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Billet de blog 28 avril 2013

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Electricité, Afrique et Développement

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L’accès à l’électricité reste l’un des problèmes majeurs de l’Afrique qui est le continent le moins électrifié du monde. L'Afrique, amputée de l'Afrique du Nord et du la République Sud-Africaine représente 10% de la population du monde mais seulement 0,5% de sa consommation électrique. Ainsi, les coupures électriques intempestives et parfois interminables devenues presque quotidiennes dans de nombreux pays africains, que l'on appelle délestages, sont significatives de ce problème qui freine considérablement le développement économique mais aussi la vie quotidienne des habitants autant qu'urbains que ruraux ( problèmes par exemple en milieu rural de l'urgence médicale, de la conservation des médicaments, problèmes aussi pour les jeunes du travail scolaire etc..). Elles mettent en lumière l’état de délabrement des sociétés nationales d’électricité africaines dû à des difficultés financières imputables autant à des gestions catastrophiques, où l'incompétence le dispute aux détournements, qu’à de nombreux impayés  des abonnés et à des fraudes ( branchements illicites qui est une spécialité urbaine des capitales africaines) . Privatisées dans les années 1990, ces sociétés du secteur de l’électricité continuent à poser d'insurmontables problèmes en raison des moyens de production insuffisants et des réseaux de distribution vétustes.

Par exemple, la Société tchadienne d’eau et d’électricité (STEE) ne dispose que de quatre générateurs en état, d’une capacité totale insuffisante de 18 mégawatts. Ce qui provoque évidemment des délestages qui n’empêchent pourtant pas la STEE de facturer le kilowatt/heure à un prix relativement élevé, près de 300 FCFA. De même, la société publique d’électricité nigériane (NEPA) ne produit en moyenne que 3 000 mégawatts, une production largement insuffisante pour un pays qui a plus de 165 millions d’habitants.

Pour répondre à ces problèmes d’accès à l’électricité, la solution miracle des chefs d’État africains sous la pression des bailleurs de fonds a été la privatisation de ces sociétés nationales d’électricité. Presque trois quart des pays africains ont ainsi décidé de privatiser la gestion de leur réseau électrique et deux tiers ont formé des sociétés autonomes. Il semblerait que cette solution n’a finalement pas eu, dans l’ensemble, les effets escomptés.

En effet, le modèle de privatisation de la gestion du réseau électrique adopté par de nombreux pays, sous l’égide des institutions de Bretton Woods, pose de sérieux problèmes pour diverses raisons. À commencer par le manque d’investissements.

Malgré leur privatisation, beaucoup de compagnies d’électricité sont restées propriété de l’État ou sous son contrôle  ce qui permettait aux gouvernements de

1-nommer les dirigeants en récompense de leurs bons et loyaux services ceux ci n'ayant pas plus de compétence que ma guenon de comptes dans les banques suisses mais ayant en revanche des appétits et des besoins furieux. Au Sénégal le fils de l'ex Président Wade fut à un moment en charge de la compagnie nationale d 'électricité. Ces gérants incompétents investissaient peu mais exigeaient beaucoup

2-faire pression sur les prix – au titre du coût de la vie-jusqu'à ce que le courant fourni le soit à un prix souvent inférieur aux coûts de production.

Ainsi  ces compagnies électriques s'endettaient lourdement, n'entretenaient pas les réseaux, et se refusaient à toute modernisation des équipements et des infrastructures ..ce qui faisait fuir d'éventuels  investisseurs-repreneurs

L’absence de stratégie cohérente et efficace de l’État dans la gestion des compagnies nationales d’électricité avant la privatisation et des sociétés privées qui ont ensuite pris le relais, est responsable de la situation catastrophique de ce secteur sur le continent.

D'autant que sous des pression idéologique et politiques  de nombreux analystes et experts constatant que l'Afrique centrale entre autre disposait de moyens de production – barrages entre autres- énormes essayaient de mettre en place et prônaient des interconnexions de réseaux. La Banque Africaine de Développement, dont l'Agence Française de Développement est un des principaux actionnaires, a financé à coups de millions d 'euros la création d'infrastructures au Congo en pensant que les ressources hydroélectriques du Congo pouvait alimenter le Burundi et le Rwanda voir la RCA, le Congo Brazzaville et le Cameroun etc.. 

Encore une fois et sur un problème aussi crucial, alors que le Ministre français du développement durable, Monsieur Canfin est au Mali, nous voudrions répéter qu'il ne peut y avoir de développement en Afrique sur un schéma classique et pyramidal qui intègre l'énormité, la modernité technologique, les économies d 'échelle etc..Pour quelques raisons simples d'abord que les institutions africaines ne sont pas en mesure de maîtriser les investissements nécessaires à de grandes réalisations . Elles devront donc faire appel à des financements extérieurs. Qui viseront bien sur à s 'assurer également la maîtrise technique non seulement dans la conception et la réalisation mais également dans la maintenance. Ce qui reviendrait encore une fois à créer une dépendance technique et  financière à des sociétés, États, ou groupes d'intérêt. Nous redisons ici que l'avenir de l' Afrique est dans le maîtrisable financièrement, technologiquement, politiquement. Il réside entièrement dans la capacité qu'a l'Afrique de prendre en charge elle même son développement . Elle dispose de main d 'œuvre qui ne demande qu'à travailler, d 'une jeunesse qui ne demande qu'à se former, d'institutions traditionnelles de concertation  qui ne demandent qu'à revivre et se dynamiser, bref tous les éléments pour qu'un développement autonome puisse voir le jour et s'accompagne d 'une indépendance renforcée.

Il y a de nombreux projets également qui visent à créer des champs solaires de plusieurs hectares. Dont encore une fois le financement, la maîtrise technique, la maintenance ( réseaux) dépassent les capacités africaines de gestion  et suscitent des convoitises déclarées de captation de rentes. Seule la décentralisation des projets, le petit, le multiple, le flexible, le collectif est aujourd'hui en Afrique à l'ordre du jour. Mille petits projets de  4 panneaux  plutôt qu'un projet de 4000 panneaux.

Les économies d 'échelle ne nous permettront jamais de franchir le mur de la dépendance

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