« Demain une vie de merde » ? La première promesse tenue du quinquennat

 

Je ne sais plus où j’en suis depuis presque trois ans maintenant……….

Tout et son contraire, j’y étais habitué mais là… me positionner sur quoi que ce soit devient impossible : je n’arrive plus à trancher, à décider clairement, à donner de précises consignes dans mon travail ou à mes enfants…tout acte d’achat est une guerre du Viet Nam, voter est une torture…quant à discerner le bien du mal, n’en parlons pas.

Je m’interroge : seraient-ce les signes avant-coureurs d’une dégénérescence prématurée de mes facultés de décision, consécutive à une surexposition de mon cerveau au hollandisme ?

Car la psychologie de cet homme semble déteindre sur le mode de pensée de nos concitoyens, c’est évident.

Ils sont prêts à tout et son contraire : ivres de liberté d’expression mais, la trouille au ventre, réclameraient des lois qu’on trouverait normales dans le paysage nord-coréen. Appellent à la tolérance mais votent et pensent FN, fustigent le niveau de bêtise de leur voisin de paliers mais seront 6 millions à regarder le prochain épisode de « camping paradis »…le cœur à gauche mais le portefeuille à droite.

Politique, environnement, égalité des sexes, sécurité, éducation, justice économie...je n’y arrive plus, tout est sujet à me faire sombrer dans le doute le plus absolu :

  • Suis-je de gauche ou de droite ? Libéral ou socialiste ? Immonde pollueur ou écolo ? Macho puant ou métro sexuel ?
  • Suis-je pour une électricité sans bruit et sans odeur qui ruinera à jamais nos sous-sols gavés de plutonium (ce matériaux propre qui fait de très beaux légumes soit dit en passant, et je ne parle pas que de ce que l’on trouve sur nos marchés) ou prêt à avoir une éolienne dans mon champ de vision, lorsque je tonds la pelouse de mon pavillon ?
  • Pour une totale liberté d’expression ou tellement mort de trouille que j’en arrive à souhaiter qu’on m’espionne jusqu’au fond des latrines pour y débusquer un potentiel djihadiste ?
  • Suis-à ce point usé d’entendre chaque jour que notre pays va si mal que seules les lois Macron nous sortirons d’une misère qui nous tend ses bras décharnés...ou suis-je tenté par l’idée qu’une autre vision de la société est possible ?

Je ne sais plus ce que je suis, qui je suis, j’hésite et doute jusque dans les choix les plus insignifiants de mon quotidien…

 

Suis-je hédoniste ou candidat au cancer ?

Dragueur ou pervers ?

Poire ou fromage ?

Côte de Bœuf ou tofu ?

Peugeot ou Renault ?

Beatles ou Stones ?

Voile ou vapeur ?

Alexis ou Angela ?

 

Tout est parti d’un article paru dans LE MONDE*, ce matin, sur le filon que représente l’hygiène intime de l’homme de nos jours.

Parti de très loin donc mais qui illustre assez bien mon état d'esprit du moment : LE DOUTE....

Je confesse qu’il ne va pas être évident de rapprocher tout cela de la LOI SUR LE RENSEIGNEMENT, mais il ne sera pas dit ni écrit qu’un défi comme celui-ci ne mérite d’être relevé.

Et qu’y lis-je ?

Que le mâle désormais s’épile intégralement, qu’il use et abuse d’artifices cosmétiques, replante des rangs de poireaux sur son crâne pour ralentir la marche du temps et (le meilleur) s’offre du déodorant pour les parties intimes (sans alcool espérons le) alors que, dans le même temps, son épouse, sa sœur, sa voisine se laisse ostensiblement et volontairement déborder par sa pilosité, ne se lave plus les cheveux, aime sentir la tome de Savoie pour mieux s’affranchir des symboles ou clichés qui ont la vie dure : ceux qui montrent depuis des siècles une femme prisonnière de son image.

Ainsi, dociles et serviles, serions-nous prêts à prendre le risque de ne plus bien connaître les frontières de notre identité sexuelle en nous soumettant à un marketing qui fait du narcissisme et de l’ambiguïté ses nouveaux leviers d’influence.

