+21 % ! Moi président…que faire d’un tel pactole ?

+21 % ! Moi président…que faire d’un tel pactole ?

François Hollande est décidément le Président de bien des superlatifs.

Son patronyme restera dans l’histoire très récente comme ayant été trop souvent suivi ou précédé d’un « premier président à…. » « record de… pour François Hollande », « François Hollande au plus…. » ou «du jamais vu sous la 5ème république…François Hollande… » 

Or, si l’extraordinaire nouveau record établi par l’exécutif en termes de sondage d’opinion ne fera pas mentir cette logique, c’est pour, cette fois, venir enrichir un palmarès qui, jusqu’à présent, ne faisait qu’alimenter les critiques acerbes et les quolibets.

Ainsi, observateurs, journalistes et citoyens que nous sommes reconnaissons, quasi unanimement, que le Président a endossé le costume et la stature d’un homme d’état à la triste faveur des évènements tragiques que notre pays vient de subir.

Mais chacun sait – l’intéressé lui-même très certainement - combien ce « pactole » de +21 points (!), est friable et fragile car, en effet, replongée dans la marmite d’un quotidien peu enviable pour un grand nombre de français, l’émotion est aussi soluble qu’une pincée de sel dans un bol de mauvaise soupe.

 

Et si, pour une fois, FH faisait mentir les cassandres qui ne le voyaient même pas prendre le départ de 2017 en «investissant» intelligemment cette manne ?

Comment ? En ne changeant pas les superlatifs mais ce qui les suit ou les précède…

  • En étant, par exemple le premier Président de la république à mettre en application le programme pour lequel son électorat historique l’a élu en 2012.
  • En étant celui qui pourra, le jour du bilan, se prévaloir, d’avoir mis en place les réformes promises et suivi ce fameux « cap », jusqu’au bout, résistant ainsi à la tentation d’une stratégie de communication trop souvent orientée par les vents contraires.
  • En n’étant pas ce énième « déceveur » qui, sans vergogne, et sans torture, avoue, deux ans après son élection, qu’il a toujours été « social libéral »…alors qu’ils étaient des millions à croire en l’anaphore qui cloua sur place son adversaire : ce « moi président » seize fois scandé. Des millions à découvrir la flamboyance cachée du personnage dans des meetings où, la voix éraillée par l’émulation de se sentir si proche du but, il n’hésitait pas à faire sonner des slogans plus proche de la rhétorique de Mélenchon…que de celle de Macron.

« Mettre au pas la finance ? »

Alors Directeur d’une Agence Bancaire située dans un quartier populaire, il est une phrase qui résonne encore à mon esprit, c’est cet engagement N°7 : «mettre les banques au service de l’économie ».

Que ne me suis-je réjoui d’entendre enfin ces mots, moi qui constatait au quotidien combien les banques ne jouaient en rien leur rôle !

Pire encore, c’est impuissant que j’assistais et participais chaque jour à remonter le ressort d’une horlogerie parfaitement huilée : notre système de circulation des flux financiers qui s’avère être un cynique accélérateur d’ions négatifs dans le contexte de crise que connaissent actuellement nos pays.

 

Mais peut-on réellement «mettre au pas» ou considérer comme « un ennemi » quelqu’un ou quelque chose à qui l’on doit tant d’argent ? Cette « hydre » qui, malgré votre état de surendettement, continue à vous prêter ces milliards….qui vous permettent de rembourser les intérêts de votre découvert permanent…qui lui-même vous permet de conserver votre train de vie.

Las ! Tant que L’Etat restera ce client redevable de tous, nul utopie en ce qui concerne la possibilité d’infléchir la politique commerciale et tarifaire, un peu plus injuste chaque année, des établissements bancaires. Au mieux, nous pouvons espérer quelques lois de façade (Loi Lagarde par exemple) qui n’ont que très peu d’effet au final : pour la plupart des clients contraints que nous sommes, l’addition s’avère tous les ans un peu plus salée.

