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Le Club de Mediapart dim. 14 févr. 2016 14/2/2016 Dernière édition

Ce furent des mots croisés

Des mots vêtus de fer, heaumes et hauberts, lances, pour reconquérir par le verbe le tombeau des valeurs républicaines, en chasser, par missiles dominici, l'imposteur, mécréant.

Ce furent des mots de Haine et de simple ignorance, de tranquille certitude, des mots beurrrés de bonne conscience et de la conviction que tous ces nègres ne sont vraiment que des souillons et des chiens qu'il convient de remettre en laisse et en niche.

Il y avait là le basset Besson, ancien lèche-babouche aux reins cambrés pour exciter les convoitises, le Bouillant Peillon, plus confus qu'un mille-pattes quand il met ses lacets, chefs de meute, et l'amer Mamère qui se commit sur son blog le lendemain d'une explication.

Il y est comme d'habitude d'abord question de re-écrire l'Histoire.

L'Histoire nous le savons est un animal, caméléon inversé, rare, que chacun ne voit et ne crée qu'au travers des lunettes qu'il entend chausser. Ainsi les faits sont sans cesse gommés ou soulignés, ils deviennent fonctions de la démonstration qu'on entend livrer.

Ainsi Mamère entend-il, lui aussi et après les autres, faire de Gbagbo dont le Parti " fédérait les espoirs de la Jeunesse ivoirienne" un guignol qui à peine arrivé au pouvoir crache sur ses conviction avec une vigueur de maçon italien au pied du mur, s'habille d'ivoirité, et commence une répression contre les siens qui se termine par le refus du verdict des urnes, le maintien au pouvoir etc... et son éviction par les armes françaises, qui bien sûr, sont dans leur droit ( le droit des urnes et celui donné par l'Onu).

A peine concède-t-on qu'il y eut, 18 mois après son arrivée au pouvoir, un coup d 'état, armé par son rival Ouatarra.A peine concède-t-on que l'ivoirité qui avait empêché son " rival" de se présenter était le fait de Konan Bédié et non celui de Gbagbo. A peine concède t-on - en fait pas du tout car cet épisode est oublié- que Gbagbo organisa dès les années 2001 une campagne de réconciliation de vaste ampleur car il reconnaissait lui même que cette élection dont il sortait vainqueur, mais sans avoir eu à affronter Ouatarra, avait été, de ce fait, " calamiteuse".

Enfin, rien n'est dit de la politique chiraquienne, fidèle héritière des années françafricaines, qui lors du coup d 'état contre Gbagbo reconnut les rebelles ....et les invita à la table des négociations...alors que l'armée française s'interposait entre d'un coté des rebelles en armes venus d'un pays voisin et l'armée régulière et le pouvoir élu. Cela ne choque pas notre bon apôtre, notre abbé vert, pas plus que cela ne choque les autres abbés de cour plus unis que jamais. Harro sur, non le rebelle, l'insurgé, le comploteur, l'envahisseur mais sur l'envahi!!!

Cela avait d 'ailleurs été la position de l'ONU il y a quelques années quand après des élections en Angola très largement gagnée par Le MPLA de Neto, l'ONU s 'interposa entre l'armée régulière...et les rebelles de Savimbi, armés par les USA et soutenus par le voisin Mobutu.

Cela est d'autant plus curieux dans la ré-écriture de l'Histoire que tente Mamère qu'il ne dit rien de la composition d'un Comité électoral choisi, à Marcousis, dans la foulée, après la partition,de fait, du pays. Qu'il ne dit rien de la demande fondamentale formulée par Gbagbo de désarmer les rebelles du Nord : " il ne saurait y avoir d 'élections libres dans un pays en armes " , ni des raisons basiques qui avaient levé non les gens du Nord contre les gens du sud, mais une grande partie de mercenaires armés venus du Burkina et d'ouvriers agricoles allogènes en délicatesse avec les "propriétaires" coutumiers ivoiriens.

Rien n'est dit de l'obligation faite par la France à Gbagbo de prendre comme Premier Ministre le chef des rebelles, Soro, dont le moins qu'on puisse dire est qu'il n'a pas fait ses études et ses classes au FMI.

Rien n'est dit des rapports entre Bolloré et Gbagbo sinon de laisser entendre que copains comme cochons, ce socialiste faussaire aurait vendu le port d'Abidjan à son pote et l'électricité et l'eau à son complice français Bouyghes. Comme s' il y avait d'autres choix que de négocier les prix et de faire des appels d 'offre.En est-on moins patriote ivoirien si on négocie avec des entreprises françaises plutot que chinoises?

Rien n'est dit non plus des allégations contre les escadrons de la mort imputés à Gbagbo, dont le Tribunal de Paris vient de reconnaitre il y a un mois, dans le silence général, le non fondé.

Enfin des phrases selon lesquelles les bandes de Gbagbo auraient semé la mort dans Abidjan alors que sa femme s'alliait aux fondamentalistes américains n'expliquent pas pourquoi à Abidjan- où les fraudes furent moins nombreuses qu'ailleurs- Gbagbo arrive largement en tête des élections et que son arrestation ne donna lieu dans aucun quartier à l'explosion de joie qu'il y aurait eu si tant est qu'on dût lui reprocher des meurtres et des assassinats.

