kakadoundiaye
Abonné·e de Mediapart

325 Billets

7 Éditions

Billet de blog 16 août 2014

Débarquement? Rembarquez! Menteurs et hypocrites!!

Et chacun, à la suite du Président y est allé de sa rengaine, de sa petite chanson émue sur ces bons nègres et bicots qui seraient venus se faire tuer par amour d'un pays qui ne les oublie pas et ne les oubliera jamais.

kakadoundiaye
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Et chacun, à la suite du Président y est allé de sa rengaine, de sa petite chanson émue sur ces bons nègres et bicots qui seraient venus se faire tuer par amour d'un pays qui ne les oublie pas et ne les oubliera jamais.

Mon cul !

J'eusse aimé que l'on profitât de ce débarquement de Provence pour parler de la façon dont la France s'est comportée vis à vis de ces soldats qu'elle dit honorer aujourd'hui et qu'elle fasse publiquement amende honorable.

Car si elle les médaille et les embrasse aujourd'hui, elle les massacra à grandes rafales d'auto-mitrailleuses hier.
Rappelez vous de Thiaroye

Rappelez vous surtout de ce qu'a dit un de ces généraux qu'on honore aussi aujourd'hui à travers ces combats.

 Premier Décembre.

La saison des pluies est finie déja l'arachide est ramassée. On a séparé les fanes du fruit. Elles nourriront les ânes.

Premier Décembre.
C 'est la fête à Thiaroye prés de Dakar.

Nous sommes en 1945. Ils sont partis par dizaines de milliers les sénégalais, les congolais, les guinéens pour défendre la France. Beaucoup sont morts.Peu sont revenus des nuits glaciales, des premières lignes, de la captivité. Ils sont là aujourd'hui au camp de Thiaroye, couverts de médailles d 'honneur et de blessures,attendant qu'on solde leur compte, qu'on paie les arrièrés, qu'on change aussi les marks reçus pour certains pour leurs mois de captivité. Tout doit s'arranger au Sénégal, leur a-t-on dit en France.

Ils y croient. Ils s 'impatientent, un peu. Ils n'aspirent qu'à retrouver leur village, leur femme, leurs enfants, les anciens, qu'à raconter les incroyables aventures qu'ils sont vécu, eux, comme les vécurent et contèrent parents et grands parents dans les boues de Verdun et de la Somme une quasi trentaine d 'années auparavant.

Les jours passent. La discipline militaire qu'on continue à leur imposer les indispose.Les jours deviennent de plus en plus longs. Partir. Retrouver la famille.
Ils se mutinent un jour pour une pécadille et obligent un gradé à leur signer une reconnaissance de dettes, d 'assumer le respect des paroles données et des sommes dues.

Le lendemain, premier Décembre, à l'aube, les militaires français, à l'arme lourde, mitrailleront le camp. Plus de 100 morts. La France militaire tirent sur des soldats désarmés qui viennent de la libérer et de restaurer son honneur.

Les autorités coloniales feront tout pour que les responsables de la tuerie échappent à toute sanction. L'affaire est enterrée. Le temps met son couvercle sur ce scandale.

1er Décembre 2011

Ils sont tous morts aujourd'hui les soldats de Thiaroye.Ceux qui avaient échappé au massacre furent jetés en prison. Beaucoup y moururent, les autres furent graciés en 1947 lors d'un voyage du Président Auriol.

La France a oublié THIAROYE.

La France a oublié que, dans sa si récente histoire, elle fut nègre et que nègre. La France a oublié qu'elle se donna à Vichy, au pétainisme, à l'Allemagne et que celui qui la représentait, de Gaulle, depuis Londres n'avait d 'autre territoire que celui qui voulut bien le suivre; Un seul, le Congo de Eboué. La France Libre fut nègre.

Que mes frères nègres , regardant le film que Sembenne Ousmane consacra à ce haut fait d 'arme jamais jugé jamais condamné jamais rappelé, oublié, gommé de la carte en quelque sorte n'en veuillent pas au peuple de France qui souffrit et à toujours plus souffert de ses militaires et de ses élites, de la muflerie et de crétinerie, du racisme et de la lâcheté des uns et des autres que de la botte allemande ou de sa propre capacité d 'oubli. Qu'ils continuent à aimer ceux qui méritent de l'être même si leurs parents furent des salauds..irrécupérables.

Voici le rapport du Général Perier sur les événements de Thiaroye.