Soudain c’est l’emballement dans mon esprit, le doute, la peur, l’angoisse d’une société où les repères les plus évidents deviendraient discutables ? « Mais alors, pensais-je aux frontières de la terreur, alors que j’écoutais Bourdin sur BFM qui abordait avec un élu FN - pertinence et bon sens, donc – un reportage intitulé « immigration » et « trou de la sécu », les hommes veulent devenir des femmes c’est ça ?

« Sacrebleu me dis-je, puisque c’est ainsi, allons jusqu’au bout !!!! » et dans le vice versons puisque nous en sommes rendus là ! »

Alors ainsi, donc, les chauffeurs routiers ou déménageurs ne s’appelleront bientôt plus Marcel, Robert ou René  et laisseront dépasser, aux commissures de leurs petits tops Pimkie, de longues franges de crin qui feront pâlir d’envie les manches des plus belles vestes de Johnny ? C’est cela que l’on souhaite ?

A quand ces amazones qui feront personnaliser la portière de leur Turbo Daily d’Iveco par un roi du tunning qui leur dira au téléphone : « dites donc, Madame Chassard Du Verdon, c’est Jacky, d’SOS GIRLY PERSO CARS, j’attaque la peinture de vot’ prénom sur vot’ utilitaire là, et je m’demandais : Marie Prunille…… c’est un « y » ou «ille» à la fin ? »

« Elles nous prendront donc tout ! » me lamentais-je….nos rasoirs, le foot, les beuveries entre potes, les concours de boudin en boîte de nuit…tout ce qui fait la grandeur et la supériorité intellectuelle du mâle.

 

Bouleversé je zappai pour tomber sur I-Télé, qui est au journalisme ce que Véolia est à l’environnement : un centre de tri qui transforme les déchets en pognon.

Et qu’y vois-je ?

Une jeune femme qui a monté un collectif contre le harcèlement de rue argumentant sa démarche par son expérience quotidienne de signes indiscutables d’agressions de la gent masculine. N’écoutant que mon âme militante je tends l’oreille car la défense des femmes fait partie des causes qui me tiennent à cœur.

Soit dit en passant, il eût mieux fallu que je n’aie que le son car à bien regarder la demoiselle et son look improbable, son témoignage semblait plus tenir de la méthode Coué que de la réalité… le mot « quotidien » me semblait exagéré…je sais, c’est mesquin et gratuit de ma part mais en temps de crise, tout ce qui est gratuit : je prends ! Et là, je viens de gagner 150 commentaires haineux en trois mots ce qui va m’offrir, à n’en point douter, une visibilité accrue sur MDP.

Cependant, je n’en demeure pas moins touché par le combat de la donzelle car il m’arrive d’assister à des scènes où de gros lourdauds tentent de pathétiques approches à grand coup d’insultes ou de remarques ordurières : les séducteurs low cost n’ayant, comme référence littéraires sur la séduction, que les ouvrages que l’on trouve sur les étagères les plus hautes des maisons de la presse…on ne peut donc pas trop leur en vouloir d’user du seul vocabulaire dont ils disposent sur ce sujet puisqu’au total ce ne sont guère plus de 250 mots qui sont utilisés au quotidien par ces révulsant ignares.

 

Mais le marronnier ne s’arrête pas là !

Le stagiaire en charge du reportage se lance dans un audacieux micro trottoir et récolte les plus bouleversants témoignages d’autres jeunes femmes qui assènent alors : « ça n’arrête pas, on est sans cesse importunées, ce sont des regards…. »

« Des regards » ??

Les tendons sciés par cette remarque je tombe assis sur mon bol de Chocapic tout en me disant : « grands dieux ! « Regarder » serait donc synonyme d’«agresser» ?  

Mais alors….combien de fois ai-je risqué l’embastillement dans mon jeune temps, à cette époque où l’on séduisait sans Tinder ou Meetic ?

Il est vrai qu’aujourd’hui, même la séduction est juridiquement et commercialement bordée : Lorsqu’un couple se rencontre pour la première fois, il y a traçabilité des échanges préliminaires, suivi du dossier avant livraison, rencontre contractualisée et éventuellement possibilité de réclamer si le produit ne convient pas.

Ça fait rêver non ?

 Le doute, la peur....

Du coup, j’ai adopté une méthode radicale pour éviter tout procès : je baisse la tête à chaque fois que je croise une femme qui n’a pas atteint l’âge légal de la retraite, c’est plus sûr.

