Mali: de l'armée et de la guerre qui s'annonce

Depuis bientôt deux  mois que le gouvernement intérimaire du Mali et les instances de la CEDEAO ont décidé de faire présenter par la F rance le dossier d'une guerre pour que le Mali recouvre son intégrité territoriale il n'est pas une semaine où ne soit nommé un représentant d'une de ces instances internationales et nationales en charge du dossier. La Cedeao avait le Président burkinabe Blaise Compaoré  comme monsieur bons offices voici qu'arrivent sur le devant de la scène nommé à Abuja, à Bruxelles à Washington , à Abidjan ou que sais je encore des représentants de l'Union Africaine, de l'Europe, Romano Prodi aussi compétent sur le dossier que ma guenon est bègue, de l'ONU, de la France et des USA bref, il y a tellement de caïmans dans le marigot  qu'il n'y a plus d 'eau !! Pour parler désert  cela peut-être s'imposait -il ?

Toutes ces personnalités imbues de leur autorité et leur importance doivent dans un premier temps décider de la place à accorder à l'armée malienne dans le cadre de la reconquête des territoires du Nord.

Or l'armée malienne n'existe pas.

Non qu'elle n'existât pas parce qu'elle a connu une sévère défaite il y a six mois mais parce qu'elle n'a jamais existé. L'armée malienne st un leurre.

Pour le comprendre il suffit de comprendre la fonction de l’État en Afrique en général et plus particulièrement au Mali. L’État africain s 'est construit à l'indépendance sur le modèle de l'état colonial.

Il en a épousé la forme et le fond et partant s 'est institué, sous la chicotte du colonisateur, en gouvernement autoritaire et nullement démocratique à charge de maintenir le statua quo c 'est à dire l'exploitation  des richesses devenues nationales par les grandes compagnies étrangères .

Nommé par le colonisateur soit à partir des anciennes chefferies sur le modèle anglais ou à partir de ses propres critères d 'excellence comme la France qui choisit des militaires issus de ses écoles ou des universitaires ou politiciens issus de son université ( Senghor ) ou de son sérail ( Houphouet), le Parti au pouvoir s'est organisé pour tirer profit de sa situation singulière puisqu' il monopolisait les sources de profit tant en interne qu'en externe. Il n'eut plus qu'à meubler les espaces politiques et régaliens de ses fidèles, affidés et  sujets à charge pour ceux ci d'obéir d'une part et de se payer sur la bête d'autre part afin de renforcer les capacités du Parti et de ses filiales d’asseoir son audience ( en achetant par exemple les oppositions)

L'armée fait partie de ces espaces c 'est à dire d'être un lieu précis non pas en charge de la défense d'un territoire que nulle autre puissance ne menaça jamais ( sauf au Congo encore que cela ne soit pas vécu comme une agression d'un autre pays) mais devant conforter une amorce de bourgeoisie d'état ayant à sa disposition le budget de la défense où elle peut  se servir – par des nominations : 58 généraux au Mali- des notes de frais, l'utilisation à des fins personnelles des matériels militaires – avions – exemple frappant du Zaïre- et voitures- mais aussi en recrutant des officiers parmi ses fils et des soldats parmi ses affidés et autres membres de sa tribu.

L'armée en Afrique et au Mali en particulier n'est qu'un pudding gras offert aux appétits voraces des enzymes gloutons qui la composent.

Bien sur certains cadres ont fait le voyage vers des centres de formation extérieurs ( Sanogo par exemple fit un stage aux USA) mais de l'avis des formateurs il s 'agissait plus de mission diplomatique entrant dans les cursus de la représentativité que de la formation à l'art de la guerre.

Et c 'est pourquoi l'armée – le concept- se défit totalement en une semaine ou pourquoi plus de 7000 hommes puissamment armés – au regard des dépenses du budget- furent défaits en moins d 'une semaine par moins de 600 hommes n'ayant que des armes modestes ( pas de chars, d' avions, de renseignements, de drones de satellites etc..).

 

 

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