Ils démontrent combien l'armée de 1945 est encore pétrie de racisme, de bêtise, du sentiment de la supériorité de la race blanche ( que Monseigneur Lefevre évêque de Dakar va quelques années après affirmer et prolonger). Ce "rapport" officiel na jamais été stigmatisé et les "idées" et sentiments qu'ils expriment n'ont jamais été dénoncées. Elles étaient cependant proférées par un Général qui a vécu des jours de retraite heureux :

« Les causes profondes de la mutinerie sont celles qui ont amené le changement de mentalité de nos troupes noires en général et des ex-prisonniers en particulier.
« Il y a eu notre défaite et certaines défaillances, nos dissensions intérieures, puis le bouleversement qui a suivi la libération du pays et qui n’a pas été toujours compris. Aux yeux du noir qui n’est pas dénué de tout sens critique, le blanc a perdu de son prestige. Pour les prisonniers, quatre ans de captivité doivent être considérés comme quatre ans de propagande allemande ou autre, à base de dénigrement de l’armée française et de ses cadres.
« Au contact avec la civilisation européenne et avec le relâchement de la vie en campagne l’évolution se fait à un rythme accéléré et le tirailleur, qui est en général un jeune noir de 22 à 25 ans, crédule et assimilant mal, se gâte facilement : exemples de mauvaises tenues et de récriminations, l’usage du vin et de la femme blanche, etc…, si cette évolution n’est pas contrôlée et guidée par ses chefs.

La permanence et la qualité de l’encadrement, qui sont d’une impérieuse nécessité, ont hélas fait souvent défaut.

L’armée française a du lever d’importants contingents de Sénégalais : on leur a peut-être trop dit que la métropole avait besoin d’eux et ils se sont cru indispensables.

D’autre part, pour servir l’armement et le matériel moderne, on a du dresser parmi eux des spécialistes auxiliaires qui ont été vite recherchés. Ils ont eu récemment des contacts avec des soldats noirs de l’armée américaine, très évolués et dont la tenue, la solde ou les rations étaient les mêmes que celles des blancs. Certains ont servi dans les rangs des FFI où ils ont parfois obtenu des galons trop facilement. Que ce soit par orgueil motivé, vanité ou jalousie, ils en sont à développer une ambiance de revendication qui subsiste et dont l’objet principal est l’assimilation aux militaires européens : statut, alimentation, solde, uniforme, récompense, permission, prérogatives diverses, etc…
« Enfin très susceptibles, les noirs évolués sont devenus plus attentifs à leurs droits qu’à leurs devoirs. C’est ainsi que chez les ex-prisonniers soustraits à l’action directe de leur cadre pendant leur captivité et soumis à une propagande intensive, livrés ensuite à eux-mêmes au sortir des camps d’internement dans la période d’insurrection d’août et septembre derniers, un vent d’insubordination a pu s’élever rapidement sous le signe de l’égalité avec les blancs et de la résistance noire aux cadres européens, désormais sans prestige.
« La mutinerie de Thiaroye ne constitue pas un cas isolé. Si le fait a été nouveau en AOF et a pu surprendre, il n’a pas étonné outre mesure en France. »

Cet homme, qui a de la suite dans ses très courtes idées, poursuit son délire en ces termes :

« Le commandement a été amené à employer la force pour mater une rébellion à main armée qui aurait pu avoir les plus graves conséquences pour la ville de Dakar et l’AOF. C’était son devoir strict et il ne saurait être question de discuter les modalités des opérations de répression.
« En tant qu’officier colonial, ayant commandé des unités sénégalaises et aimant les tirailleurs, je ne puis qu’admirer le sang-froid, la patience et le savoir-faire dont le général commandant la division Sénégal-Mauritanie a donné l’exemple dans la journée du 28 novembre, puis la décision avec laquelle il a pris les mesures préparatoires à la journée du 1er décembre.
Ayant visité à Thiaroye le théâtre des événements et ayant assisté à leur description par les exécutants eux-mêmes, en parfaite concordance avec les rapports déjà fournis, j’ai pu apprécier le souci de tous de retarder et de restreindre l’usage des armes, et une fois le feu ouvert l’arrêter aussitôt. Il n’est pas de règlement qui précise le mode d’emploi de la force, sauf le cas de maintien de l’ordre vis-à-vis de populations civiles. Dans une révolte militaire d’une telle gravité l’obéissance devait être forcée par tous les moyens. Je n’hésite pas à dire que si j’avais été chargé personnellement de rétablir l’ordre dans cette circonstance, j’aurais autorisé plus tôt l’ouverture du feu sur les mutins et sans salve préalable d’intimidation en l’air. Tout retard risquait d’aggraver la nature des incidents. On ne pouvait plus attendre, ni transiger, sans perdre complètement la face et ouvrir la porte à tous les débordements.
« Ce qui frappe le plus dans le récit des acteurs, c’est l’unanimité avec laquelle ils soulignent l’atmosphère de violence qui régnait, l’arrogance invraisemblable des mutins et le caractère de leurs menaces ; puis, une fois la sanction impitoyable du feu comprise, la soumission totale de ceux-ci désormais dégrisés de leur folie collective.
« Opération infiniment regrettable, comme l’a dit le gouverneur de l’AOF qui a coûté 35 tués et 35 blessés et dont personne ne tire gloire, mais opération indispensable, justifiant chez le chef le sentiment du devoir accompli et, dont l’effet salutaire répandu au loin durera longtemps, espérons-le. » (…)


