Bourgi, la crise et la françafrique

L'article de François Bonnet dans le Mediapart du 12 septembre est en tout point excellent. D'abord parce qu'il situe «l'affaire Bourgi» dans un contexte général (affaire Bettencourt, affaire Karachi, affaire Tiakeddine…), celui d'une dérive de la crédibilité non seulement présidentielle mais institutionnelle (affaire du Mediator, du Sénat, Guerini...) grave. Très grave. D'autant plus grave qu'elles alimentent un «tous pourris», une réaction de dégoût et de méfiance vis à vis de la classe politique qui est le terreau même du populisme

L'article de François Bonnet dans le Mediapart du 12 septembre est en tout point excellent. D'abord parce qu'il situe «l'affaire Bourgi» dans un contexte général (affaire Bettencourt, affaire Karachi, affaire Tiakeddine…), celui d'une dérive de la crédibilité non seulement présidentielle mais institutionnelle (affaire du Mediator, du Sénat, Guerini...) grave. Très grave. D'autant plus grave qu'elles alimentent un «tous pourris», une réaction de dégoût et de méfiance vis à vis de la classe politique qui est le terreau même du populisme, dégoût dont ne peuvent profiter que les partis jusqu'au boutistes et en un mot anti-républicains. La République est en danger. Elle vacille sous le coup des spéculateurs qui l'affament comme sous les coups des irresponsables qui la minent de l'intérieur.

Alors qu'il faudrait un capitaine pour redresser la barre , ce dernier est saoul de lui-même et l'équipage parti en goguette sur les yachts des plus fortunés quand il ne trousse pas la chambrière dans des hotels cinq étoiles.

Aussi est-il curieux, et F. Bonnet a raison de le souligner, que le Président de la République ait pu permettre que Bourgi se "déballonne" alors qu'il y a tout lieu de croire qu'il en sera éclaboussé, même si Bourgi prend bien soin de dire que la circulation des mallettes a cessé dés que l'enfant est apparu ( le cercle de famille applaudissant à grands cris son doux regard qui brille).

D'autant plus curieux que ce déballonnage correspond aussi pour Bourgi à se tirer une balle dans le pied voire même la cheville ou le genou. Qui aujourd'hui serait capable de lui faire confiance pour porter un bouquet de fleurs à une belle croisée dans la rue ou lui confierait cinq euros pour aller acheter un paquet de cigarettes?

De plus, mouiller des dirigeants africains soit-disant amis, à l'heure où la crise frappe aussi l'Afrique où Campaore est contesté militairement,où Wade, au Sénégal, impopulaire, doit se représenter devant les électeurs dans six mois est vraiment fort indélicat et je doute qu'il puisse aujourd'hui mettre les pieds en Afrique sans qu'à sa descente d 'avion le tapis rouge ne soit semé de clous divers.

Et tout cela disent les analystes pour "descendre " un de Villepin qui ne fait que 2% dans les sondages?

Cela n'a pas de sens.

Je pencherais plutôt, quant à moi, pour y lire l'expression d'un baroud d 'honneur d 'une "françafrique" qui n'existe plus depuis longtemps quoiqu'en disent" les spécialistes".

Ce qui ne signifie pas que les coups bas et les transferts de puissance et de monnaie ne se fassent toujours dans le sens de l'Afrique vers la France mais dans le sens d'une perte signifiante de puissance de l'Etat français dans l'exploitation et l'enrégimentement de l'Afrique. C'est ce que j'ai essayé déjà ,ici à Mediapart, d 'expliquer dans divers billets de blog.Le passage de Focart à Bourgi est de ce point de vue symbolique. Focart était un homme d'appareil :il était au service de l'Etat et du Général de Gaulle, Bourgi est peut-être au service de Sarkozy il n'a plus rien à voir avec l'Etat car l'Etat n'a plus grand chose à voir avec l'Afrique: les Grandes Compagnies se sont autonomisées. Bollore, Bouyghes, Elf et consort sont devenus des compagnies dont les rapports avec l'Etat français ne sont plus des rapports incestueux et de dépendance comme ils l'étaient hier.

Avant -hier, l'Elysée "faisait" les Présidents africains ( Bongo, Ahidjo, Bokassa, etc..). Hier, devenus riches grace aux grandes compagnies qu'ils protègent et aident, c'était les Présidents africains qui "faisaient" l'Elysée ( d'où les mallettes). Aujourd'hui, rattrapée par la crise, la source se tarit; l'aide de l'Etat français est devenu accessoire : la Chine offre mieux et plus. Dans la lutte pour la maitrise des champs d 'exploitation les Etats ne jouent plus que les seconds rôles. Nul besoin de les stipendier...

C'est dans cette transformation des rapports entre l'Etat français et les pays africains qu'il faut chercher la clef de l'énigme Bourgi au sujet duquel tout a déjà été dit dans le billet de Bonnet dont je me plais ici à saluer une nouvelle fois la clarté

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