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Billet de blog 26 août 2016

Fatiha Daoudi est docteure en science politique, diplômée de l’Université de Grenoble

POLÉMIQUE - Je fais passer le bel article de Fatiha Daoudi, docteure en réponse à Plenel A vous entendre pérorer sur la liberté vestimentaire des femmes musulmanes, confortablement installé dans une démocratie centenaire dont les institutions sont solidement ancrées et où les libertés individuelles sont sacralisées, je sens mes cheveux se dresser sur ma tête non voilée et la colère m'envahir.

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J'ai été très choquée par l'article de Plenel et son titre ! Pour moi "Le burkini" n'est pas un vêtement comme les autres. C'est le vêtement de la régression, c'est un vêtement qui me met très mal à l'aise. Je ne suis pas pour son interdiction car je pense que c'est liberticide et que nous n'avons pas à imposer les vêtements que les uns et les autres veulent porter mais cette défense "au nom de la liberté" ne doit pas nous amener à soutenir n'importe qui. C'est un vêtement qui porte une idéologie, une idéologie bien ancienne, une idéologie qui a été celle de tous les liberticides, de tous les intégristes et qui condamnent le corps de la femme. Je suis mal à l'aise devant ses tenues et j'ai aussi beaucoup de peine pour ces corps enfermés, pour ce vêtement qui est le symbole de tous ceux qui enferment plus ou moins le corps de tant de femmes dans le monde. C'est une sorte de symbole de la vie étouffée et j'ai trouvé que le bel article de Fatha Daoudi exprimait parfaitement ce que je ressentais.  

Je le redis, je ne suis pas pour l'interdiction mais je souhaite que par des discussions, par l'éducation on lutte contre cet habit. Il faut convaincre et non user de violence. Je ne suis pas pour que l'on déshabille ces femmes comme ce fut jadis le cas en Iran par la police du Roi.. 

Je souhaite que l'article de Fatiha Daoudi soit lu et entendu. Je suis attérrée par de nombreux articles qui présentent le burkini comme un vêtement qui libère la femme (ou encore sur le voile instrument de spiritualité) ! Sommes-nous en 2016 ? J'ai l'impression de basculer au Moyen âge ! 

Liberté oui mais avec des yeux ouverts pour lutter le mieux possible contre l'obscurantisme, les interdits portant sur la sexualité, sur le divertissement et tant d'autres choses chèress à nos coeurs. Défendre la liberté de l'autre n'est pas adopter ses principes, accepter n'est pas comprendre, c'est simplement mettre la liberté et la paix en premières valeurs.... 

Je trouve qu'il est important de ne pas relayer la parole raciste, islamophobe et de défendre la liberté de porter le burkini mais je trouve également très dangereux de le défendre avec les mauvais arguments. Je pense qu'il faut être très prudent dans "ce soutien" qui ne doit pas être ambigü. La France doit rester un pays de liberté et de tolérance mais aussi rappeler ses valeurs d'égalité et de laïcité. 

On entend ici et là que les étrangers ne  comprennent pas les réactions françaises ! Mais de qui parle-t-on ? Des Anglais ou Canadiens qui étaient près d'autoriser des tribunaux islamistes dans leurs pays ? Des Allemands dont la moitié de la population -les femmes ne travaillent pas et qui ont encore de sacrés progrès à faire du côté de l'égalité hommes/femmes. Qui ?

On peut cependant s'inquiéter des réactions excessives des uns et des autres et il faut raison garder. Il ne faut pas non plus oublier que la France est aussi une exception au niveau de la laicité et que la défense de cette dernière ne doit pas devenir l'étendard des islamophobes. 

Et si mes cheveux comme ceux de Fatiha Daoudi se sont hérissés en lisant que le burkini est "un habit comme les autres", , ils se sont également hérissés devant le burkini comme devant son interdiction..

