Les voies de la colère

Quelle présidentielle hors norme... Personne ne savait comment elle se finirait et cette campagne a eu le mérite de mettre en lumière et de faire tomber les masques de tous. J'ai cru que cette fois les français sauraient qui ne pas choisir. Quel réveil, quelle douche froide. Après l'ivresse de l'espoir, la gueule de bois.

Peuple de France, qu'as tu fais ?

Tu avais là l'opportunité de tourner la page, de marquer à nouveau l'histoire en faisant irruption pour chasser tes maîtres de pacotilles. Tu aurais pu te refonder en recomposant les institutions auxquels tu te soumets, tu aurais pu créer une république de justice sociale, de solidarité et de bienveillance. Tu aurais pu, pour te donner les moyens de préparer l'avenir, désobéir aux règles les plus absurdes de l'Union Européenne et lancer le mouvement de refondation de cette dictature technocratique. Tu aurais enfin pu prendre le virage de l'écologie pour donner à l'écosystème et tes enfants une chance de vivre. Au lieu de ça, tu m'offres un choix lugubre : l'extrême haineux ou l'extrême individualisme.

Le pire est de savoir que c'est le second qui nourrit le premier et que cette situation est inextricable. Quand bien même on ferait une fois de plus barrage, le niveau de la haine ne ferait que monter jusqu'à finir par nous submerger. Voilà ce que tu viens de t'offrir pour l'avenir à l'heure où plus que jamais il fallait que l'on sorte par le haut de cette histoire. Aujourd'hui, les bien pensants hurlent déjà contre ceux qui oseraient penser à s'abstenir contre le mal sans jamais nous dire où il prend racine. Ils oublient de nous dire que l'autre choix revient à nourrir la précarité, les inégalités sociales, l'isolement des individus, le chantage au chômage et au déclassement, le ressenti, la peur de l'autre, la haine de l'autre. Si le mal ne triomphe pas cette fois, il reviendra plus fort.

Certains lecteurs doivent déjà s'agiter sur leurs fauteuils à l'idée que je répugne à voter inutile. Détendez-vous les pudiques gazelles républicaines, j'irai voter, contre, comme beaucoup d'autres. Ma seule motivation est de ne pas culpabiliser si le mal passe. Qu'ils doivent bien se marrer, là-haut dans leurs tours d'ivoire, à l'idée qu'ils ont vendu un président potentiel comme on vend une lessive. Ils nous vendent le révolutionnaire des riches comme le nouveau Kennedy. Ils se frottent déjà les mains, pensant avoir forcément gagner avec le chantage au barrage, sans réaliser que le candidat lessive est sans doute celui qui a le plus de chances de perdre. Quand j'irai voter, il n'y aura aucune adhésion, aucun enthousiasme, comme lorsqu'on prescrit un remède dont on sait qu'au mieux il ne fait que retarder le mal au prix d'affaiblir plus encore le patient. Beaucoup d'autres ne feront pas le même choix que moi. Qu'on ne compte pas sur moi pour les blâmer ou leur faire la morale car il n'y a plus de bon choix.

Peuple de France, tu nous en as privé.

 

Sans doute n'en avais-tu pas assez soupé ces vingts dernières années. Si tu cèdes aujourd'hui alors nous n'aurons plus rien à nous dire. Si tu décides de prolonger la mascarade, peut-être que les prochaines années réveilleront, enfin, ta colère légitime contre une domination légale qui nous conduit droit au désastre. Là sera le moment critique où il ne faudra pas te perdre. Là sera le moment de ne pas te tromper d'ennemi et tu entendras enfin peut-être la clameur en ton sein qui crie résistance. Tout le long tu nous trouveras, pour te rappeler que la colère n'emprunte pas nécessairement la voie de la haine. Ta colère, tu peux aussi la transformer en insoumission. C'est ce que nous as rappelé Jean-Luc Mélenchon et nous ne l'en remercierons jamais assez. Les mots qu'il a trouvé nous ont rappelé notre force, le dernier scrutin nous as rappelé notre nombre et prépares-toi car désormais tu nous trouveras sur ton chemin pour te parler, pour te rappeler qu'une autre voie est possible.

Peuple de France, nous voilà !

 

Un insoumis

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.