À TOI : SI BEL ENERGIQUE ENNUI!

Nous, confiné.e.s, au luxe d'un certain confort, recevons ces jours masse de propositions de connections virtuelles : des rendez-vous apéritifs, de yoga, de concerts, de jeux en groupe... Et nous agendons ces nouveaux-rendez-vous en souriant, lucides face au piège.

Laissez-nous je vous prie. Laissez-nous à cet endroit-là.
Laissez-nous jusqu’à épuisement suivre le chemin des nuages.
Laissez-nous épouser ce mot-là en profondeur car il est essence de tout : ENNUI.
Laissez-nous infuser avec lui.
Sommes-nous en ces temps si complexes en manque de liens ? OU sommes-nous en difficultés face au « vide » ?
Netflix et Amazon explosent, les institutions culturelles multiplient les partages de films et de photographies, nombreux artistes y vont de leurs promotions cuisine et EasyJet réduit ses frais pour qui commande ses billets d’avions pour ses vacances 2021.
IS ALL THIS REAL ?
Laissez-nous non occuper notre temps mais le prendre contre nous et le bercer jusqu’à la lie, nous qui en avons la possibilité.
Le virus économique s’adapte aux situations qui le fragilisent et il y en a deux qu’il craint plus que toutes : la faim et le temps. Si nous avons faim, nous hurlerons contre les cathédrales. Si nous avons le temps, nous bâtirons des pyramides. Alors le système a conçu une barrière d'autodéfense : l’occupation.
Le Covid-19 tue. Il mange des vies. Regarder ailleurs, c’est poursuivre la mascarade. Nous occupons notre temps en attendant que le beau ciel revienne. À l'aube, victorieusement, nous nous raconterons nos traversées. Nous aurons quelque chose à en dire.
Leonardo Da Vinci imposait, lui, un exercice à ses élèves : regarder une tache sur un mur des heures durant : « Vous pourrez y voir les similitudes de différents pays, ornées de montagnes, de rivières, de pierres, d'arbres, de grandes plaines, de vallées et de collines de différentes manières…/… des choses sans fin, comme le son des cloches …/… vous trouverez chaque nom et mot que vous imaginez… » (LdV, Traité de la peinture, vers 1490).

Alors oui laissez-nous, je vous prie, nous enivrer d’ennui, et libres de penser.

 

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