Ce 19 février, à la Cour Pénale Internationale, les audiences devant aboutir à l'inculpation de Laurent Gbagbo, ex-Président de la Côte d 'Ivoire pour crimes contre l'humanité, ont commencé. Selon la procureure Fatou Bensoudan l'ex-Président est visé par 4 séries d'événements . D'abord la répression de la marche des civils contre les locaux de la télévision, manifestation qui sauvagement reprimée à fait 54 morts, la repression contre la marche des femmes en Mars 2011, le pilonnage du quartier d'Abobo, et enfin les massacres de Yopoungo qui fit 80 victimes.
De nombreuses ONG, dont le Mouvement Ivoirien des Droits de l'Homme, et son Président Drissa Traoré, regrettent que Laurent Gbagbo soit le seul inculpé. Les deux camps dit-il ont tous les deux commis des crimes graves pendant la période électorale. Mais ajoutent -elles il conviendrait de prendre également en compte les crimes commis pendant toutes les années de braises, 2002-2012 quand la rebellion du Nord que dirigeait Alassane Ouattara conquerait le nord et y faisait régner la terreur.
Par ailleurs alors que débute le procès Gbagbo, Amnesty International, dans son dernier rapport fait savoir que depuis 2011 la « reconciliation nationale » est non seulement en panne mais que l'armée se livre à de graves exactions à l'encontre des anciens partisans ou supposés tels de l'ancien Président avec sinon la bénédiction de Ouattara du moins avec son assentiment .
Certes ce dernier avait déclarer inviter « tous mes compatriotes à s’abstenir de tout acte de vengeance et de représailles, sachant se retrouver dans les valeurs de pardon et d’amour. » en avril 2011 afin de rassurer la communauté internationale effrayée par les massacres de Dékoué qui, en pleine phase de « reconciliation » avait fait 80 victimes . Mais dans un rapport publié ce 26 février 2013 , Amnesty International constate l'échec de cette réconciliation, et dénonce tout particulièrement les violences commises par les forces armées et les Dozos, groupes de chasseurs qui se constituent en milices. Deux ans après, selon Amnesty International, l'armée nationale, loin d'assurer « la sécurité des personnes et des biens », se livre au contraire à des exactions graves à l'encontre des populations (exécutions extrajudiciaires, homicides délibérés et arbitraires, arrestations motivées par des considérations politiques et actes de torture). L'organisation parle de violations généralisées des droits humains.
Ses enquêteurs ont notamment visité plusieurs lieux de détention – officiels et non officiels – et ont obtenu des informations importantes concernant des personnes « en grande partie incarcérées en raison de leurs affiliations politiques ou de leur appartenance ethnique, et privées de liberté pendant des mois, sans pouvoir s’entretenir avec leur famille, ni consulter des avocats et des médecins. »
Amnesty International insiste également sur les violences commises par les dozos, chasseurs traditionnels qui continuent de faire régner la terreur aux côtés des forces armées. « Il y a bien eu des circulaires sur le fait que les Dozos ne devaient pas avoir de fonctions de police, comme ils le font, en tenant des barrages, en offrant protection, etc explique Stéphane Oberreit, le directeur de la section française d'Amnesty International, mais sans volonté politique, ces circulaires ne sont pas appliquées ».
Cette absence de volonté politique, ce silence face aux massacres, aux viols, aux atteintes généralisées aux Droit de l'être humain revêt un caractère scandaleux quand on souligne que Ouattara n'est Président que grace à l'armée française qui l'imposa par la force alors qu'elle n'en avait pas le droit et au mépris du droit ivoirien, quand on souligne que par une bien étrange manipulation et instrumentalisation de la Justice c'est Gbagbo et lui seul qui se trouve actuellement à la Haye face aux juges.