Quant aux élections elles-mêmes les quelques preuves qui nous restent démontrent à l'envi qu'il y eut dans les provinces du Nord en armes des inconséquences considérables et que la solution présentée par Gbabo de recompter ne fut pas retenue par la "communauté internationale" au pretexte que les souches avaient été brulées ou avaient diaparues.(?)

J'ajoute que les cinq ans de préparation de cette élection, voulue par Gbagbo, qui semblent symboliser sa volonté de s'y opposer- conduite dilatoire- plaide au contraire pour le sérieux de sa démarche. Comment vouloir organiser des élections sérieuses et crédibles dans un pays dont 25 % de la population est immigrée sans adresse ni carte d 'identité, dont l'Etat-civil n'existe pour ainsi dire pas, où les cartes d 'électeurs sont quasi inconnues, dont les habitants viennent de se chamailler, parfois gravement, pour savoir qui doit ou ne doit pas voter et dont l'organisme responsable de la mise en place, la Sogem, reconnait, moins de six mois avant le "départ", qu'il y a encore plus d 'un million de litiges non réglés.

Enfin il avait depuis toujours été reconnu que le seul organisme susceptible et autorisé à reconnaitre le Président était le Conseil Constitutionnel..pourquoi l'Onu prend-elle sous sa responsabilité une nommination qui ne la regarde en rien? Tous les experts reconnaissent que l'ONU a outrepassé ses prérogatives. Pourquoi Mamère et ses roquets siffleurs n'en disent ils pas un mot?

Justifier enfin le recours aux armes pour faire triompher ce qui ressemble bien à une caricature de démocratie dans un pays étranger et de plein exercice, dont la France fut le colonisateuir il y a 50 an, n'est pas trés sérieux. Pas plus que de nier la responsabilité française dans l'arrestation du Président. Pas plus que de parler d'un sauvetage des "populations civiles". On se demande pourquoi Gbagbo qui était chez lui à Abidjan ,dont la population a une tres large majorité venait de lui signifier son adhésion ,allait faire tirer dans la foule...

Mais il y a surtout le droit, ce droit d 'ingérence, qui place l'analyse de la France du coté d'un Droit Universel dont elle serait et l'écrivain et le gendarme. Il y a tout lieu alors de parler de mission civilisatrice de la France. ..et des roquets qui la servent. J'aurais aimé que Mamère et les Verts ne soient pas de ceux là..je me suis une nouvelle fois trompé.

"Maintenant que cet épisode dramatique est terminé, il faut une commission Vérité, Justice et Réconciliation qui, comme en Afrique du Sud, puisse laisser la voie libre à une justice transitionnelle permettant le rebond et la résilience de la société ivoirienne. L'action politique et diplomatique multilatérale était et reste la seule susceptible d'ouvrir la voie de la réconciliation et de la reconstruction de l'unité nationale ivoirienne. " conclut Mamère sans vergogne. Oubliant que cette commission qu'il appelle de ses voeux sur l'exemple de l'Afrique du Sud fut justement ce que tenta Gbagbo en 2001 et que la diplomatie qui serait le seule voie de reconstruction fut justement celle qui fut bafouée par la France qui sans arrêt suscita l'appel aux armes.

Il y a urgence aujourd'hui. Une seule urgence. Que les africains pensent et agissent en africains. Qu'ils oublient les plans d'ajustement imposés par les Ouatarra et le FMI qui les plongea dans la misère. Qu'ils oublient les élections comme mode démocratique, qu'ils oublient le "progrés " quand il s 'achète avec la misère et l'exploitation. Qu'ils trouvent en eux les secrets d'un développement qui ne doive rien aux modèles venus de l'extérieur. Ils s 'agit de mettre non la France, encore moins les français, non l'Occident, à la porte de l'Afrique, mais le modèle qu'il impose . Modèle économique modèle politique. A la porte!!!! Ils n'apportent à l'Afrique que des larmes et du sang. Et Mamère est aussi responsable par sa cécité de ces larmes et de ce sang..Alors qu'il prêche par ailleurs une autre voie de développement pour l'Europe et le monde qui semble nouvelle. Pourquoi l'Afrique n'en aurait -il pas le droit, sumarack.?

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Tous les commentaires

@Boris,

c'est en effet une des conclusions majeures que je tire de 50 ans de reflexions sur l'Afrique aujourd'hui -qui soit dit en passant est entré dans l'histoire par la grande porte de la traite négrière qui seule permit le développement d'une Europe qui déja s 'esssoufflait aprés avoir profité du génocide indien-la seule voie de salut est le petit pas de coté.La démocratie ne peut dans lAfrique actuelle s'accomoder des élections. Il faut que nous inventions autre chose ( suivre M.Dia par exemple) L'économie en Afrique ne peut s'accomoder de la rente coloniale et/ou de l'exploitation de nos richesse contre royalties aussitôt évacuées.

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