » ou ces « américains d’origine africaine » comme il se disait sur le modèle de ce qui se dit et s’écrit si facilement de nos jours sur ces « français d’origine algérienne ». Les noirs d’alors avaient, pour s’intégrer, les mêmes défauts et manques rédhibitoires que les arabes d’aujourd’hui et comme aujourd’hui l’Islam était alors mobilisé parce qu’elle était et est encore la seule religion issue du Livre dont la majorité des fidèles était et est dominée.

L’intégration des noirs s’est faite dans les années 80/90 non sur la base d’une philosophie ou d’une volonté politique multiculturalistes mais sur la croissance et l’essor d’une petite bourgeoisie voire d’une bourgeoisie « d’origine africaine » suffisamment forte pour servir d’exemple et développer par elle-même et pour elle-même valeurs images et culture. D’Islam militant il n’en est plus question. La question religieuse s’est d’elle-même dissoute, par l’intégration économique, dans la croissance.

C’est la pénurie qui crée le désordre, qui irrite les différences, qui fait de chaque instant une lutte pour la survie . Penser que ces désordre, ces irritations, ces émeutes, ces brûleries, sont les fruits pourris de l’Islam ou d’une race particulière est non seulement stupide mais moralement condamnable.

Même si une frange inspirée extrêmement étroite de musulmans de par le monde pense que l’Occident est le Mal absolu à ce point incapable d’améliorations qu’il convient de l’abattre, même si, pour eux, l’Islam est le drapeau d’un nouvel ordre mondial et qu’issue des meilleurs universités occidentales, elle revendique, au nom de l’Islam, une part infiniment plus importante du gâteau, répondant à la violence ( Israël-Palestine, USA-Irack ) par une violence qui lui est propre ( elle ne dispose ni d’armée, ni d’Etat ) , il est vain et dangereux de considérer la religion qu’elle instrumentalise , comme la raison, la cause, de ses choix. Et d’embarquer avec elle tous les musulmans et/ou tous ceux qui, pas plus musulmans qu’un dromadaire, s’en revendiquent pour les seuls besoins de leurs seules causes.

Refuser de voir, de pas « voir », les dérives communautaristes et racistes au Danemark, Hollande, France, Espagne, Angleterre… comme un des effets pervers de la mondialisation, c’est refuser de voir, de pas « voir », que celle-ci conduit à un développement accru d’une pénurie responsable de tous les types de « dysfonctionnement ».

A commencer par celui de la démocratie. Celle démocratie dont, parait-il, les USA serait le paragon, en oubliant que cette même démocratie consommée à la sauce buschienne est, dans les faits, plus proche d’une tyrannie que d’une démocratie ( Elle torture, ment, manipule, exige la peine de mort , intervient militairement sans l’aval démocratique de l’ONU et est entre les mains d’une petite poignée de personnes, politiques, industriels, financiers et militaires, moins de 0,1% de la population cf Wright Mills ).Cette démocratie dont le bon fonctionnement exige qu’il ne soit pas tenu compte de l’avis de plus de la moitié des électorats, considérés comme déviants et qui rejette tout ce qui ne ressemble pas aux désirs des élites.

Sans oublier, autres « fragilisés », les « jeunes » qui actuellement manifestent par centaines de milliers en France, les « femmes » dont la parité est sans cesse remise à demain….

La machine globalisante a frappé. Les travailleurs chinois sont moins chers, les ingénieurs indiens sont meilleur marché, on produit plus on emploie moins, le prix-et le coût- du travail, qualifié ou pas, est sans cesse revu à la baisse, le taux de chômage revu sans arrêt à la hausse dans nos vieux pays riches où, jusqu'alors, les profits étaient, fraternité et luttes ouvrières obligent, plus ou moins partagés.

C’est ce contrat que la globalisation met en déshérence. Les différences de revenu entre les classes se sont accrues dans des proportions ahurissantes au détriment des plus pauvres de plus en plus nombreux à être pauvres au nom de l’intérêt commun et de la survie d entreprises en plein combat concurrentiel, l’Etat ne peut plus assurer ce qu’il assurait. A force de défrayer de cotisations sociale les entreprises ( les fameuses charges) la Sécurité sociale est au bord du gouffre. Le responsable est bien sur le consommateur de médecins ou de médicaments qui ne peut plus « bien vivre » car ce même « bien-vivre » est réservé aux entreprises qui, comme jamais, engrangent des bénéfices, bien sur toujours nécessaires à leur survie dans l’âpre monde de la concurrence à « l’univers impitoyable ».

La réponse sociale-démocrate à la globalisation qui consisterait, sans en vouloir changer l’âme, à huiler les transformations et amortir les chocs est nécessairement appelé à toujours avoir « un métro de retard » et à toujours courir après le dernier avatar de la déqualification ouvrière, et de la crise sociale et écologique. Vache folle, grippe aviaire, sida,...

répéter les mêmes choses? je tombe sur ce texte qui date de trois ans mais semble sortir de l'actualité d' aujourd'hui. Comme si ce qui vient de se passer, ce que nous venons de penser nous ne l'avions déjà vécu,déjà pensé, comme si nous ne retenions rien de ce qui passe à travers nous.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.