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Billet de blog 20 septembre 2010

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L'Afrique est mal partie pour prendre son envol

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Le monde " du 15 septembre dernier publie, en echo au livre célèbre de Dumont " l'Afrique est mal partie" ( 1962) ,sous la plume de Florence Beaugé et Alain Faujas, un article qui se termine par cette phrase " Magré ses relents de guerre et la corruption l'Afrique semble enfin bien partie".

Florence Beaugé est une spécialiste du Maghreb, une ancienne pied-noir qui fit de sa terre natale sa terre de thèse et d 'élection, Alain Faujas, un économiste généraliste dont la clairvoyance fut souvent prise à défaut mais écrivit sur Dumont dans "le Blog citoyen" un excellent papier.

Sur quoi se fonde leur argumentation?

1° Sur le retour sur investissements."le meilleur" selon Meeshaert Asset Management

2° Sur l'agriculture : "L'agriculture a un potentiel énorme" d'apres Mac Kensey qui estime que son chiffre d 'affaire pourrait passer de 280 aujourd'hui à 800 mille dollars en 2030

3°-un sousol qui regorge de richesse

4°-un taux d'urbanisation qui est passé et passera de 28% en 1980 à 50% en 2030.

-C'est tout.?

-Oui c 'est tout.

-C'est peu!

-Oui c est peu.
-C'est non seulement peu c 'est surtout stupide.

Un bonnet d 'âne donc pour des journalistes patentés chevronnés écrivant dans le plus grand et plus sérieux journal de France.

Car ce n'est pas parce que le retour sur investissement est fantastique, énorme, "le meilleur" que le pays va décoller ou " prendre son envol". On peut même croire le contraire. Plus le capital se rémunère moins le travail est rémunéré.PLus l'extérieur s'engraisse plus l'Afrique s'amaigrit.

C'est d 'ailleurs ce qui se passe depuis plus d'un siécle où l'on ne peut pas dire que l'Afrique qui fournit au monde pétrole, minérai cacao, cafe,manganèse, fer etc se soit enrichie, soit deevenu prospère à l'instar des pays qui viennent y prendre leur provende . Au contraire les pays les plus riches d 'Afrique, le Nigeria, l'Angola, l'Afrique du Sud, la Sierra Leone, le Zaïre, pays qui "regorgent de richesses" sont les pays les plus pauvres. Annonce t -on que l'on a trouvé du pétrole pour qu'aussitôt les populations se mettent à fuir..en masse. C'est l'exode car la richesse, si chère à nos journaleux, c'est pour l'africain pire que les criquets, la richesse des compagnies BP, Total, la richesse des grands groupes mineraliers c est d 'abord la misère du peuple, la guerre, les exactions, l'impuissance fertile de l'ONU, la faim, les viols, les destructions, les combats ethniques revisités, etc... dites Pétrole et je m'enfuis, dites richesse et je hurle de douleur.

Curieux comme des gens sérieux, écrivant dans un journal sérieux, transforment ce dernier en une feuille de choux nauséabonde . Curieux de voir comment la richesse de production d'un pays est assimilée à la richesse d 'un pays. Curieux de voir combien le PIB -production interieure brut- tient lieu de thermomètre et jamais l'IDH -indice de développement humain-Curieux de voir que les seules sources citées sont celles de cabinets d'investissement, conseillers du Prince, qui eux ne s'occupent et n'ont à s 'occuper que de l'intérêt des patrons, des gens qui les paient, et non de décrire les bénéfices réels que les pays pourront tirer de tel ou tel investissement, curieux que l'on oublie le politique, que l'on fasse semblant de ne pas s 'apercevoir que les cliques mises a pouvoir par les intérêts internationaux sont là et ne sont là que comme prédateurs chargés du silence des urnes et des douleurs.

Curieux de voir qu'en contre-point des discours angélistes de plus en plus délirants sur l'Afrique, future terre de richesse et du bonheur promis juré craché à tous les petits nègres, les récents rapports de la FAO fassent état d'une montée significative de la faim en Afrique, de la malnutrition, des fièvres et maladies tuant de plus en plus de monde ( Sida, palu).

Curieux de parler de développement agricole quand on sait que, en cas de famine, ce sont les paysans qui sont d'abord touchés car ce sont les plus éloignés de l'aide alimentaire. Ce qui signifie que face à des sols ravinés et pauvres,à l'absence de soutien technique, le paysan non seulement ne peut nourrir la population mais qu'il ne peut se nourrir lui même. 4 enfants meurent de malnutrition par jour en ce moment au Niger, au Tchad, au Mali.Leur cadavre pourrissant va t il nourrir l'agriculture que les investisseurs américains ou chinois s 'apprêtent à implanter sur les sols africains pour la production d'aliments destinés à leurs pays et à l'aide d'intrants et de techniques inutilisables, non reproductibles par les paysans africains?

Nous le savons déjà. Ouvrez les yeux, journaleux. L'utilisation des terres africaines par les investisseurs étrangers -américains, chinois, espagnols, français se fait toujours au détriment des africains car les prodduits sont des produits d 'exportation ( coton, arachide, fruits et légumes) qui ne profitent pas à des populations que l'on nourrit avec des produits agricoles subventionnés venus de ces mêmes pays et contre lesquels ils ne peuvent lutter. Car les techniques utilisées à base d'intrants et de semences stériles venus d 'ailleurs et chers utilisent des techniques ou des machines que le paysan africain ne peut se payer. Et la terre s 'épuise. Les bénéfices vont ailleurs. La terre une fois stérile est abandonnée et les africains n'ont plus alors après 10 ans de travail mal payé de salarié agricole - 50 euros par mois-que les yeux pour pleurer et les mots pour crier leur douleur leur pauvreté et le vol de leur vie comme de leur sol.

Quant au taux d'urbanisation il ne signifie rien si la ville n'offre formation et travail. Or aujourd'hui les mégapoles africaines comme Lagos Kinshasa, Le Caire qui comptent plus de 10 millions d'habitants sont surtout connus pour être des zones de non-droits ,des reservoirs de pauvres qui n'ont d 'autres issues que de se constituer en bandes, soudés par la rage et le desespoir. Ce ne sont en aucune façon le terreau d'une proletarisation possible. Il ne peut y avoir de prolétarisation sans industrialisation .Or la faiblesse des revenus ne constituent que rarement des marchés suffisants.

Evoqués en deux mots, à l'intérieur d'une même phrase, les maux de l'Afrique ( guerre et corruption) sont bien sur écartés, évincés, gommés, rabougris, squelettisés jusqu'à les réduire à des touches impressionnistes sans grande importance alors qu'ils constituent la structure même du fonctionnement économique, politique et social.

L'Afrique ne pourra prendre son envol pour reprendre l'image métaphorique de nos journaleux non le jour où l'on s'apercevra de ses richesses, -c 'est fait depuis longtemps-

non le jour où ces richesses deviendront un enjeu important dans les stratégies internationales- c 'est en train de se faire et c 'est ce que reflète l'article de Beaugé-Faujas,

mais bien le jour où la démocratie ayant progressé la redistribution des richesses permettra à une classe moyenne de se constituer, à des entrepreneurs africains de s'établir, au travail de se normaliser, à la recherche de se rétablir dans la direction des intérêts de l'Afrique et non des ogres déguisés en fées qui se penchent sur son berceau.

L'Afrique est toujours, ami Dumont, de plus en plus mal barrée pour les raisons même que tu évoquais : le seul travail qui rapporte en Afrique est la ponction opérée par les politiques sur la richesse nationale accaparée par les étrangers.

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