Puis, n’écoutant que mon courage, je me suis fendu d’une lettre anonyme à Bernard Cazeneuve pour dénoncer l’Emile Louis de la chanson française qu’est Patrick Coutin, lui qui en son temps écrivit le très subversif « j’aime regarder les filles », le salaud…Quand je relis les paroles j’en vomirais !

Tant que j’y étais, j’ai établi la liste des auteurs équivoques qui ont noirci tant de pages suite aux observations libidineuses qu’ils ont faites des femmes, et là, je peux vous dire que j’ai frôlé la nausée… tous ces Flaubert, les Balzac, les Joachim du Bellay, Stendhal et autres vicelards qui ont tant reluqué, maté, zieuté ET EN ONT FAIT COMMERCE, ils n’ont qu’à bien se tenir ! Je suis sûr qu’il y en a qui préparent déjà leurs valises et que certains ont senti le vent du boulet leur contrarier la perruque….

Et rien ne m’arrêtera ! Je peux vous dire que, tel le couple Klarsfeld, je suis sur la piste de Gustave Courbet, ce gros dégueulasse que le tribunal de Facebook a déjà condamné une fois, un récidiviste donc…

Dans cet irrépressible élan, j’ai enfin alerté l’Europe pour que les pays où sévissent de dangereux dragueurs compulsifs - au sud de notre continent (suivez mon regard les pizzaïolos et autres Mastroianni de fond de cuve !) - se voient imposer la présence de casques bleus et soient mis sous tutelle pour que cesse le carnage.

 

Ça commençait à aller mieux, j’avais réglé un problème : je n’étais plus pervers. Quand soudain, je fus à nouveau assailli par le doute :

 

La météo…….décidément, ils ont décidé de me la pourrir ma journée : l’asperge qui présente la chose, planté devant sa carte, nous sort son plus beau sourire de ravi de la crèche et claironne : « Temps magnifique ! on attend cela depuis des mois, mais attention, tas d’inconscients, (une bonne nouvelle est TOUJOURS accompagnée de son ombre) LES PARTICULES FINES !!!! En gros, si vous sortez aujourd’hui, vous avez plus de chance de mourir que d’attraper une mycose à l’Aquaboulevard… »

Merci bien !

J’en aurais chialé…

Du coup j’ai appelé mon patron, j’ai posé une RTT, fermé les volets et calfeutré mes bas de porte.

Depuis j’ai un teint de bougie mais c’est pas bien grave, le soleil ça fout le cancer et je n’ai pas envie de me faire intégralement dépiauter pour éviter le mélanome de manière préventive…

J’avais réglé un nouveau problème. plus de doute là dessus

 

Condamné à regarder la télé, je tombe sur un reportage sur la qualité de la viande, un autre sur les cosmétiques, subis un flash sur le crash de l’Airbus de Germanwings et une enquête sur les méfaits d’une surexposition aux écrans.

Ni une  ni deux, je règle ! : J’annule ma semaine de vacances à Ibiza risquant le divorce, balance à la poubelle les steaks hachés, vide le shampooing dans la cuvette des toilettes et vends 50€ mon IPAD à la gamine infecte du voisin du dessus qui est méchante comme la gale...si je peux faire d’une pierre deux coup...

 

Mais subitement le rythme s’est accéléré… il faut dire que les médias ne m’aident pas

 

La politique s’en mêle et là………….le drame.

 

Tout est devenu compliqué depuis que j’ai entrepris de comprendre pourquoi j’avais sincèrement voté Hollande, il y a presque trois ans. Je crois d'ailleurs que ce manque d'assurance dans mes prises de décisions vient de là. J'observe les actes de cet homme si éloignés de son programme et finis par douter de tout. De sa sincérité, de son cap, de sa posture, de sa politique….

Pourtant je lui reconnais des qualités : affable, souriant, généreux, de gauche en apparence…

Oui mais il mène une politique de droite et même avec le sourire et la petite voix qui semble toujours miauler « c’est pas ma faute….on m’oblige, c’est la seule solution… » ça reste une politique de droite.

