KamalAM
Abonné·e de Mediapart

2 Billets

0 Édition

Billet de blog 8 janv. 2015

A nous tous

KamalAM
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

À tous ceux qui se réveillent difficilement ce matin, la boule au ventre, et se disent : et après ? 

À tous ceux qui n’étaient pas d’accord avec Charlie Hebdo, qui ne le lisaient plus depuis des années, mais qui ont le sentiment aujourd’hui d’avoir perdu une partie d’eux-mêmes, comme ces proches avec qui l’on débat sec pendant les repas de famille, avec qui l’on s’écharpe souvent, mais sans pouvoir imaginer être privés de leur présence ;

À tous ceux qui sont mal à l’aise avec ces appels si unanimes, si opportunistes parfois, à se ranger derrière les bannières d’une République que chaque orateur habille à sa façon, mais qui sentent, de manière un peu confuse, un peu lointaine peut-être, qu’il y a, dans ce vieux mot intimidant, les ferments d’un « vivre ensemble » à construire ;

À tous les sans-papiers, les immigrés et filles et fils d’immigrés, et à tous ceux qui se battent à leurs côtés depuis des années, et contre vents et marées, pour que l’Autre, l’Etranger, cessent d’être cette figure de rejet de plus en plus répandue, et qui devront  redoubler d’efforts dans les mois et années à venir ;

À tous ceux qui, en France et dans le monde, n’arrivent pas à se figurer que l’on puisse, comme cela, entrer dans un bâtiment, y abattre froidement et un à un des hommes sans défense, et prendre la fuite, le tout au nom d’ « idéaux » autoproclamés ; à tous ceux, croyants et incroyants, que cet événement ébranle au plus profond de leur humanité ; à ceux pour qui cette violence, aussi fréquente l’est-elle malheureusement dans ce monde, reste insoutenable, insupportable ;

À nous tous ;

Je nous souhaite le courage de penser : malgré ces effluves d’émotions qui peuvent si facilement nous pétrifier ; malgré tous les esprits belliqueux qui seraient bien contents, justement, que l’on ne pense plus ; malgré cette foutue « guerre des civilisations » qui n’existe que lorsqu’on la proclame et qui nous empêche de dire autre chose que « pour » ou « contre », « gentil » contre « méchant » ; malgré tous ces diseurs de vérité, d’où qu’ils viennent, car la vérité ne se dit pas, mais se débat et se construit ensemble, au point de rencontre des vérités des autres.

Je nous souhaite le courage de l’utopie et de l’imagination, le courage d’être, avec  Edouard Glissant,  les artisans d’un monde créolisé contre tous les vendeurs d’identités essentialistes et repliées sur elles-mêmes.

Je nous souhaite le courage d’aimer, car l’amour reste, même les lendemains de drames, cette « aventure obstinée » qui « redéploie le monde à travers le prisme de notre différence » (Alain Badiou).

Car pouvons-nous faire autre chose que penser, rêver, et aimer ? N’est-ce pas cela que nous portons sur nos épaules, et qui est notre si fragile, si éphémère « condition humaine » ?

Je nous souhaite tout le courage qu’il faut pour la porter, haut et fort.

Kamal Abdul-Malak.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — International
Comment les Chinois ont corrompu les Kabila pour un contrat minier géant
Une société-écran, alimentée par deux sociétés d’État chinoises détentrices du plus gros contrat minier de l’histoire de la RDC, a versé au moins 30 millions de dollars à la famille et au premier cercle de l’ancien président Joseph Kabila. Sa famille a aussi obtenu en secret des parts dans l’autoroute et le barrage liés à la mine.
par Yann Philippin et Sonia Rolley (RFI)
Journal — International
Des millions volés à l’État ont financé un retrait de cash par le directeur financier de Kabila
L’entreprise congolaise Egal, qui a détourné 43 millions de dollars de fonds publics en 2013, en a reversé 3,3 millions sur un compte de la présidence de la République de RDC afin de compenser un retrait d’espèces effectué par le directeur financier du président Joseph Kabila.
par Yann Philippin
Journal — International
Russie : pourquoi le Kremlin veut en finir avec Memorial
L’historien Nicolas Werth explique les enjeux de la possible dissolution, par la justice russe, de l’ONG Memorial. Celle-ci se consacre à documenter les crimes de la période soviétique, mettant ainsi des bâtons dans les roues du roman national poutinien.
par Antoine Perraud
Journal — France
Mosquée « pro-djihad » : au Conseil d’État, le ministère de l’intérieur se débat dans ses notes blanches
Vendredi 26 novembre, le Conseil d’État a examiné le référé de la mosquée d’Allonnes (Sarthe), qui conteste sa fermeture pour six mois ordonnée par arrêté préfectoral le 25 octobre. Devant les magistrats, la valeur de feuilles volantes sans en-tête, date ni signature, a semblé s’imposer face aux arguments étayés de la défense. Compte-rendu.
par Lou Syrah

La sélection du Club

Billet de blog
« Ailleurs, partout » : d’autres images des migrations
« Ailleurs, partout », d’Isabelle Ingold & Vivianne Perelmuter, sort le 1er décembre. Le documentaire offre une passionnante réflexion sur les paradoxes de la géographie contemporaine, entre fausse ubiquité du cyberespace et vrais obstacles aux migrations. Rencontre avec les deux réalisatrices. (Entretien avec Nashidil Rouiaï & Manouk Borzakian)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
« Atlantique », un film de Mati Diop
Des jeunes ouvriers au Sénégal ne sont pas payés depuis plusieurs mois rêvent de partir pour l’Europe au risque de leur vie. Ada, amoureuse de l’un de ces hommes, est promise à un riche mariage contre son gré. Les esprits auront-ils raison de ces injustices ?
par Cédric Lépine
Billet de blog
« Murs de papiers »
[Archive] Olivier Cousin, dans son dernier film, nous donne à voir ce qu’est la vie des sans-papiers à travers une permanence d’accueil de la Cimade : des chemins de l’exil aux mille dangers, des parcours du combattant face à une administration française kafkaïenne, la fin de la peur et l'espérance en une vie meilleure, apaisée.
par YVES FAUCOUP
Billet de blog
Avec le poids des morts
« Chaque famille, en Côte d'Ivoire, par exemple, est touchée. Tu vois le désastre, dans la mienne ? On assiste à une tragédie impensable ». C. témoigne : après un frère perdu en Libye, un neveu disparu en mer, il est allé reconnaître le corps de sa belle-sœur, dont le bateau a fait naufrage le 17 juin 2021 aux abords de Lanzarote, à Orzola.
par marie cosnay