Nous voguons depuis quelques semaines sur les vagues déferlantes d’une légende dont nous fêtons avec force documentaires et débats le soixante-dixième anniversaire. Nul ne peut aujourd’hui ignorer les années 36/37/38/39/40 et 41…années cruelles où la France heureuse et conquérante se retrouva à genoux et comment, coulant affolée dans le lit des routes elle retrouva le chemin de la victoire et de l’honneur grâce à un général ,rebelle visionnaire et têtu, de Gaulle.
Curieusement alors que les plus savants se succèdent tant à la radio qu’à la télévision, que des documentaires de très grande qualité joignent leurs images aux commentaires pointus et éclairés il est une part d’ombre, un non-dit, un point aveugle alors que tous les projecteurs sont braqués sur ces jours là, sur ces semaines afin que nul n’ignore.
Nous sommes en 40 pourtant et ,étrangement, par un mystère que je ne m’explique pas ,s’il est fait parfois allusion à Mers el Kebir il n’est rien dit des semaines et des mois suivants qui, entre Juillet et Novembre 1940, permirent à de Gaulle, à la France, d’exister : le ralliement de l’Empire, l’importance du Gouverneur Eboue, du combat de Dakar mais surtout des combats de Lambarené et de Libreville, là où des nègres -et surtout des nègres -assurèrent à de Gaulle une légitimité sans laquelle il n’aurait jamais ni convaincu Churchill ni les français qui le suivirent, bref sans lesquels il n’aurait jamais, lui et sa légende, existé.
En demandant l’armistice le 17 Juin Pétain rompt les engagement de Mars 40 qui engageaient les deux nations, l’Angleterre et la France, à ne pas signer d’armistice séparée. Signer l’armistice c’est déposer les armes et à court et moyen terme mettre celle-ci à la disposition du vainqueur. Or parmi ces armes il y a la marine refugiée pour partie à Mers el Kebir en Algérie. Devant le danger que représente les amitiés de son chef ,l’amiral Darlan, de mettre à la disposition de l’Allemagne nazie ce qui encore considéré comme une des meilleures force navale du monde , L’Angleterre décide de l’attaquer et de la couler. Le 3 juillet Somerville attaque les 2 croiseurs, 2 cuirassés, les 15 torpilleurs et les 6 sous-marins amarrés dans la rade…. 1300 marins français y trouvèrent la mort. Le 8 juillet de Gaulle approuve l’opération « je le dis sans ambage, il vaut mieux qu’ils aient été détruits ».
L’émotion est grande.
Surtout en Afrique, dans l’Empire, où des gouverneurs et leurs subordonnés, militaires et civils, patriotes, volontiers anglophobes par tradition, se crispent et décident alors de soutenir Vichy.
Or de Gaulle à bien compris dés Juillet 40 que la seule façon d’exister en dehors du ralliement de quelques milliers de français qui débarquent à Londres et de l’accueil qu’ils reçoivent ainsi qu’une formation poussée, que seul l’Empire, la maitrise de l’Empire, lui donnera une légitimité que ni son verbe,ni sa position de rebelle ,ni son amitié avec Churchill ne peuvent lui donner .
Aussi avec l’accord de l’amirauté anglaise décide-t-il d’attaquer Dakar et le Sénégal où le Gouverneur vient de re-affirmer son soutien à Pétain, son rejet des anglais et de de Gaulle.
Le 31 août 1940 l’opération « Menace » quitte, sous la Direction du vice-amiral Cunningham, Liverpool. Elle est forte de 15 bateaux dont le Savorgnan de Brazza . Le 22 et le 23 Septembre elle essaie de débarquer prés de Dakar et à Dakar même mais les bataillons sont repoussés. La ville est bombardée, un bateau anglais est coulé..l’amiral décide le repli. Dakar restera vichiste . C’est une cuisante défaite.
Mais les ralliements de l’Empire à de Gaulle se multiplient. En provenance de Nouvelles-Hybrides, des comptoirs de l’Inde, et surtout du Tchad Le gouverneur Eboué en se ralliant courageusement est démis de ses fonctions par Vichy et condamné à mort. De Gaulle comprend alors qu’il faut conquérir toute l’Afrique Equatoriale et de là assoir une autorité sur un territoire et attaquer les forces italiennes à revers. Mais le Gabon résiste. Leclerc débarque clandestinement au Cameroun, en barque et de nuit, avec Boislambert en provenance du Cameroun anglais, soumet rapidement le gouverneur de Douala qui comme Husson, Gouverneur du Moyen Congo ( Brazzaville) ne demandent qu’à être convaincus et met sur pied une expédition à travers les forêts équatoriales du Sud pour conquérir le Gabon . S’en suit la bataille de Lambarene . Après de violents combats en Octobre et Novembre les troupes françaises, composés surtout d’africains, entrent dans Libreville. L’Union de l’AEF est faite. De Gaulle à Brazzaville crée la Conseil Général pour la Défense de l’Empire. Eboué en est le premier Président. Leclerc peut monter sur Fort-Lamy ( devenu Djamena) et commencer une épopée qui se terminera à Paris.
De cette merveilleuse aventure, de l’importance des africains dans la reconquête du pouvoir par de Gaulle il n’en est fait nulle part allusion. Pas plus que des héros français qui participèrent à cette épopée à travers la jungle équatoriale puis peu de temps après à travers le désert saharien.
Je voulais seulement témoigner..