Kate Lerigoleur
Abonné·e de Mediapart

6 Billets

0 Édition

Billet de blog 25 mai 2020

#CineDoc #Bateaux d’exception - Rara Avis

ÉTÉ 2017-LUNENBURG-CANADA. À travers les persiennes de la brume ayant envahie ce port aux embarcations historiques, un voilier s'amarre, discrètement, épuisé par les mers agitées et la visibilité réduite que procure la région. Son nom; Rara Avis. MAI 2020-Alpes-Italie. À travers le festival de cinéma en ligne - Visions du Réel - le titre d’un film se détache de la sélection; Rara Avis.

Kate Lerigoleur
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Pour la thématique liée à des embarcations aux projets singuliers, au lieu de nommer celle-ci #Bateaux d’exception j’aurai pu mettre #oiseaux rares ou mieux,

#Rara Avis

(en latin). Mais qu’importe, puisque je l’ai trouvé cet oiseau. Je l’ai rencontré à travers le récit d’un marin naviguant sur la goélette Mahayana, un film documentaire et une coincidence, mais j’espère bien un jour pouvoir le voir voler de mes propres yeux, en sentant son battement d’ailes sur la mer.

Rara Avis © Mirjam Landolt

Été 2017 - Lunenburg, Nouvelle Écosse, Canada. 

À travers les persiennes de la brume ayant envahie ce port aux embarcations historiques, un voilier s'amarre, discrètement, épuisé par les mers agitées et la visibilité réduite que procure parfois la région. Ce bateau se nomme Rara Avis. Son équipage ne semble pas fait de marins aguerris, non pas que cela soit un reproche, c’est simplement qu’au milieu d’un port d’une telle renommée, d’où naissent, passent et partent, depuis des siècles, des voiliers historiques, cela ne passe pas inaperçu. En effet, ce bateau fait partie de la flotte de l’association Bel espoir et ouvre son bord à qui veut, à commencer par les toxicomanes. Ce récit, me revient aux oreilles, à la suite d’une traversée réalisée par le jeune Schooner Mahayana, que j’ai suivi pendant sa traversée et rencontré dans les mers italiennes. 

Lunenburg Harbour © Fabio Badolato

Mai 2020 - Alpes, Italie - Confinement. 

À travers la plateforme du festival de cinéma en ligne - Visions du Réel - le titre d’un film se détache de la sélection; Rara Avis. Le souvenir remonte alors à la surface. Je prends cette belle opportunité de visionner ce long-métrage réalisé par Mirjam Landolt. Ce film documente la vie à bord d’un voilier - un ketch, gréement marconi (un deux mâts, dont le grand mât est situé à l’avant) - naviguant sur les océans, avec à son bord un équipage composé de cinq adolescent(e)s et d’adultes d’âges et d’horizons différents. 

L'intimité d'un espace recréé à travers un cadrage bien particulier, qui nous fait sentir les tensions d'un visage, la présence de la mer, la solitude, la complicité et l'émotion. Sans être intrusive, on sent la caméra présente, se laissant emporter. Des gestes du quotidien d'un marin et des questionnements de terriens, le poids du passé et la légèreté d'un bref instant. Les images sont belles, sans pour autant décrire une carte postale. Elles dévoilent les détails mais laissent une échappatoire à la pensée. C'est juste et profond. 

“ Au large de côtes inconnues, le temps semble suspendu, et l’espace du bateau forme un huis clos où chacun est mis à l’épreuve du vivre-ensemble.

La caméra de Mirjam Landolt se focalise sur les moments de latence, les gestes et les silences, sur l’eau qui les entoure et conditionne leur (dés)équilibre, mais aussi – surtout – sur les tâches quotidiennes confiées aux adolescent.e.s

. Peu à peu, on comprend que la violence et la diffculté de leurs parcours et de leur passé sont la raison de leur présence à bord. Tour à tour, ils/elles se confrontent au plaisir d’être ensemble, à l’attente et l’ennui, à leurs peurs et leurs espoirs, mais aussi aux manœuvres de la navigation, à l’Océan et ses remous – jusqu’à l’arrivée à terre où une nouvelle réalité les attend. Rara Avis est un film à la cinématographie remarquable qui dresse le portrait de ces adolescent.e.s en pleine traversée et des adultes qui les entourent avec bienveillance”. - Camille Kaiser, Visions du Réel -

Rara Avis © Mirjam Landolt

Le film se nomme ainsi, mais c’est en faisant une recherche plus  approfondie et surtout en entrant  en contact avec la réalisatrice Mirjam Landolt, que je découvre une histoire plus complexe et différents acteurs. Le voilier du film n’est pas en réalité Rara Avis, mais se nomme

Fleur de Passion

.

