Les raisons de la colere

On a parfois l'impression qu'internet est devenu - outre un centre commercial digital - un repaire ou plein de gens passent leur temps a se crier dessus. Si l'on se penche sur les raisons de cette colere, on vendangera alors un bien curieux millesime au gout amere des choix regrettables du passe.

Il y a quelque chose de pourri au Royaume d'Internet et plus précisément dans la region des réseaux sociaux (RS). Je vous propose de faire un petit plongeons dans cet univers: historique et fonctionnement au travers des ages pour essayer de comprendre quand et comment des choses qui nous semblait innocentes ou pour le moins inoffensives se sont transforme en compagnies émargeant a 500 Milliards de dollars utilisant des technologies de type militaire a des fins politiques et se retrouvant logiquement sous le feu des agences gouvernementales.

 

          Histoire et fonctionnalité, histoire des fonctionnalités.

Tout est relatif, le temps, surtout. Au royaume des nouvelles technologies digitales, le temps s'écoule bien plus vite que dans la vie physique : 10 ans representent un siecle, 20 ans un millenaire, 50 ans un eon. Il manquerait plus que le temps accelere de maniere continue.

Il etait une fois, plus de 1000 ans avant ce jour en l'an 1997, dans l'etable-garage d'un entrepreneur Jesus Christ (voir billet precedent),  naissait le tout premier des réseaux sociaux : SixDegrees.com.

Peu de gens en Europe l'ont utilise mais c'est bien lui qui a defini ce qu'etait un RS d'une part par leur primaute a propose ce genre de services et aussi par l'etablissement d'un brevet fondamental (patent #6.175.831). Ce brevet plus tard racheté par linkedin pour se  couvrir en cas d'attaque de la concurrence defini ainsi les fondations de ce qu'est un reseau social : 

The patent claims covered the building of an online social network by having participants identify contacts who are related to them (i.e. their online friends), and then obtaining from each of these contacts a confirmation accepting the connection or not.

(traduit par mezigue, pardonnez les approximations)

Le brevet couvre la construction d'un reseau social en ligne via la mise en relation d'un jeu de participants qui doivent identifier des contacts auxquels ils sont lies (la proposition d'amis) pour ensuite demander a chacun de ces contacts une authorisation/confirmation pour établir le lien  (la confirmation d'ami). 

Ce qui precede peut etre considere comme la reduction la plus fondamental de ce qu'est un RS. Elle a ete suivi par d'autres RS jusqu'a l'arrivee de MySpace, dont le nom doit commencer a rappeller des souvenirs. 

Pour resumer ce que l'on trouvait sur ces RS 1ere et 2eme generation : on s'inscrit (pseudo + email), on donne quelques informations sur soi : age, genre, lieu de residence, etudes, hobby, travail... puis on nous propose de nouveaux contacts bases sur la similitudes d'informations, que l'on peut choisir sans obligation pour etre mis en relation plus directe. Le concept est bon et on va difficilement y trouver quelque chose a redire. On peut  ne pas aimer cela, mais pour qui voit un interet dans ce genre d'activité on ne peut pas dire que la structure fondamentale de ces RS telle qu'on vient de la definir comporte quoi que ce soit de pourri. On a deux utilisateurs qui peuvent se parler directement ou poser du contenu sur ce qui etait l'ancêtre du 'mur' sur MySpace. Aucune tierce parti n'est presente. Sur SixDegress, le nom meme de 6 degres rappelle les 6 degres de separation maximum entre les etres humains, dans le but lumineux de rapprocher les gens entre eux. 

C'est tres dommage (!) et cela m'a oblige a re-ecrire cet article complètement, celles et ceux qui sont passes sur le blog il y a quelques jours ont pu y lire une publication differente pendant quelques heures : Je n'ai jamais aime les RS. Je pensais donc y trouver quelque chose d'intrinsèquement mauvais ce qui m'aurait permis de tous les vouer aux gemonies par la demonstration que meme le réseau téléphonique est un reseau social et par definition ouvert a l'abus. Demonstration fausse, les choses sont souvent moins polarisées et plus subtiles. Si l'on cherche le diable il va falloir aller dans les details car c'est la bas qu'il se cache, et c'est la bas que je vous emmene.

Continuons donc notre chemin vers la generation suivante, celle qui a tout ecrase: la generation Facebook / Google. Arrive en 2004, FB s'est rapidement impose sur le marche, phagocytant d'une maniere spectaculaire le temps et le consentement de l'utilisateur sur la plateforme. Avec la montee en puissance de Facebook concomitante ou  a celle de Google, dont nous verrons le cas plus tard, sont apparus aux grands jours les premiers problèmes. 

