J'emprunterai à « Jeune Afrique » le compte rendu qu'il donne de la dernière réunions des chefs d 'Etat de la CEDEAO .Je partage tout à fait cette analyse écrite dans un style alerte et particulièrement clair.

J'ajouterai seulement que selon diverses ONG dont les antennes sont encore en place au Mali les militaires maliens sont encore accusés d'exactions diverses, pillages, emprisonnements, sévices, à l'encontre des populations civiles. Il semblerait en fait qu'il s 'agit de matériel militaire ( pick up, armes) mis à la disposition de bandes armées qui accompagnées de militaires en uniforme se livrent à de telles pratiques.

Effectivement en dehors des djihadistes rebelles, avec eux, contre eux, ou en dehors du conflit, il y a au Mali beaucoup de groupes armées plus ou moins organisés dont le but est de façon évidente de piller, de se venger, de liquider de vieilles querelles de vieilles jalousies.

Par ailleurs il semblerait que le conflit entre bérets verts – partisans de Sanogo et du coup d 'Etat et les bérets rouges - parachutistes-qui s 'y étaient opposés, soit réglé. Un chef de bataillon a été nommé et ils devraient, les bérets rouges, monter en ligne rapidement.

« De réunions en réunions, de déclarations d’intention aux promesses de tout genre, les chefs d’États de la Cedeao ne font qu’ajourner l’intervention des troupes de leurs pays au Mali, depuis l’offensive militaire de l’armée française du 11janvier. Sans arrêt, ils continuent de conditionner leurs engagements aux décaissements des neuf-cents millions d’euros nécessaires à l’opération.

Que des Français se fassent, de temps à autre, canarder par les jihadistes fondus dans le massif des Iphoras, que les Tchadiens soient, par dizaines, fauchés par les snipers fanatisés, les dirigeants africains jouent aux spectateurs compatissants, égrenant à l’occasion des larmes émues sur les cadavres des soldats qui s’amoncellent. Ils attendent, avant d’aller soutenir leur voisin agressé, que les occidentaux leur allongent la monnaie. Ils ont beau invoquer la légendaire solidarité africaine, philosopher sur la destinée commune des pays frères, cette attitude relève, à tout le moins, d’une apathie singulière, à moins qu’il s’agisse de la mauvaise foi.

 Certes, des régiments d’infanterie et quelques corps expéditionnaires des armées sous-régionales ont déjà débarqué au Mali, mais leurs nombres, par rapport aux prévisions annoncées, sont si insignifiants que cela frise le service minimum. Le Nigéria, puissance régionale, peut prétexter avoir forte affaire dans son arrière-cour avec les illuminés de la secte Boko Haram ; la Côte d’Ivoire, saignée par le conflit post-électoral, est toute concentrée sur sa convalescence mouvementée. Le Sénégal, occupé à solder les comptes de l’ex-pouvoir Wade, préfère retenir à la maison ses troupes. Quant au Ghana, fidèle à sa réputation, il reste plutôt préoccupé par ses affaires domestiques.

Les armées ouest-africaines sont mal équipées, mal entrainées, peu habituées aux terrains âpres du Sahel et du Sahara.

En fait, les armées sur lesquelles pesait quelque espoir d’engagement sérieux aux côtés des troupes françaises et tchadiennes, trainent les pieds malgré les promesses renouvelées des chefs d’État, malgré la pression diplomatique et parfois irritée de la France. On retrouve là les hésitations, les fuites en avant qui avaient caractérisé la Cedeao lors de l’occupation Nord-Mali. Pendant plus de six mois, chefs d’états-majors, généraux aux torses étoilées avaient multiplié les réunions, défini les stratégies d’intervention, proposé des plans de reconquête.