 

Chez les professionnels et entreprises : on ne prête qu’aux riches…

En ce qui concerne les entreprises, il est un doux pléonasme d’affirmer que les banques ne facilitent en rien l’accès au crédit de nos jours. Si le financement pour la reprise d’une activité existante est encore possible, les créations, quant à elles, peinent (et le mot est faible) à trouver les fonds nécessaires au développement de leur activité. Les critères et les règles imposés par les banques deviennent caricaturaux : Listes de secteurs d’investissements « interdits » qui s’allongent de mois en mois, montants d’apports personnels imposés toujours plus élevés et particulièrement « sélectifs », délais de décisions d’octroi qui poussent certains entrepreneurs à se tourner vers des formules de financements alternatifs, au risque de céder parfois à des sirènes peu fiables voire douteuses.

 

 

…et chez les particuliers : on préfère l’inverse

Si chez vous, comme pour beaucoup de français, la fin du mois débute le 15 et que vous avez parfois dû dépasser la ligne rouge, il vous suffit de regarder le courrier réglementaire qui vous a été adressé en début d’année pour constater que, sans le savoir et sans avoir besoin de lui, vous avez participé à l’enrichissement de votre banquier.

Car, en effet, le client « rentable » n’est pas celui qu’on croit, comme j’espère pouvoir vous le démontrer sans que cela ne soit trop roboratif car le sujet n’est pas des plus sexy.

 

Si les différentes réglementations (BALE) imposées aux établissements français ont pour objectif de consolider et de solidifier notre système bancaire, elles ont eu, en revanche, bien des effets pervers et un impact direct sur l’érosion progressive du pouvoir d’achat d’un très grand nombre de nos concitoyens. Les banques, osons le dire, ont un sens du rebond commercial dont la virtuosité peut parfois forcer le respect : cet art qui consiste à transformer toute contrainte réglementaire en opportunité de business.

Prenons l’exemple des crédits (immobiliers ou consommation) octroyés aux particuliers : Une des conséquences directes des réglementations mises en place depuis plusieurs années est la cotation de chaque client particulier (un peu à l’image de ce qui se fait pour les entreprises). Présentée comme étant indispensable pour apprécier au mieux la pertinence de l’octroi d’un prêt, elle prend souvent la forme (selon les établissements) d’une note allant de 1 à 10 : du plus « sûr » au plus « risqué » en termes de remboursement de créance.

Cette note VOUS est attribuée en fonctions de centaines de critères dont les plus prégnants s’avèrent être des critères «sociaux». Car en effet la note obtenue est calculée principalement en fonction de votre profession, votre statut, de la constitution de votre cellule familiale, de vos revenus mais également et plus étonnant encore, de votre lieu de résidence (région, quartier).

 Là où le système prend toute sa dimension commerciale, c’est à l’observation des grilles de taux de crédit immobiliers ou pire, de crédits à la consommation (les plus rentables) : plus vous approchez la note haute, plus le taux auquel vous pouvez prétendre monte et…moins vous pouvez négocier car vous serez confronté à cette logique dans tous les établissements bancaires. A cette remarque, les banques opposent un argument massue : « ce n’est pas de gaité de cœur mais, plus la note d’un client est élevée, plus la créance à des risques de ne pas être remboursée... Faire payer plus cher les clients cotés 7 ou 8 c’est ce qu’on appelle le coût du risque».

CQFD…sauf qu’il fut un temps où l’octroi d’un crédit était plus binaire : soit vous pouviez rembourser, soit le risque était trop important et le banquier prenait la responsabilité de ne pas vous prêter de quoi vivre au-dessus de vos moyens tout simplement. Cette époque, c’était celle où « posséder » n’était pas une raison d’être, celle aussi où l’on ne soutenait pas artificiellement la croissance d’un pays en sur-endettant nombre de ses ménages.

