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Billet de blog 16 oct. 2021

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LETTRE À UN RESPONSABLE POLITIQUE PAR TEMPS DE CRISE SANITAIRE

REVENIR À LA MESURE ET AU DIALOGUE

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Genève, le 16 octobre 2021. 

Cher Monsieur le Conseiller Fédéral et Chef du Département Fédéral de l’Intérieur Alain Berset,

En 2007 Micheline Calmy-Rey, alors Présidente de la Confédération, répondait à la sordide campagne de l’UDC présentant des moutons blancs boutant hors de notre pays un mouton noir en déclarant que le peuple suisse n’était pas un peuple de moutons. 
Elle avait raison. Nul peuple n’a à être considéré comme un peuple mouton.

Le 16 juillet dernier, en matière de lutte contre le Coronavirus, vous déclariez vouloir prendre des mesures « adaptées à notre ADN politique » et que « le rôle du Conseil fédéral n’était pas de dire aux gens ce qu’ils doivent faire, mais d’apporter des choix ». Vous vous prononciez alors contre le passe sanitaire.
Le 8 septembre, vous l’imposiez cependant.
Vous déclarez désormais qu'il ne sera levé que lorsque la Suisse aura atteint « 70% de personnes vaccinées ». 
Aussi je m’interroge. Pourquoi ce chiffre ? Et pourquoi ce revirement ?

Notre pays n’est pas un pays d’aveugles, un pays fait d’obscurantisme, ou d’extrémisme. Notre pays a une histoire médicale riche de différentes pratiques, dites naturelles ou conventionnelles. Une part de sa population vit proche de la nature, avec elle, ou grâce à elle. Et le droit à l’autonomie est un droit premier. Nous avons ainsi notamment le droit de choisir notre médecine, notre pourcentage de travail, et notre mort.

Ceci, Monsieur le Conseiller Fédéral, vous le savez.

Pourquoi dès lors avez-vous décidé de suivre les décisions politiques de pays voisins et d’imposer le passe sanitaire afin de mettre la pression sur la part de notre population réticente à se faire vacciner ? Au nom de quelles vérités scientifiques ou droit absolu vous, qui n’êtes pas médecin et contre l’avis de nombreux médecins, affirmez-vous avec tant d’aplomb que seule la vaccination de masse est LA solution au virus ?
Un être humain est une personne différente d’une autre, sa santé se compose de milliers de facteurs. Il n’y a pas de masse humaine, mais des êtres, différents. Complémentaires. Il n’y a pas de troupeau et face à toutes les crises, toutes les maladies, il n’y a jamais une seule réponse, mais des réponses complémentaires. 
Et ceci, Monsieur le Conseiller Fédéral, vous le savez.

À l’Assemblée nationale française, Mme Laurence Muller-Bronn, Députée du Bas-Rhin, du groupe des Républicains, a le 14 octobre dernier déclaré : « Ceux qui osent douter de la vaccination obligatoire seraient d’obscurs complotistes. Pourtant, parmi eux, on trouve des institutions très sérieuses comme l’Académie de médecine  qui s’est prononcée CONTRE une troisième dose généralisée, comme le professeur Alain Fischer, monsieur vaccin du gouvernement, qui se prononce CONTRE la vaccination obligatoire, « le contexte actuel ne le justifiant pas », comme le Conseil de l’Europe dans sa résolution du 27 janvier 2021 qui  demande à ce que la vaccination ne soit PAS OBLIGATOIRE et qui affirme que PERSONNE NE DOIT SUBIR DE PRESSIONS politiques sociales ou autres pour se faire vacciner. »

La philosophe Barbara Stiegler indiquait lors d'une interview donnée le 2 août dernier (Marianne) que « ce dispositif n’offre en réalité aucune garantie sérieuse pour protéger notre santé. »

La philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury indiquait dans une interview donnée au Temps  le 7 juin dernier : « Le risque? La banalisation de l’état d’exception qui entrave les libertés. »

Ces personnes sont d'appartenances politiques différentes, mais leurs avis convergent quant aux fractures douloureuses pour la société que l'obligation (le mot n'a rien d'anodin) du passe provoque.

Récemment 4 pays, la Finlande, la Suède la Norvège et le Danemark, ont interdit le vaccin Moderna pour les hommes jeunes en raison des risques encourus. Dans la foulée, le canton Vaud le suspend. La France suit. Qu'en est-il de celles et ceux qui l'ont déjà reçu... ?
Les vaccins ARN messager sont toujours en phase expérimentale, jusqu’en 2023. 

Tout ceci, Monsieur le Conseiller Fédéral, vous le savez.
Il n’y a pas de consensus scientifiques et médical autour de la vaccination contre le SARS-CoV-2.
Vous le savez.
Les médecins de famille ont les moyens de lutter contre le virus, en faisant du cas pas car, en usant de TOUS les moyens possibles. 
Vous le savez.
Si des personnes décident de perdre leur emploi plutôt que de se faire vacciner, ce n’est pas par obscurantisme, mais parce qu’elles ont analysé les risques et considèrent ne pas vouloir les prendre. 
Vous le savez parfaitement.

Vous avez pris une décision non pas politique, mais politicienne. C’est un pas très dangereux en matière de démocratie que celui-là, car ce sont ces pas-là qui poussent une population à traiter le monde politique de « menteur », et à lui tourner le dos.
Et vous le savez aussi.

Vous engagez ces jours-ci 96,2 millions de francs (!) pour « informer » l’ensemble de notre pays de la valeur de la vaccination, alors même qu’ailleurs, dans les EMS, les hôpitaux, au sein des écoles, de très dures économies sont demandées.
Les dépenses engagées pour la mise en place du passe afin de contrôler les entrées de bâtiments privés et publics sont vertigineuses.
Les services d’urgence en pédiatrie accusent une augmentation de cas de maladies enfantines graves depuis des mois, arrivant à saturation. Les services de prise en charge d’urgences psychiatriques débordent, partout. Et l’argent manque, au plus près de ces secteurs. Et la misère sociale et psychique se creuse, en tous ces endroits. 
Et vous le savez.

Dans de nombreux pays, les ressources utilisées contre le coronavirus ont fait terriblement reculer la lutte contre d’autres maladies, bien plus dangereuses, telle la tuberculose ou le VIH.

La vaccination de masse, l’imposition de contrôles, n’est pas une solution, mais l’aggravation de fragilités sous-jacentes. Il est honteux de voir des étudiant.e.s sortir leur pièce d’identité pour avoir le droit d’étudier ou d’aller à la bibliothèque, honteux de les voir sortir une pièce d’identité pour aller danser, honteux de ne pas faire confiance à la réflexion des experts, et à leurs mises en garde.
Et tout ceci, bien sûr, vous le savez.

Aussi, lorsque vous déclarez que « chaque vaccination nous rapproche de la sortie », de quelle sortie parlez-vous ? Pourquoi avoir abandonné le droit au doute pour l'imposition de la certitude ? Pourquoi avoir choisi la contrainte et l'obligation dans un pays à l'ADN ancré dans la diversité ?

Il nous faut reprendre le chemin commun du dialogue, et de la confiance, revenir à la raison, et au respect. Il nous faut cesser de naviguer par les menaces et les pressions. La peur  n’a jamais été, en politique, un bon gouvernail. Et ça aussi, Monsieur le Conseiller Fédéral, vous le savez. Vous le savez parfaitement.

Avec l’expression de mon attachement au dialogue, à l'action politique, et à la démocratie,

Et avec mes meilleurs messages,

Karelle Ménine

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