LA MORT DE NAOMI MUSENGA: UN SYSTEME DE SANTE EN QUESTION(S)

La mort (évitable? l'enquête le dira peut-être) d'une jeune femme à Strasbourg le 29 Décembre 2017 nous interpelle sur l'organisation des urgences en France et plus globalement sur notre système de santé.

Nous ne reviendrons pas sur les circonstances de la mort de Naomi Musenga après son appel de détresse auprès des pompiers puis du SAMU de Strasbourg le 29 Décembre 2017. Tous les intervenants qui se sont exprimés sur les médias conviennent d'un dysfonctionnement majeur qui a abouti à cette tragédie . L'écoute de l'échange entre la victime et le SAMU , publié par les médias , est effectivement glaçante:

https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/strasbourg-le-samu-a-t-il-commis-une-erreur-mortelle_2743155.html
Au-delà de la tragédie c'est aussi , une fois de plus hélas , l'occasion de s'interroger sur la pertinence du système de prise en charge des urgences tel qu'il fonctionne actuellement et qui , manifestement , n'est plus adapté à la croissance exponentielle de son activité et à l'attitude de la population à l'égard du système de santé , une attitude marquée de plus en plus en plus par le consumérisme , l'impatience et bien souvent l'irresponsabilité vis-à-vis de sa propre santé. Ce qui , bien entendu , n'excuse rien.
Du côté de l'institution il me semble que les deux tares de la société française que sont le centralisme et l'hospitalocentrisme n'aident pas à une gestion saine des besoins. En effet , ce mode de fonctionnement , favorise le burn-out et il est “facile” au bout de 10 heures de régulation intensive de se tromper sur un appel pour douleur abdominale ou céphalée. Par ailleurs , il ne faut pas oublier qu'à la Réunion , nous avons en soirée et la nuit , en plus des urgentistes hospitaliers qui gèrent les cas graves , des médecins généralistes libéraux qui font cette activité après une journée de travail.
Dès lors , est-il vraiment inconcevable d'imaginer un système de régulation de proximité (en collaboration avec les pompiers, pourquoi pas?) en étroite liaison avec un organisme coordinateur pour la gestion des moyens très lourds tels que les moyens aéroportés? Est-il inconcevable d'impliquer tous les médecins (y compris peut-être les spécialistes) dans la gestion des urgences? Est-il inconcevable de limiter les sessions de régulations à 6 ou 8 heures d'affilée (la proximité permettant , par des trajets moins longs , de multiplier sans fatigue excessive le nombre de participations)? Est-il inconcevable de multiplier des centres médicaux d'accueil d'urgence de proximité avec un petit plateau technique susceptible de traiter les urgences bénignes qui encombrent de manière incongrue les urgences hospitalières? Mais cela suppose aussi une autre gestion de l'hôpital.
Il est vrai que depuis longtemps le système de santé français obéit à des logiques technocratiques , comptables et idéologiques. Il a beaucoup perdu de son caractère sanitaire. Le gouvernement actuel promet des bouleversements. Dans quel sens? C'est à voir.

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