Nous avons la chance d'être dans un pays où nous sommes (encore) libres. De nombreux pays envient notre laïcité, celle qui a permis et permet encore de vivre ensemble, de se penser en tant qu'être humain avant de se penser comme être religieux ou politique... Sans croire au monde des bisousnours, le meilleur chemin pour vivre ensemble est la laicité et le maintien des croyances dans la sphère privée... et depuis de nombreuses années, le religieux a tendance à vouloir forcer des portes donc attention. Pour ceux qui voudraient me classer dans un camp ou un autre, je tiens à indiquer ceci, je me sens plutôt de gauche et humaniste. Je ne me sens pas du tout héritière d'une culture judéo-chrétienne mais plutôt héritière de Voltaire, de ce dix-huitième qui a rêvé la liberté, l'égalité (et même hommes/femmes avec Olympe de Gouges) , l'abolition de la peine de mort.., tant de choses qui prendront de nombreuses années à se concrétiser (et tout est loin d'être gagné). Vigilance pour ne pas perdre ce qui a été acquis que ce soit en liberté ou du côté social (mais ça c'est un autre débat). Vigilance et tolérance. Tolérance sans oublier d'être vigilant.

Karen Fontaine

 Je vous envoie donc l'article de Fatiha Daoudi ci-dessous  :

POLÉMIQUE - A vous entendre pérorer sur la liberté vestimentaire des femmes musulmanes, confortablement installé dans une démocratie centenaire dont les institutions sont solidement ancrées et où les libertés individuelles sont sacralisées, je sens mes cheveux se dresser sur ma tête non voilée et la colère m'envahir.

Vous dites que le burkini est un vêtement comme un autre alors que le terme lui-même est un carcan pour les femmes puisqu'il veut dire un mélange entre la burqa (voile total) et le bikini, vêtement de plage. Il ressemble à s'y méprendre à une combinaison de plongée sous-marine avec en plus une capuche qui couvre la tête. Imaginez ce qu'éprouve une femme ainsi couverte, sous le soleil!

Non Monsieur Plenel, le burkini n'est pas un vêtement comme un autre et je sais de quoi je parle puisque je suis une femme de culture musulmane et vivant dans un pays, le Maroc, où l'islam est religion d'Etat. Pays où les droits des femmes ont évolué vers plus de liberté grâce aux femmes qui se sont battues becs et ongles pour que leur voix soit entendue et leur place dans l'espace public reconnue et qui continuent leur lutte encouragées par une volonté politique même si le gouvernement actuel est à majorité islamiste.

Cependant, leurs droits ne sont pas à l'abri d'une régression par ces temps où la pratique de l'islam est plus une ostentation qu'une dévotion.

Quand, Monsieur Plenel, vous comparez le bu. rkini à la soutane en parlant de la sacro-sainte liberté individuelle, vous oubliez une chose importante c'est que la soutane est un habit porté par des personnes qui font de la religion une profession et qui bien entendu ne doivent aucunement être discriminées même lors de la séparation de l'Église et de l'Etat.

A l'opposé, le burkini n'est pas un vêtement professionnel mais une suite logique du voile et de la burqa. C'est un carcan sophistiqué dans lequel on enferme les femmes sur les plages qui sont censées être des lieux de villégiature et de détente. Par ce genre de vêtement, le corps des femmes est entravé afin, paraît-il, de ne pas mettre sans dessus dessous la libido masculine!

Qu'une personne qui a votre audience dans les médias français et francophones, affirme que le burkini est un vêtement dans lequel une minorité se cherche et qui est une mode passagère me choque car vous oubliez que les musulmans ne sont pas une minorité, l'islam étant la deuxième religion de France et que par conséquent, le burkini pourrait y constituer un danger pour les femmes toutes confessions confondues.

D'autre part, votre permissivité creuse la tombe des droits acquis par les femmes vivant dans les pays musulmans qui auront vite fait de légitimer cette entrave au corps féminin et toute autre en s'appuyant sur votre notoriété!

Je ne sais pas si vous en avez connaissance mais, dans ces pays musulmans, nos mères portaient, dans les années soixante, le maillot sur les plages et leurs corps profitaient librement du soleil avant qu'il ne se résume à leur entrejambes. De nos jours, nombreuses sont les femmes qui évitent de porter le maillot à la plage de peur d'être agressées par les fous de la religion qui ne sont en fait que de simples obsédés du sexe.

Non Monsieur Plenel, le burkini n'est pas un vêtement comme un autre. Il fait partie d'une stratégie qui, si elle est encouragée par des avis permissifs, finira par arriver à son but final: interdire l'espace public aux femmes!

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