Car cette petite cuisine cache une réalité moins avouable : générer de la marge grâce à ceux qui ne peuvent se permettre de discuter leurs conditions…au profit de ceux auxquels on prête parfois à «marge négative», ceux dont les avoirs importants constituent parfaite monnaie de chantage.

 

 

Foyers modestes, classes moyennes : quand un 13ème mois part dans les poches du banquier

Mais plus cynique encore est le traitement réservé aux plus modestes.

Ceux qui, à la lecture du courrier qui récapitule l’intégralité des frais bancaires prélevés sur leurs comptes (obligatoire désormais) s’apercevront, cette année encore, que le banquier leur a engouffré parfois l’équivalent d’un mois et demi de salaire.

Ils se verront privés, une fois de plus, d’une grande partie de leur pouvoir d’achat sans qu’il leur soit possible de discuter, de faire pression ou de menacer de changer d’établissement car, il y va du particulier comme de l’Etat : avant de de mettre au pas son créancier….il faut le rembourser.

Chaque matin, le Directeur que j’étais recevait la liste des comptes en dépassement de découvert soumis à mon bon vouloir : «dois-je payer le loyer, l’EDF et le prêt de Mr DUPONT ? La pension alimentaire de Mr DURAND ? » Le tout se jouait en un clic :

  • Si c’est OUI, je force l’opération et encaisse au passage 8.5€ par opération.
  • Si la sentence tombe et que je les rejette, ce sont cette fois 20€ par opération qui seront prélevés sur un compte dont on creuse un peu plus le déficit, faisant subir au client la TRIPLE peine : celle qui consiste -1° à ne pas avoir ses échéances réglées, - 2° à subir des frais supplémentaires émanant de ses créanciers - 3° à ne plus voir le fond de son abyssal découvert…rendant ainsi les fins de mois toujours plus proche de la date du versement de salaire. Et je vous ferai grâce de la quatrième peine qui consiste, lorsque la situation n’est pas désespérée mais juste catastrophique, à proposer de débloquer une enveloppe de crédit révolving à 17% d’intérêts afin de combler le trou et remettre provisoirement à flot les compteurs d’un foyer financièrement moribond.

Quant aux sommes prélevées au long de l’année, il était plus que fréquent de voir des clients ne gagnant que 1400€ nets avoir été privés, de manière homéopathique, de sommes avoisinant les 2000€. Les sommes les plus fréquentes tournant autour de 500 à 700 euros.

 

Du Sartre, comme le disait Pierre Desproges : j’avais chaque jour l’impression d’avoir à la fois «les mains sales» et «la nausée»

 

 

Et alors ?

Ces intérêts prohibitifs versés par les plus modestes, ces frais injustifiés techniquement et financièrement, ces produits ou services souvent inutiles ou doublonnés…c’est de l’argent.

Cet argent, (car même dématérialisé, cela reste de l’argent) pourrait se transformer en biens de consommation, en loisirs, en investissement immobilier...et pas en dividendes pour des gens qui thésaurisent et ne savent déjà plus quoi faire de ce qu’ils possèdent.

Bien distribué (pas confisqué surtout !), cela devient du «pouvoir d’achat», ce truc qui favorise la relance…qui elle-même crée de la croissance…génératrice d’emploi…ce cercle vertueux dans lequel la France peine à entrer.

Tous les ans, les gouvernements constatent, avec ne impuissance feinte, que la spoliation des richesses progresse aussi inexorablement que le réchauffement climatique.

A chaque drame son lot de dénonciation des injustices et des inégalités.

A chaque échéance électorale son lot de professions de foi sur la «réduction de la fracture sociale», sur l’attention qu’il faut prêter aux oubliés.

Ces oubliés qui parfois nous rappellent à leur bon souvenir de la manière la plus violente qui soit.

 

Alors s’il doit y avoir un « après +21% » il faut qu’il commence par le respect de ces fameux engagements.

Moi j’ai retenu le 7ème, d’un candidat qui parlait de changement….maintenant.

 

 

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