Il fait partie de la flotte de l’association Pacifique - Ensemble sur les océans - (Suisse) et accueille à son bord un bel éventail de personnes, allant du capitaine à des jeunes en réinsertion, en passant par des scientifiques étudiant la pollution sonore et les micro-plastiques de la mer (Fondation Pacifique).

 La réalisatrice est entrée en contact avec eux, à la suite d'une expérience vécue grâce à une autre organisation; l'association Bel espoir - A.J.D (Amis du Jeudi Dimanche), créée par le père Michel Jaouen (Aumônerie de la Jeunesse Délinquante, France), qui comporte une dizaine de bateaux dans sa flotte, dont Rara Avis et Bel espoir. C’est sur ce dernier, une goélette à trois mâts, que Mirjam a réalisé sa première navigation - la traversée de l’Atlantique en 2008 - bateau qu'elle avait rencontré par le biais du frère d'une amie, s'étant lui-même embarqué sur le Bel espoir. Au cours de cette traversée: "sentir et observer le vent dans les cheveux, sentir les distances, la mer...c’était pour moi la naissance de l’envie de faire du cinéma”. C'est également pendant cette expérience qu'elle prend connaissance de l’existence de Rara Avis, et choisi de donner ce titre au film comme un clin d’oeil à l’association A.J.D et aussi, me confie-t-elle: ''oiseau rare, comme image pour ces beaux jeunes sensibles et uniques”!

Rara Avis © Mirjam Landolt

Le tournage de ce film s'est déroulé durant l’été 2017, pendant un voyage de deux mois. À l'époque, alors que l’association Pacifique s’est embarquée pour un tour du monde de 4 ans, avec des roulements d'équipage allant en général de 2 à 4 mois, Mirjam apprend qu’ils recherchent des réalisateurs, afin de pouvoir faire bénévolement des images des expéditions, tout comme se sont embarqués, au fil des mois, des dessinateurs, des scientifiques… C’est ainsi que Mirjam se retrouve à bord de Fleur de passion, mais la réalisatrice va bien au delà de quelques images qui pourraient servir à la divulgation du projet, elle se lance indépendamment dans un projet personnel de long-métrage. Ses quelques mots décrivent parfaitement le projet:

Pour moi, un voyage de la sorte est façonné par des milliers de questionnements et beaucoup de doutes, mais aussi par de grands moments de bonheur. Comme le déroulement de toute une vie, condensée en un seul voyage. En pleine mer, on se retrouve face à soi-même, tout en prenant une certaine distance avec sa propre vie. En même temps, on est très proche de quelque chose de plus universel, qui touche à l’essence même de l’humain et du vivant.

 

Un voyage comme celui-ci est un huit clos dans lequel on ne peut pas s’éviter. On est confronté à l’humain avec toutes ses facettes, les lumineuses comme les sombres.

Chaque personne amène à bord ses problèmes, qu’elle le veuille ou non. Chacun est donc accompagné par ses limites et ses beautés. Je propose une approche d'observation de très près. [...] Chacune des personnes a embarquée sur ce bateau pour une raison bien particulière, mais j’ai souhaité que le spectateur ignore en grande partie ces raisons. Ce qui m’importe, c’est la contemplation de l'être humain – quelle que soit son histoire”.

Rara Avis © Mirjam Landolt

Une expérience pour laquelle chacun d’entre nous devrait embarquer une fois dans sa vie, quelque soit son parcours. Ces associations font un travail considérable avec une simplicité déconcertante. Ce film est une première approche que je vous conseille de regarder, dès qu’il sera de nouveau disponible, dans un festival, un cinéma, sur une plateforme en ligne, ou sur tout autre support. 