Comment fonctionne facebook :

Si les fondations sont  toujours celles évoquées plus haut a savoir la mise en relation de proches partageant des informations similaires, facebook a ajoute ou pousse a l'extreme d'autres fonctions :

  • Les reactions

J'aime, j'aime pas, en colere, surexcite triste... On a la possibilites de  donner ou recevoir une recompense ou une punition quasi-immediate pour chaque contenu mis en ligne. Ceci est une modification Pavolvienne de votre comportement. A chaque fois, et personne ne peut y echapper. La conscience et la raison sont helas notoirement inneficaces pour empecher la modification de votre comportement face l'insidieux duo 'carotte et baton' repete ad-libidum ou ad-nauseum a chaque minutes passes sur la plateforme. Ceci va etre d'autant plus dangereux que votre personnalite est fragile, et je pense la au taux de suicide en hausse chez les adolescents, dont la consommation de RS est en hausse egalement. Je pose une correlation et j'accuse clairement les RS d'etre directement responsable de l'augmentation du taux de suicides chez les ados exposes au RS. On rigole moins.

  • Basic instinct ou Le temps court de l'emotion brutale oppose au temps long de l'emotion subtile. 

Si les potentiels emotionnelles finaux sont plus ou moins identitques entre emotion positive et negative, les emotions negatives sont bien plus rapides a obtenir que les emotions positives. Car il est plus facile de detester que d'aimer. Car la confiance est longue a gagner et rapide a perdre. Car la serenite ou la plenitude sont des emotions longues a obtenir quand la rage est elle immediate et le degout un reflexe.

Ceci n'est pas de la littérature, c'est la base du pilier : sur l'internet des RS et ailleurs, c'est souvent la rage et la négativité qui l'emporte en volume car c'est ce qui est le plus rapide a obtenir de nous. Et obtenir une reaction de notre part, c'est être expose un peu plus longtemps a du contenu tiers. Excellente transition :

  • Feedback Loop, entité tierce et temps d'exposition.

Ou l'arrivee d'entite tierce dans le modele de devellopement, sur la plateforme et finalement sur votre mur. 

Cela part du besoin tres repandu de  marketing : celles et ceux qui regardaient avant la tele acceptaient parfaitement la coupure pub: sur un contenu que je me choisi on va m'intercaler du contenu non choisi destine a legerement modifier mon comportement pour acheter telle marque de biere ou de couche. Lorsque ce modele arrive sur une plateforme type facebook qui dispose de montagnes d'informations vous concernant, la publicite anondine se transforme en dangereuse machine a constamment modifier le comportement en vous exposant a different type de contenu dit 'soft' (un article, une image, un texte) destine a tres legerement modifier votre vision du monde en preparation a un contenu 'hard' : la pub avec un CTA (Call to Action : la vente d'un bien mais aussi d'une idee). Ceci dans ce que l'on appelle un 'constant feedback loop', une boucle qui analyse en permanence vos donnes et qui modifie en permanence le contenu tier propose. Mis en parallelle avec la predominance des emotions negative pour declencher un engagement immediat de l'utilisateur, le besoin pour la plateforme de maximiser le temps d'exposition de l'utilisateur a cette derniere (et donc aux entites tierces qui, elles, rapportent de l'argent) a la masse de donnes incroyable vous concernant: vous obtenez un monstre qui vous appâte avec vos pires appetits, se nourrie de votre temps libre pour defequer (produire) votre consentement.  

Beaucoup de gens aujourd'hui ne regarde le monde qu'au travers des RS sur lesquels on passent l'essentiel de notre temps libre, modifiant ainsi notre comportement d'une maniere et a des fins qui nous echappent. Certains se font vendre des portes fenêtres quand d'autres se sont fait vendre un Brexit. Pas tres cool, non ?

 

Passions ravageuses

Il faut comprendre que ceci ne s'est pas produit sur l'impulsion de mauvais personnages tout petri de dessein encore plus mauvais. Les vendeurs de fenêtres ne souhaitent que vendre des fenêtres. Marc Zuckerberg voulait faire avec succes un truc gratuit pour mettre les gens en lien. Et nous qui vivons a l'ere de l'entrepreneur Jesus-Christ, nous qui adorons les figures de pouvoir salvatrice, on a voulu reunir tout ce beau monde au sein d'un meme modele. Tres logiquement, vous obtenez des vendeurs de fenetres qui s'intercalent dans la relation naturelle entre deux utilisateurs, le tout au sein d'un espace appartenant a un homme dont le pouvoir ainsi confere n'a plus rien de commun avec le commun des mortels.

C'est tres dommage d'en etre arrive la : on aurait jamais du laisse se commercialiser un truc aussi fondamental que la mise en relation des gens, mais c'est pourtant ce qu'il s'est passe. Sur Facebook, nous ne payons rien, ce n'est donc pas nous le client. Les entites qui payent, les vrais clients de facebook, sont les vendeurs de fenetres ou de Brexit.

Vous, nous, toutes et tous, sommes le produit. 

Nous avons acceptes de nous exposer constamment a du contenu faisant appel a nos émotions et non notre raison.

Je vous invite a analyser le monde autours de vous a l'aune de ces explications afin d'y trouver, je l'esperes, la part de bon sens necessaire pour commencer a remettre en question l'utilisation que l'on fait de ces plateformes.

 

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