.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Fraude fiscale : la procédure opaque qui permet aux grandes entreprises de négocier
McDonald’s, Kering, Google, Amazon, L’Oréal… Le règlement d’ensemble est une procédure opaque, sans base légale, qui permet aux grandes entreprises de négocier avec le fisc leurs redressements. Un rapport exigé par le Parlement et que publie Mediapart permet de constater que l’an dernier, le rabais accordé en 2021 a dépassé le milliard d’euros.
par Pierre Januel
Journal
Cac 40 : les profiteurs de crises
Jamais les groupes du CAC 40 n’ont gagné autant d’argent. Au premier semestre, leurs résultats s’élèvent à 81,3 milliards d’euros, en hausse de 34 % sur un an. Les grands groupes, et pas seulement ceux du luxe, ont appris le bénéfice de la rareté et des positions dominantes pour imposer des hausses de prix spectaculaires. Le capitalisme de rente a de beaux jours devant lui.
par Martine Orange
Journal — Livres
Le dernier secret des manuscrits retrouvés de Louis-Ferdinand Céline
Il y a un an, le critique de théâtre Jean-Pierre Thibaudat confirmait dans un billet de blog de Mediapart avoir été le destinataire de textes disparus de l’écrivain antisémite Louis-Ferdinand Céline. Aujourd’hui, toujours dans le Club de Mediapart, il revient sur cette histoire et le secret qui l’entourait encore. « Le temps est venu de dévoiler les choses pour permettre un apaisement général », estime-t-il, révélant que les documents lui avaient été remis par la famille du résistant Yvon Morandat, qui les avait conservés.
par Sabrina Kassa
Journal
Le député Sacha Houlié relance le débat sur le droit de vote des étrangers
Le député Renaissance (ex-LREM) a déposé, début août, une proposition de loi visant à accorder le droit de vote aux étrangers aux élections municipales. Un très « long serpent de mer », puisque le débat, ouvert en France il y a quarante ans, n’a jamais abouti.
par Nejma Brahim

La sélection du Club

Billet de blog
L’eau dans une France bientôt subaride
La France subaride ? Nos ancêtres auraient évoqué l’Algérie. Aujourd’hui, le Sud de la France vit avec une aridité et des températures qui sont celles du Sahara. Heureusement, quelques jours par an. Mais demain ? Le gouvernement en fait-il assez ? (Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet d’édition
Canicula, étoile chien
Si la canicule n’a aucun rapport avec les canidés, ce mot vient du latin Canicula, petite chienne. Canicula, autre nom que les astronomes donnaient à Sirius, étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien. Pour les Grecs, le temps le plus chaud de l’année commençait au lever de Sirius, l’étoile chien qui, au solstice d’été, poursuit la course du soleil .
par vent d'autan
Billet d’édition
Les guerriers de l'ombre
« Je crois que la planète va pas tenir longtemps, en fait. Que le dérèglement climatique ne me permettra pas de finir ma vie comme elle aurait dû. J’espère juste que je pourrai avoir un p’tit bout de vie normale, comme les autres avant ». Alors lorsque j'entends prononcer ces paroles de ma fille, une énorme, incroyable, faramineuse rage me terrasse. « Au moins, j’aurais vécu des trucs bien. J’ai réussi à vaincre ma maladie, c’est énorme déjà ».
par Andreleo1871
Billet de blog
Décret GPS, hypocrisie et renoncements d'une mesurette pour le climat
Au cœur d'un été marqué par une sécheresse, des chaleurs et des incendies historiques, le gouvernement publie un décret feignant de contraindre les entreprises du numérique dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais ce n'est là qu'une vaste hypocrisie cachant mal les renoncements à prendre des mesures contraignantes.
par Helloat Sylvain