Et quand il nous dit tristement « il n’y a pas le choix, y’a quelqu’un qui m’a dit : il faut laisser passer la Loi Macron, car Macron, c’est pas la moitié d’un pion»…le doute s’installe. D'autant que je finis par vivre comme une véritable agression toutes ces images pornographiques de l'accouplement permanent du dandy de Bercy avec le patronat....

Ségolène me fait douter : elle est à l’écologie mais va prendre le thé chez Areva.

Najate, c’est pareil : un coup "je me fâche tout rouge et je suis prête à tout plein de laïcité à l’école"…..le lendemain, face aux curés, imams et rabins...électeurs potentiels....."je ne sais plus, il faut adapter".

Mais le pompon, c’est Manu.

Vaillant, courageux, opiniâtre, couillu ! Il y a du Poutine dans cet homme-là : capable de tronconner un ours à l’Opinel, de s’exhiber transpirant pour faire triompher son idéal d’un monde meilleur, de chevaucher un poney vers le soleil couchant, de ne pas se laisser impressionner par ces tapettes de frondeurs lui !

Il s’est fâché : « Le terrorisme, c’est méchant ! » « L’insécurité c’est stressant pour les gens ! » « La maladie, c’est bien du malheur ! »

Voilà donc la solution : la loi sur le renseignement !


Le PATRIOT ACT à la française : plus doux, plus glamour plus propre.Ça vient des US, c’est forcément bon pour nous ! C’est le pays de la LIBERTE ! D’ailleurs, c’est là-bas qu’elle est enterrée la liberté, elle a même sa statue….

Nul doute que ses talents de batteleur ont déjà fonctionné : 63% de nos concitoyens sont prêts à cisailler un pan de la démocratie par peur du prochain…c'est pas grave si ont met en cabane deux ou trois basanés car le principe de précaution passe avant les droits de l'homme non ?.

"Chez MANU et NANARD de Beauveau, on solde notre dernier stock de lumières !!! Dépéchez-vous, il n'y en aura pas pour tout le monde, j'ai Kim Jong Un qui vient de m'en racheter un container pour faire rire sa famille !!"

En même temps, je dis cela mais... je ne vis plus depuis le 7 janvier, l’angoisse me taraude, je ne mange plus de couscous et j’ai peur à chaque fois que je vois un barbu....récemment, tellement sous pression, j’ai collé une tarte à un hipster qui sortait d’un centre de bronzage et qui me regardait de travers.

 Du coup, le doute, encore et encore....Il faut que cela cesse : vas-y Manu passe ta loi.

Depuis, je vis une vie parfaite dans un monde que j'espère bientôt parfait :

  • Un monde où il n’y a plus une clope à l’écran,
  • un monde où un roman ne fait pas plus de 50 pages car on n’y aborde ni le tabagisme, l’alcoolisme et encore moins l'ivresse que provoque la vision d’un être convoité,
  • un monde où je ne prends plus le risque d’une émotion aussi visible qu’incontrôlée au contact d’un slow trop appuyé,
  • une vie où tout est sûr : mes mails sont lus et relus ce qui est un vrai rempart contre les fautes d’orthographe, (voyons le bon côté des choses); mes conversations sont épiées ? Ca m'oblige à rester poli !
  • Pour l’information, fini l’approximation : je suis sûr que les journalistes ne racontent pas de bêtise puisque les infos sont vérifiées….par le ministère de l’intérieur.
  • Et puis en cas de problème de santé, c’est génial !!! s’il m’arrive un truc à 500Km de mon médecin traitant : je prends mon smartphone, je fais le 17 (police secours) et hop ! ils ont la date de ma dernière coloscopie ou une copie de mes radios des poumons !
  • Je ne sors plus !!! : et allez-y la hausse mécanique de mon pouvoir d’achat !! plus de cinéma (trop risqué avec le terrorisme), plus de restos (y’a qu’à regarder « cauchemars en cuisine » pour se faire une idée de ce qu’on risque là aussi) et plus de terrasse de café - trop dangereux.
  • Je ne drague que sur Tinder qui me géo localise, me trouve une compagne dans un rayon de 50 mètres m’évitant ainsi de dispendieux déplacements en métro.

Je vais au travail le cœur aussi léger qu’une une fiche de paie de chez Carrefour, avec qui je positive !

Vie de merde ? Cela ne fait aucun doute ! Promesse tenue !

.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.