Halte-moi! Que je reprenne mon souffle aussi

Faire halte, c'est faire face à soi, aux autres, et reprendre le temps dans sa main pour lui dire qu'il nous a manqué.

Il est petit ce mot, mais si bienveillant : HALTE.

Il est ce à quoi nous sommes rendu.e.s toutes et tous aujourd'hui, à faire une halte, à nous arrêter de tourner sur nous-même, de courir, de voyager, de produire.

Pour qui n'est pas en train de combattre pour sa vie, cette halte est une véritable puissance.

Alors on appelle Victor Hugo, lui qui a tout interrogé ou presque ; on se replonge dans Les Misérables et l'on trouve ceci :

"La halte, c'est la réparation des forces ; c'est le repos armé et éveillé ;

c'est le fait accompli qui pose des sentinelles et se tient sur ses gardes.

La halte suppose le combat hier et le combat demain1".

Chaque mot est un elixir. Réparation. Forces. Repos armé et éveillé. Sentinelles. Garde. Combat. Hier. Demain.

Faire halte, ce n'est pas ne rien faire. C'est au contraire agir. C'est être un soldat de la pensée, celui qui regarde le paysage de ruines à ses pieds et décide de ne pas y retourner aveuglément considérant que ça suffit ; que l'épuisement général et les morts, tout ça, ça suffit. C'est cet instant-là de reconnaissance.

Laissez-nous donc nous halter. "Ce que nous appelons ici combat peut aussi s'appeler progrès" poursuivait Victor Hugo. Ce progrès-là, qui n'a rien de financier non : ce mouvement vers l'avant, vers l'autre en face, vers la roche, les nuages, l'ailleurs, l'imaginaire, nous en avons cruellement besoin. Nous ne sommes pas à l'arrêt comme des endormi.e.s. Nous n'allons pas produire ces jours un nouveau baby boom comme si faire la bête à deux dos était la seule chose que l'on soit capable de faire dès lors que l'on se retrouve confiné.e chez soi. Nous sommes sur nos gardes, en train de mener une lutte, l'une des plus importantes du siècle, qui consiste à ne pas retourner, demain, sur le champ de bataille comme si rien ne s'était passé, mais à y revenir lorsque nécessaire plus éclairé.e.s que jamais.

1. Les Misérables, Bibliothèque de La Pléiade,  Gallimard 1951, § Quelques pages d'histoire, p.845.

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