À l’issue de chacune de ces concertations, la même ardoise était souvent brandie aux donateurs internationaux. Comme si le seul décaissement de millions d’euros aurait permis aux forces de la Cedeao de triompher des jihadistes. En fait, cette posture qui avait inspiré la dernière offensive des islamistes, cachait une réalité fort préoccupante : les armées ouest-africaines sont mal équipées, mal entrainées, peu habituées aux terrains âpres du Sahel et du Sahara. En plus, les médias occidentaux ont tellement parlé du supposé surarmement des forces d’occupation que l’idée que les troupes soient décimées devenait une psychose pour les états-majors. »

Si les chefs d'Etat et d'Etat-major tardent tant à engager leurs troupes ce n'est pas en raison d'un "surarmement" supposé des rebelles. Les services de renseignement des différents pays avec l'aide des puissances occidentales doivent, je pense, leur donner toutes les informations dont ils ont besoin sans s 'en référer aux «  médias ».

Cela tient surtout au fait que les armées africaines n'ont d'armées que le nom.

 L'armée, en Afrique,  est d 'abord non une formation ni une mission de sécurité mais une variable d'ajustement politique. On nomme général quelqu'un que l'on veut amadouer et rémunérer sans qu'il soit obligé à quelque tâche que ce soit. L'armée est un corps de cooptation car il est l'une des sources de financement d' un secteur de la classe dominante. Tout le monde sait , en Afrique, que l'essence affectée à l'armée est utilisé le plus souvent pour des usages privés. Les avions militaires au Congo-Kin étaient devenus des avions de compagnie où nombre de commerçants et de civils payaient leur passage . Les pièces détachés du matériel militaire se retrouvent sur tous les marchés.

Dans beaucoup de pays africains le personnel militaire domine la bureaucratie officielle et le budget militaire domine le budget national . Les pays les plus pauvres sont généralement ceux qui dépensent le plus .L'Afrique dépense proportionnellement plus pour ses armées que n'importe quelle région du monde excepté le Moyen Orient

Selon Luc Mampaey,  auteur d'un rapport et responsable d' un  Groupe recherche sur l'armement les dépenses militaires mondiales pour l’année 2008 (1 464 Md $) ont augmenté de 47 % par rapport à l’année 1998, date ou elles s’établissaient alors à 834 Md $, « c’est-à dire le niveau le plus bas de la période 1998/2008 ». Ces dépenses pour 2008 représentent 2,4 % du produit intérieur brut mondial et environ 217 dollars par habitant. À eux seuls, les États-Unis comptent pour 41,5 % de ce total.

L’Afrique, quant à elle, avec 20,4 Md $ de dépenses militaires en 2008 est la zone qui a vu la hausse de ses dépenses militaires augmenter de 83 % depuis 1998. Deux pays à eux seuls absorbent 35 % de ce chiffre : l’Algérie (3,9 Md $) et l’Afrique du Sud (4,1 Md $). Mais les autres pays, en paix pour la plupart, voient leur budgert aaugmenter.

Or d'évidence les armées africaines sont militairement parlant  inexistantes bien que depuis des décennies elles soient l'objet de toutes les attentions non seulement, on le voit, financières mais aussi en termes de formations, entrainements, stages. La France mais aussi les USA sont les grandes pourvoyeuses de stages où le personnel sélectionné qui, en France passe par St Cyr aprés  Rochefort, devient un ambassadeur comptant non seulement dans le champ de  l'armement mais dans le champ politique. Le stage de Sanogo aux USA n'est pas innocent et je ne crois pas une seconde qu'il ait manigancé son coup d 'Etat sans l'appui et l'oreille des USA son mentor.

Ainsi voit-on des armées impuissantes, incapables, composés d'abord d'une clientèle à tous les strates de la hiérarchie qui n'ont de militaires que l'uniforme qu'ils arborent pour commettre en toute impunité toutes les exactions qu'ils souhaitent, car, malgré les budgets, disparus dans les poches des hauts responsables,  ils doivent, pour survivre, se payer sur l'habitant qu'ils sont sensés protéger.

Dans ces conditions on comprend mieux que les chefs d 'Etat de la CEDEAO soient peu désireux de voir leurs soldats au pied du mur comme le furent les soldats maliens en janvier 2012 qui à Aguelhock s'enfuirent dés les premiers coups de feu et n'eurent de cesse que d'abandonner leur uniforme pour se perdre dans la foule : ils n'avaient plus d 'essence pour les véhicules, plus de munitions pour les fusils, plus de chefs pour les commander...bref plus rien.

 

 

 

 

 

 

 

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