Supprimons le ministère de la ville !

11 janvier 2015 ! Cette date rejoindra les manuels d’histoire, voyant nos concitoyens participant par millions au rassemblement le plus important depuis la libération pour défendre la liberté d’expression et condamner les tueries de Français… par des Français !

Depuis une vingtaine d’années, les populations les plus vulnérables expriment une véritable défiance à l’égard des organes politiques traditionnels. Il est essentiel de reconnaitre que la situation sociale de certains Français les met dans une situation fragile, les transformant en proie facile à chasser pour le fanatisme religieux. La gauche et la droite ont échoué dans leurs politiques d’inclusions des populations immigrées récentes et dans l’accès à la citoyenneté active de leurs enfants, Français. Certains ne se reconnaissent pas dans le pays qui les a vu naitre, ou pire se retrouvent à suivre le chemin sinueux des barbares. D’autres ne trouvent d’espoir que dans l’expatriation malgré des parcours scolaires exemplaires.

            Et maintenant, on fait quoi ?

Marchons sur les pas de Mendes-France, né un 11 janvier ( !), il y a 108 ans. Il représente le symbole d’une conception exigeante de la politique. Les élus de la nation en ce moment exceptionnel se doivent plus que jamais d’être irréprochables et nos concitoyens sans concessions.

Les jeunes Français doivent avant tout respecter les règles de la République…mais ils ne les respecteront qu’à partir du moment où ils se sentiront en faire partie.

Au mot diversité qui revient à catégoriser une frange entière de nos compatriotes, préférons le mot de « représentativité ». Je me refuse à me définir comme « Français issu de la diversité ». Je suis Français « issu du Pays d’Olmes » au cœur de l’Ariège et riche de l’héritage berbère marocain de mes parents.

Si gouverner, c’est prévoir, il faut établir une communication permanente avec la jeunesse de ce pays, des zones urbaines et rurales.

 

1/ Supprimons le Ministère de la Ville. Faire porter par le seul ministère de la Ville, la politique de la Ville est une erreur politique, qui fragilise cette institution et cantonne la démarche uniquement aux quartiers. L’existence même de ce ministère donne l’impression à nos compatriotes des zones rurales d’être délaissées et aux habitants des quartiers d’être pointés du doigt. La politique d’inclusion doit être portée par l’ensemble des acteurs publiques.

2/ Créons, à la place, un Ministère de la citoyenneté, notion plus inclusive, que je  préfère à celle d’intégration. Un Français est par essence intégré, mais est-il citoyen, au sens engagé et impliqué dans la société à laquelle il appartient ? Le travail doit se faire, auprès des parents, dans les écoles où les fantassins de la République sont au front dans une indifférence qui n’a d’égale que leur leur passion,  et dans le milieu associatif qu’il faut soutenir dans les villes et les zones rurales. Il faut, enfin, réellement développer, comme l’a souhaité le Président de la République le secteur économique sociale et solidaire.

3/ Vive Internet ! Retissons les liens entre les Français par la mise en place de réseaux d’entraide, d’activités interculturelles, intergénérationnelles sur le modèle de la toile.

Structurellement, intensifier la politique de mixité sociale dans le logement, en ne pénalisant pas les villes qui ne la respectent pas, mais en les encourageant à la respecter par un système de bonus.

 

Créer un « Forum Citoyen » qui, à l’image du principe d’Internet et en s’appuyant sur lui favorise les échanges dans les deux sens.

 

Sur le fond, organiser un travail sur l’histoire, la mémoire. Jepense sincèrement et j’ai prouvé au cours d’actions menées dans les villes et les campagnes qu’un minimum d’échanges conduit à une décristallisation. Comme le décrit un proverbe africain, « un arbre qui n’a pas de racines solides, ne peut grandir et s’élever». Nos jeunes doivent connaitre leurs racines, l’histoire de leurs parents et en être fier. Cette histoire de l’immigration doit être connue de tous les Français et l’histoire de France et du monde doit inclure celles des civilisations du maghreb et du fait religieux.

 

4/ Oublions la diversité ! Valorisons les parcours méritants !

            Préférons-lui la notion de « représentativité ». Dés-ethnicisons  le débat pour apaiser les tensions et garantir l’unité nationale.

            Faisons en sorte que nos institutions soient représentatives de la société Française dans son ensemble. J’en ai assez des strapontins-alibis concédés au titre de « la diversité ». Je veux simplement que la représentation politique devienne à l’image du pays réel, populaire et créative.

            Des nominations symboliques à des postes visibles dans les organes politiques et les entreprises publiques doivent intervenir rapidement sans qu’aucune de ces nominations ne puissent prêter le flanc à la critique. Au-delà du symbole et des valeurs, la diversité des origines des décideurs est un atout à l’heure de la mondialisation et globalisation. Alors soyons pragmatiques !

            Enfin, certes des droits, mais le citoyen à d’abord des devoirs, celui de respecter les règles et lois de la république qu’elles lui plaisent ou non.

 

5/ Punissons ! sans faiblir, ceux qui entachent notre pays et écorchent le pacte républicain

 

            Partout, Neuilly, à Sevran, ou en Ariège, la justice doit agir vite, fermement et justement. C’est l’ordre juste qui donnera le sentiment à toutes les composantes de notre société d’appartenir à la communauté nationale. La prison, lorsqu’elle est le dernier ressort, ne doit pas creuser les stigmates du désespoir et de l’exclusion, et remettre les jeunes sur le chemin de la citoyenneté.

            Il faut être convaincu que les jeunes ne sont pas un problème mais une partie de la solution en refusant le misérabilisme et mettre en valeur le potentiel créatif et civique en favorisant la prise d’initiative individuelle et collective.

            Je refuse la fatalité et crois que l’action politique doit anticiper, faire progresser tout le monde, et bâtir des solidarités qui permettent à chacun de conduire et de réussir sa vie en France au sein de la communauté nationale.

 

Ne perdons pas l’esprit du 11 janvier 2015 en hommage aux victimes de la barbarie.

La République pour tous, doit devenir une réalité pour chacun.

Alors, et maintenant, on le fait ?!

Je suis Français,

Je suis Ariégeois,

Je suis Musulman,

Je suis Kamel Chibli.

Et vous ?

 

Par Kamel Chibli,

Militant associatif,

Membre du Bureau National du Parti Socialiste,

Secrétaire national à l’Exclusion et au Handicap.

 

 

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