Dans le cadre de cet article, les références aux différents bateaux - Mahayana, Rara Avis, Bel espoir, Fleur de passion - feront l’objets de nouveaux articles, très prochainement.La réalisatrice : Mirjam Landolt

POUR APPROFONDIR:

La réalisatrice: Mirjam Landolt

L'association Bel espoir

L'association Pacifique 

La fondation Pacifique

Schooner Mahayana

Festival Visions du réel

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
La visite du ministre Lecornu a renforcé la colère des Guadeloupéens
Le barrage de La Boucan est l'une des places fortes de la contestation actuelle sur l’île. À Sainte-Rose, le barrage n’est pas tant tenu au nom de la lutte contre l’obligation vaccinale que pour des problèmes bien plus larges. Eau, chlordécone, vie chère, mépris de la métropole... autant de sujets que la visite express du ministre des outre-mer a exacerbés.
par Christophe Gueugneau
Journal — France
L’émancipation de la Guadeloupe, toujours questionnée, loin d’être adoptée
Alors qu’une crise sociale secoue l’île antillaise, le ministre des outre-mer, Sébastien Lecornu, a lâché le mot : « autonomie ». Une question statutaire qui parcourt la population depuis des années et cristallise son identité, mais qui peine à aboutir.
par Amandine Ascensio
Journal — France
Didier Raoult éreinté par son propre maître à penser
Didier Raoult défend un traitement inefficace et dangereux contre la tuberculose prescrit sans autorisation au sein de son institut, depuis au moins 2017. Le professeur Jacques Grosset, qu’il considère comme son « maître et numéro un mondial du traitement de la tuberculose », désapprouve lui-même ce traitement qui va « à l’encontre de l’éthique et de la morale médicale ». Interviewé par Mediapart, Jacques Grosset estime qu’il est « intolérable de traiter ainsi des patients ».
par Pascale Pascariello
Journal — International
Variant Omicron : l’urgence de lever les brevets sur les vaccins
L’émergence du variant Omicron devrait réveiller les pays riches : sans un accès aux vaccins contre le Covid-19 dans le monde entier, la pandémie est amenée à durer. Or Omicron a au contraire servi d’excuse pour repousser la discussion à l’OMC sur la levée temporaire des droits de propriété intellectuelle.
par Rozenn Le Saint

La sélection du Club

Billet de blog
Pour une visibilisation des violences faites aux femmes et minorités de genre noires
La journée internationale des violences faites aux femmes est un événement qui prend de plus en plus d'importance dans l'agenda politique féministe. Cependant fort est de constater qu'il continue à invisibiliser bon nombre de violences vécues spécifiquement par les personnes noires à l’intersection du cis-sexisme et du racisme.
par MWASI
Billet de blog
Ensemble, contre les violences sexistes et sexuelles dans nos organisations !
[Rediffusion] Dans la perspective de la Journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes, un ensemble d'organisations - partis et syndicats - s'allient pour faire cesser l'impunité au sein de leurs structures. « Nous avons décidé de nous rencontrer, de nous parler, et pour la première fois de travailler ensemble afin de nous rendre plus fort.e.s [...] Nous, organisations syndicales et politiques, affirmons que les violences sexistes et sexuelles ne doivent pas trouver de place dans nos structures ».
par Les invités de Mediapart
Billet de blog
Les communautés masculinistes (1/12)
Cet article présente un dossier de recherche sur le masculinisme. Pendant 6 mois, je me suis plongé dans les écrits de la manosphère (MGTOW, Incels, Zemmour, Soral etc.), pour analyser les complémentarités et les divergences idéologiques. Alors que l'antiféminisme gagne en puissance tout en se radicalisant, il est indispensable de montrer sa dangerosité pour faire cesser le déni.
par Marcuss
Billet de blog
Effacement et impunité des violences de genre
Notre société se présente volontiers comme égalitariste. Une conviction qui se fonde sur l’idée que toutes les discriminations sexistes sont désormais reconnues et combattues à leur juste mesure. Cette posture d’autosatisfaction que l’on discerne dans certains discours politiques traduit toutefois un manque de compréhension du phénomène des violences de genre et participe d’un double processus d’effacement et d’impunité.
par CETRI Asbl