Les Deux Salons: La Mobilité Internationale à l'Ere post-Covid

Que pense-toi de la mobilité internationale dans l'ère post-Covid-19? Le «Passeport Vaccinal» est-il la solution? Quel salon te conviens le mieux: première ou deuxième classe? La «nouvelle normalité» sera très différente pour les gents du Nord et du Sud de la planète.

Il y a quelques années, en arrivant à l'aéroport international Jomo-Kenyatta de Nairobi, mon compagnon de voyage n'a pas pu, produire son carnet de vaccination internationales comme preuve de sa vaccination contre la fièvre jaune. Alors que j'ai été autorisé à poursuivre mon chemin et à récupérer mes bagages, mon compagnon a été emmené par des hommes en blouse blanche pour se faire vacciner sur place. Lorsque je l'ai rencontré plus tard et que je lui ai posé la question sur sa vaccination, il m'a expliqué qu'il avait payé les frais d’une vaccination mais qu'il n'avait pas été vacciné. Il préférait se faire vacciner par un médecin de confiance. 

En réfléchissant à l'avenir de la mobilité internationale à l'heure de la pandémie de Covid- 19, il est difficile d'imaginer que mon compagnon de voyage ait une autre chance de son sortir d'une telle situation. La pandémie a gravement affecté la mobilité internationale et il n'y a aucune raison de croire qu'elle reviendra à ce qu'elle était avant 2020. Les meilleurs indicateurs de cette évolution sont les articles de presse, toujours plus nombreux, qui annoncent l'arrivée imminente des certificats de vaccination numérique (« Smart Vaccination Certificate » en anglais) comme condition préalable à tout voyage futur. Parfois également appelés passeports d'immunité, ils sont destinés à fournir une preuve crédible que le porteur a été vacciné, a subi un test négatif récent ou s'est remis de la maladie.

S'attendant à une nouvelle manne, de nombreuses entreprises hi-tech mettent au point des certificats numériques accessibles sur les smartphones par les employeurs, les lignes aériennes, les restaurateurs et autres. Mais surtout, les gouvernements réfléchissent comment gérer les voyages nationaux et internationaux à l'avenir. Comme les attentats de 11 septembre 2001, cette pandémie risque d'entraîner de profonds changements dans la mobilité internationale.

Le système moderne de mobilité internationale, développé après la deuxième guerre mondiale, se base sur le passeport et le visa. Pour les pays de destination, l'objectif principal de ce système est de s'assurer que les visiteurs de courte durée ne prolongeraient pas leur séjour et ne resteraient pas illégalement. En outre, un passeport valide garantissait l'existence d'un pays dans lequel le voyageur pouvait retourner - volontairement ou non. Les exigences en matière de visa ont ajouté des procédures d’examen et d’interview pour minimiser le risque d'entrée des personnes indésirables et gérer des types de mobilité spécifiques, tels que le travail, les études, l'immigration ou la réinstallation de réfugiés.

Les attentats terroristes perpétrés jusqu'au 11 septembre 2001 et après ont ajouté une forte dimension sécuritaire à la gestion de la mobilité transfrontalière. Depuis lors, les passeport automatique lisible à la machine, la biométrie, la collecte et l'extraction de données, l'utilisation de l' intelligence artificielle ont été introduits pour renforcer le contrôle et la sécurité. Des systèmes avancés de notification électronique, tels que l'ESTA aux Etats-Unis, sont déployés pour empêcher les personnes de voyager considérées comme des risques pour la sécurité.

La pandémie de Covid-19 ajoute une nouvelle dimension à la gestion des voyages internationaux : la santé publique et l'objectif de protéger la population en transit et à destination contre l'infection par le virus Covid-19 ou par des variantes déjà apparues ou susceptibles d'apparaître à l'avenir.

 

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La figure ci-dessus montre la complexité de ce qui doit être vérifié : Le porteur du certificat numérique est-il identique à la personne qui voyage? Quel type de test ou de vaccin est utilisé et est-il est valable à destination et pour combien de temps? L'émetteur du certificat numérique est-il accrédité et peut-on lui faire confiance?

Compte tenu des circonstances, lors d'un voyage international, l'autorisation de voyager doit être délivrée avant le décollage. Renvoyer la personne à l'arrivée pour des raisons de santé ne sera pas efficace car le voyage peut déjà avoir entraîné des infections dans l'avion, en transit ou à l'arrivée. Cela signifie que le pays de destination doit accepter le certificat délivré par le pays de départ. Bien que l'IATA, l'OACI et d'autres organismes travaillent à des solutions mondiales, il est peu probable que les gouvernements en souscrivent hâtifment. Il faut plutôt s'attendre à des solutions bilatérales ou régionales entre certains pays. L'Union européenne, par exemple, travaille sur un « certificat vert », qui sera valable pour les voyages à l'intérieur du bloc.

Les pays de l'OCDE sont susceptibles de travailler sur des solutions qui privilégient les déplacements entre eux - à l'instar des systèmes d'exemption de visa déjà en place. Comme dans le cas des passeports et des visas, les compagnies aériennes seront sous-traité de faire respecter leurs règles. Ce système remanié laissera de côté de nombreux pays et populations du Sud. Il se trouve que la campagne de vaccination contre le Covid-19 profite, jusqu'à présent, principalement les pays de l'OCDE. Dès lors, la question se pose de savoir à quoi ressemblera la mobilité mondiale dans un monde divisé en deux salons de voyage : 

  • Le salon de première classe rassemblera quelques pays disposant des ressources nécessaires pour vacciner et traiter les infections au Covid-19, ainsi que de l'infrastructure numérique nécessaire à l'obtention d'un certificat et d'un système de notification sanitaire de type ESTA.
  •  Dans le salon de deuxième classe, nous trouverons des pays avec une faible couverture de vaccination et un risque élevé d'apparition de nouveaux mutants du virus dans le futur, ainsi qu'une infrastructure numérique déficiente. Les voyageurs de ce salon seront confrontés à des contrôles et des procédures prolongés et, très probablement, à des obligations de quarantaine et d’autres restrictions de voyage persistantes.

Ceux qui se trouvent au bas de la hiérarchie de la mobilité, les personnes sans moyen d'identification, les réfugiés et les personnes déplacées, les migrants et les voyageurs informels, ne trouveront pas aucun salon. Qui aurait cru que des considérations (légitimes) de santé publique pouvaient devenir des briques dans les projets de forteresse Europe et de mur à la Trump ?

Et si les certificats de vaccination numériques standardisés joueront un rôle clé dans lavenir de mobilité transfrontalière, même s'il est peu probable que tous les pays y attachent les mêmes droits et procédures, les certificats seront également introduits pour un usage domestique. Ici aussi, des défis importants attendent la société civile : comment lutter contre l'exclusion par conception et par défaut et, au contraire, maintenir les droits des personnes ayant un accès limité à la vaccination, à la santé et aux ressources numériques, à la vie publique, à l'éducation, aux moyens de subsistance et aux autres opportunités socio-économiques ?

Le voyage dans le temps est une caractéristique connue de nombreuses histoires de science-fiction. Il s'agit toujours de fiction. Cependant, la mobilité mondiale limitée, pour certains beaucoup plus limitée que pour d'autres, est en train de devenir une réalité.

Article originale ici.

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